#winner par Jean Brousse

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And the winner is

Ce vingt-quatre avril, dix-neuf heures cinquante-neuf… Le compte à rebours est engagé. Suspense haletant. Nous allons enfin connaître le nom du prochain Président, celui-là même que tout le monde murmure depuis quelques jours et que les happy few qui connaissent quelqu’un qui connait quelqu’un se sont échangés sous le sceau de l’extrême confidentialité depuis le début de l’après-midi. Le France entière est scotchée devant les écrans de télévision. Les animateurs des chaînes d’info en continu ont passé leur dimanche à occuper leur antenne pour ne rien dire…

And « the winner is… » : le Candidat, lui qui n’a – presque pas – fait campagne, le jumeau de notre Président, Emmanuel Macron ! Surprise, surprise, le premier Président de la cinquième République à redoubler son mandat, hors cohabitation. 58%, ça n’est pas si mal. On annonçait moins. Mais qu’il n’oublie pas qu’au premier tour de cet étrange scrutin 72% de nos concitoyens ont tenu à lui signaler qu’ils ne voulaient pas le choisir. Il n’aura après tout jamais réuni que quelques 20% des Français. Ainsi en va le principe électoral de cette cinquième République.

La ronde fébrile des interventions définitives se déclenche alors sur les plateaux. Les motards aguerris de la presse française frôlent la mort en poursuivant le cortège du vainqueur vers le Champ de Mars et la Dame de Fer.

Symbole, quand tu nous tiens : il y a cinq ans, il était apparu aux accords de la cinquième (… symphonie, bien sûr…) au pied de la pyramide de Peï dans la nuit bleutée de la Cour carrée du Louvre hantée par les fantômes de Belphégor et les mystères du Da Vinci Code, sous la haute surveillance de sir Francis Drake et du Professeur Philip Mortimer planqués dans un coin. Aujourd’hui, c’est en pleine lumière qu’il vient saluer la France, là même où Maximilien de Robespierre vint il y a plus de deux siècles honorer l’ « Être Suprême » et où l’on dressa l’Autel de la Patrie. Il inaugurait il y a cinq ans les limbes d’une aventure, il s’inscrit aujourd’hui dans une perspective, la perspective de Chaillot qu’il emprunte pour quelques heures ce soir à la défaite maire de Paris.

Quelque part au cœur du bois de Boulogne, madame Le Pen fête sa victoire. Lui a-t-on dit qu’elle n’avait pas gagné ? Jean-Luc Mélenchon appelle maintenant, sûr de lui, à ce qu’on le réclame comme Premier Ministre. Monsieur Z, qu’on avait perdu de vue depuis quinze jours, blafard et décharné, promet le pire du pire pour le pays. Mais où sont passés Valérie Pécresse et ses complices ?

La presse unanime titre, entre autres : « Et maintenant ? », « Le plus dur reste à faire », « Tout commence demain ». Evidemment, ce vote oblige. Et n’oublions pas que l’intense préoccupation des Français pour le pouvoir d’achat aura porté le « Rassemblement National » à des hauteurs jamais atteintes. N’oublions pas que quelques soupçons diffus de légère arrogance jupitérienne auront accompagné l’ascension de Jean-Luc Mélenchon. Ne voyons pas dans ce score un blanc-seing pour un projet encore flou de réforme des retraites. L’hôpital n’est pas guéri des attaques de la Covid, et les prix du gaz et de l’électricité s’envolent dangereusement. L’inflation rôde entre les neurones des économistes.

Nous aurons enfin évoqué à Marseille les enjeux climatiques et environnementaux. Il était temps. Mais nous n’aurons jamais dans cette campagne évoqué musique, théâtre, cinéma, littérature, art de vivre, comme si les citoyens allaient déchirer leurs cartes d’électeurs en entendant les mots « culture » et « civilisation » ! Pas essentiels, comme on le prétendait, au bon temps du confinement ?

Vous avez promis d’écouter les Français, monsieur le Président. Bravo. Nul ne vous fera grief de ne pas avoir compris, bien sûr, mais saurez-vous vous libérer du joug de l’élastique du bon vieux jokari jacobin pour mettre en œuvre concrètement vos bonnes résolutions ? Vous voulez charger le futur Premier Ministre d’un « plan pour l’écologie ». Foin de plans, des actions ! Chassez le naturel… Pas fastoche.

Bon, ce n’est pas tout. Il ne nous reste plus que quelques jours pour gagner la guerre à l’Est de l’Europe. Je m’accorde une modeste grasse matinée, un tour dans le parc de la Lanterne pour écouter pépier les oiseaux et je m’y mets après la sieste.

Parce que tout ça, ça fait quand même beaucoup de travail !

 

Je vous embrousse très fort !

 

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