#pêche
par Jean Brousse

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Coquillages et littérature

« Il est pas beau, mon poisson ? » Sur les côtes normandes, la guerre de la pêche à la coquille Saint-Jacques est déclarée. Un projet de remake du blocus continental menace. BoJohnelson contre Macroléon. Aucun ne peut, ne veut, ne doit perdre la face, l’Anglais parce qu’il est anglais, en prise avec de sérieuses épines domestiques, le Français parce qu’il devient dans soixante jours le patron de l’Union européenne et qu’il n’a pas bien digéré le rôle d’Albion dans l’affaire des sous-marins australiens. Puisqu’ils sont en déshérence, lançons dans la Manche nos Barracudas ! Suspense haletant.

On était pourtant sur la voie du rabibochage avec nos « meilleurs alliés » américains. Rome, Villa Bonaparte, en France, vendredi 29, 12 heures 30. On attend Joe R. Biden. Il aura plus d’une heure de retard, un léger incident sur la route. Il apparaît enfin. Sourires et poignée de main appuyés. Histoire, valeurs, estime. Les décors ne sont pas de Roger Harth, mais des pros du protocole diplomatique, les costumes ne sont pas de Donald Cardwell, mais de Jonas & Cie pour la France et de Brooks Brothers pour les USA. C’est « au théâtre cet après-midi ». « Sorry, guys », il ne s’est agit là que d’une maladresse incompréhensible et bien involontaire…

Il n’en fallait pas moins pour entamer sereinement, présidé par super Mario, un décevant G20 préparatoire à une COP26 cruciale : la dé-carbonation ou l’apocalypse… Sans les éminences brésiliennes, chinoises et russes, champions contemporains des émissions de gaz à effet de serre. Dommage. The show must go on. À chaque jour son accord : arrêt de la déforestation – «Il s’agit de la plus grande avancée en matière de protection des forêts du monde depuis une génération» s’enthousiasment les signataires –, réduction des émissions de méthane, élimination progressive du charbon pour la production d’électricité… Au moment où l’on apprend que les émissions de carbone repartent sérieusement à la hausse à la faveur de la reprise économique. L’enfer environnemental est pavé de bonnes intentions. On ne fait pas pousser l’herbe en tirant dessus. La planète ébahie rigole de nos gesticulations.

Toussaint et le changement d’heure inauguraient un hiver précoce. Le microbe qu’on avait envie d’oublier profite de la disette médiatique pour se rappeler sérieusement à notre souvenir. L’OMS alerte et beaucoup d’écoliers malchanceux ont retrouvé le masque, et pas celui d’Halloween. On attend fébrilement les prescriptions du Président.

Pendant ce temps, une joyeuse bande d’auteurs et d’éditeurs ont repris vendredi le mythique « train du cholestérol », retenu à quai l’an dernier par la pandémie, pour rejoindre la légendaire Foire du livre de Brive la Gaillarde. Foie gras et coteaux de la Vézère, on papote boutique en cette rentrée littéraire presque normale. Une longue queue d’amoureux du livre et des auteurs attend à l’entrée de la Halle Georges Brassens le peuple des lettres. Ils sont au rendez-vous, les inquiets se rassurent. De longues files se forment devant Mbougar Sarr, le – très – jeune Goncourt, Christian Signol, le régional habitué de l’exercice, la fidèle Amélie Nothomb enchapeautée par une modiste corrézienne. Philippe Etchebest cartonne… François Hollande guide Anne Hidalgo. Près de 350 écrivains dialoguent avec leurs lecteurs. Les professionnels se réjouissent de la bonne tenue du secteur pendant ces deux années encovidées. Yannick Bolloré développe avec conviction l’intérêt de Vivendi pour l’édition. La soirée vient et les conversations s’animent dans les auberges brivistes. Omelettes aux cèpes et vieille prune de Souillac, avant de se retrouver pour le désormais traditionnel karaoké dans le hall de la « Truffe Noire ». André Manoukian au piano accompagne un brillant solo d’Erik Orsenna avant que tous rejoignent l’obligatoire « Cardi » pour y finir tard la nuit.

Les chiffres de cette Foire ne sont pas encore tombés, mais on sait déjà qu’ils seront meilleurs qu’en 2019. Qui a dit qu’on aimait plus les livres et qu’ils n’étaient pas des « biens essentiels » ?

Je vous embrousse très fort.

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