“Antonin Rasmussen, jeune entrepreneur européen idéaliste, convainc un prince arabe milliardaire et un philanthrope indien d’investir dans la réhabilitation d’un site industriel à l’abandon, au cœur du Midwest qui portera Donald Trump à la présidence des États-Unis. Pendant près d’un siècle, la « Bête de l’Est » fut l’âme et l’histoire de la vallée nord de l’Ohio (c’est là que furent tournées en 1978 les premières scènes du film Voyage au bout de l’enfer, de Michael Cimino). Antonin se lance alors sur les traces de l’extraordinaire destin de son fondateur, Ernest T. Weir, dernier des grands maîtres américains de l’acier.

Mais à son arrivée sur place, rien ne se passe comme prévu. En butte à l’apathie, au cynisme et à la cupidité rampante, il croise alors Lucie Conway, une jeune femme pleine d’un émouvant mystère qui lutte contre le poison ravageant son pays. Chacun à leur manière, ils explorent la vérité brute d’une Amérique victime de ses démons. Cependant, partout où il va, Antonin dérange. Guidé par son idéalisme, il s’obstine et précipite sa propre chute…”

Roman noir et western contemporain, Beast of the East raconte les bouleversements, les errances et les renoncements d’une société américaine déchirée. Tout en répondant aux trois exigences de la littérature classique (corriger, plaire, instruire), l’auteur dénonce des scandales qui minent les Etats-Unis et montre les causes et les effets des fléaux qui s’y abattent sous l’impulsion de gens puissants servis par des imbéciles et des ignorants. Les illusions perdues d’une génération sacrifiée sur l’autel de la finance mondiale sont peintes de manière balzacienne, un symbolisme parfois zolien sert à décrire la fin d’une cathédrale d’acier, l’ambiance morose des villes modernes ou la puissance de la nature.

De Pittsburgh à Abou Dhabi, en passant par Londres, Chicago ou la Californie, Beast of the East fascine par la précision de ses situations, nous emmenant au cœur de cette si discrète finance qui gouverne le monde et dans des leçons de géographie ou d’histoire qui expliquent l’influence des pôles névralgiques de notre temps. Plus qu’une simple intrigue, le roman dresse une implacable autopsie du rêve américain et mène une sincère réflexion sur la place réservée au destin et à la volonté, sur les conditions de la liberté et de la révolte, et sur la possibilité pour l’individu de peser sur les destinées collectives.

Un extrait du livre pour en découvrir davantage :

“Pénétrer la cathédrale d’acier était comme entrer en religion. Ce qui y advenait n’était rien d’autre que la haute cuisine des dieux. Dans un vacarme permanent, des hommes en tenue de grands-prêtres administraient le saint sacrement de l’enfer en un terrifiant holocauste. Les grues se mouvaient au-dessus des têtes en un ballet tournoyant, portant des calices de magma suspendus à des crocs de boucher. A tour de rôle, elles venaient déverser le précieux chargement dans le creuset du convertisseur où, sous un souffle furieux d’oxygène pur, se distillait un acier sauvage.

Commençaient alors les étapes de la « mise à nuances » d’abord le « calmage », un passage sous vide qui absorbe les gaz dissous dans le métal pour en stopper l’effervescence, puis « l’ajustement du laitier de poche » qui permet d’extraire les impuretés affleurant la surface du liquide, comme on sépare la crème du lait. « L’affinage » parachevait cette alchimie par l’élimination des dernières substances indésirables, avant l’ajout des éléments d’alliage.

Survenait enfin la « coulée continue ». L’acier ondoyant emplissait des lingotières en cuivre de section carrée, rectangulaire ou ronde selon le demi-produit fabriqué. Au contact des parois du moule, le métal mourait lentement et commençait à former une peau solide. Tiré vers le bas par un jeu de rouleaux et d’extracteurs, il finissait par refroidir sous le flux continu de giclées d’eau glacée. Dans un coin, les dalles d’acier fumantes, encore rougeoyantes, étaient entreposées comme des trésors de guerre.

Les hommes travaillaient dans le fracas des métaux et les fumées des fourneaux. Bouches sèches, yeux brûlés, soufflant la rocaille comme les vieux asthmatiques, ils usaient leur corps et leur âme à cette incandescente thaumaturgie. Lorsque la sirène retentissait, perclus de fatigue, ils traînaient à pas lents leurs ombres somnolentes pour aller chercher la tiédeur de leur foyer quelque improbable repos. Ils sortaient marqués au fer rouge, aussi durs que le métal, forts et soumis. Les ouvriers aimèrent leur exigeante maîtresse, comme le laboureur vénère la terre qui l’éreinte.”

Beast of the East de Jean-Noël Odier est un roman de 278 pages, paru en mai 2019 dans la collection Cent Mille Milliards +1. Il est disponible en version numérique & papier (format 133×203).

 

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