Un vaccin sous le sapin

Par les temps qui courent, une question m’est posée à longueur de journée et de consultations : « Dites-moi docteur, que pensez-vous du vaccin contre le coronavirus ? » Réponse complexe et chronophage, d’autant que, la plupart du temps, cette question n’est posée qu’à la fin de la séance, un peu comme la pièce montée à la fin d’un repas de communion…

Loin de moi, l’idée de tenir des propos doctes diffusés à loisir dans tous les médias ; je ne vous parlerai donc pas de ces nouveaux vaccins à ARN messager, même si ce terme me fait plutôt penser au film Il postino* dans lequel Philippe Noiret incarne le rôle de Pablo Neruda assigné à résidence ; le ministre de la Santé et des Solidarités a précisé que « l’arrivée moins d’un an après le déclenchement de la pandémie est un immense espoir, et une prouesse de la science » ; je laisserai aussi de côté la protéine Spike, la clé qui permet au SARS-CoV-2 de pénétrer dans nos cellules. Je parlerai encore moins du « rôle dévolu aux macrophages, aux monocytes, aux lymphocytes B et surtout aux cellules dendritiques, souvent dénommées cellules présentatrices d’antigènes “professionnelles” (CPA). Ces cellules CPA présentent à leur surface l’antigène sur un support : le complexe majeur d’histocompatibilité (CMH) de classe II (CMH-II). L’antigène est alors reconnu par une catégorie de globules blancs, les lymphocytes T CD4. Après reconnaissance de l’antigène, les lymphocytes T CD4 vont aider à la différenciation des lymphocytes B en plasmocytes, cellules dont le rôle exclusif est de fabriquer des anticorps, et en cellules B mémoire. »**

D’une manière plus pragmatique, les patients attendent une réponse claire, précise, voire manichéenne, ce qui pour l’heure s’apparente à une mission impossible. « Alors, docteur vous êtes pour ou contre la vaccination ? »

Au début de l’épidémie de Sars-Cov2, les malades atteints étaient considérés comme des pestiférés ; on a tous encore en mémoire les images de soignants affublés comme des cosmonautes tant le fait d’être infesté effrayait tout un chacun. J’avoue très humblement que j’étais dans cette disposition d’esprit, acceptant même des téléconsultations alors que j’y étais farouchement opposé peu de temps auparavant. Au cours du premier confinement, je n’ai répertorié au sein de ma patientèle qu’une dizaine de cas dont un seul a dû être hospitalisé pour décompensation respiratoire aiguë. Actuellement, il n’est pas un jour sans que je reçoive des résultats de tests RT PCR nasopharyngés positifs.

Le virus rôde, circule et surprend « ceux qui font bamboche » et ceux qui ne le font pas. Il n’est jamais très agréable d’apprendre sa positivité au covid19, d’autant plus que l’annonce d’une affection qui peut-être potentiellement mortelle est souvent réalisée par la simple réception d’un résultat de laboratoire par mail ou par SMS. L’effet roulette russe, ce jeu de hasard également potentiellement mortel, fonctionne à plein. De jeunes gens sans aucune comorbidité peuvent se retrouver intubés en service de réanimation alors que des personnes âgées avec moult facteurs de risque s’en sortent indemnes. Des patients ayant présenté tous les symptômes d’une infection au covid19 attestée par un test RT-PCR positif ne développent curieusement pas d’anticorps. On peine à comprendre. Que penser de la vaccination dans de tels cas ?

Le vaccin contre le coronavirus tant espéré au début de l’épidémie arrivera sous le sapin, comme un cadeau divin. Pourtant, alors que l’on devrait s’en réjouir, la défiance du public n’aura jamais été aussi grande. Les Français détiennent la palme. Le 3 décembre 2020, une enquête Ifop Fiducial, menée auprès de 1 003 personnes, indiquait que seuls 39 % des Français avaient l’intention de se faire vacciner.

Faut-il rappeler l’origine de cette défiance ? Les campagnes de vaccination contre l’hépatite B (vaccin incriminé dans l’apparition de cas de sclérose en plaques à la fin des années 1990, même si depuis toutes les études n’ont montré aucune corrélation), l’existence d’un lien possible entre la vaccination par le ROR (Rougeole-Oreillons-Rubéole) et l’autisme sans aucune preuve, mais qui a soulevé de grandes préoccupations et surtout celle de la grippe aviaire en 2009 ont semé la confusion dans l’opinion publique. Alors ministre de la Santé et des Sports, Madame Bachelot, docteure en pharmacie, s’était illustrée par l’achat de plus de 94 millions doses de vaccins dont moins de 6 millions réellement utilisées et par l’exclusion des médecins généralistes, supposés ne pas détenir de réfrigérateurs au sein de leurs cabinets (sic). Qu’en sera-t-il avec le vaccin Pfizer-BioNTech qui nécessite des conditions drastiques de conservation à moins 70° et un respect absolu de la chaîne du froid ? Va-t-on de nouveau opter pour des vaccinodromes, solution déjà retenue dans de nombreux pays dont le Luxembourg. On pourrait considérer que la leçon de la grippe H1N1 semble avoir été retenue ; je n’en suis pas certain ; les généralistes sont appelés à participer aux campagnes de vaccination simplement pour contrecarrer la défiance que la majorité de la population manifeste envers les vaccins et constituerait aux yeux de nos dirigeants un des moyens de la combattre.

Le « vaccin-nouveau » devrait arriver dans les 27 États membres de l’Union européenne le 27 décembre. Cela ressemble à s’y méprendre à la sortie officielle du beaujolais nouveau, le troisième jeudi du mois de novembre. Comme pour le beaujolais dont on ignore tout jusqu’au jour de sa dégustation et qui nous oblige à faire confiance, les yeux fermés, aux œnologues avertis ; il en est de même pour le vaccin nouveau qui nous contraint à nous fier aux paroles d’experts qui défilent sur tous les plateaux des chaînes d’infos en continu et dont les propos sont pour le moins discordants, voire cacophoniques.

Pour inciter les Français à se faire vacciner, il est envisagé de mettre en place un passeport vert de vaccination qui autoriserait leurs détenteurs à voyager, à accéder aux restaurants et à certains lieux de cultures. En même temps, selon le Président Emmanuel Macron, la vaccination ne sera pas rendue obligatoire. Chaque résident en EHPAD, les premiers concernés par la vaccination, devrait bénéficier d’une consultation prévaccinale assurée par son médecin traitant. Ce dernier sera chargé d’identifier d’éventuelles contre-indications et d’obtenir de son patient un consentement en lui faisant signer un document stipulant qu’il « atteste avoir reçu et compris les informations concernant la vaccination contre le covid19, notamment sur les bénéfices et les risques liés à la vaccination tels que mentionnés dans la notice des vaccins ci-jointe ». Alors que cette notice n’est pas encore disponible, que penser des patients présentant des troubles cognitifs ? Ne faut-il pas craindre qu’en cas d’effets indésirables pour lesquels les médecins ne sont pas suffisamment informés, ils soient tenus pour responsables, ce qui ne risque pas d’améliorer la confiance.

Le nombre de cas en France se situant à près de 2,5 millions et plus de 60 000 morts, ne devrait-on pas saisir cette opportunité que constitue la vaccination ?

La défiance actuelle vis-à-vis du vaccin contre le coronavirus est aussi le résultat, depuis le début de l’épidémie, d’une communication délétère au plus haut sommet de l’État. Elle génère un nombre important d’opposants à la vaccination qui pense que la campagne de vaccination va servir à enrichir l’industrie pharmaceutique dans le cadre d’une collusion avec nos dirigeants, alors que les vaccins ne représentent que 3% de leur chiffre d’affaires. La recommandation vaccinale serait identifiée au pouvoir et ne pas la suivre symboliserait une forme d’opposition à cette autorité ; ce qui peut être assimilé à un effet dit « Gilets Jaunes ». De plus, de nombreuses incertitudes demeurent dans l’immédiat. On sait que les vaccins développés protègent l’individu vacciné, mais on méconnaît encore s’ils empêchent la transmission de cet individu vers un autre. On ignore aussi pendant combien de temps, ils seront protecteurs. De plus, quelle sera l’efficacité du vaccin vis-à-vis de souches mutantes ? En l’absence de ces données, la communauté scientifique, dont l’OMS, se veut prudente et rappelle qu’en l’état, le vaccin ne suffira pas à mettre fin à l’épidémie, même s’il devrait permettre de l’enrayer, et elle insiste pour que les mesures prises continuent d’être appliquées, notamment les gestes barrières.

En dernier ressort, suivant en cela les directives des autorités sanitaires, le choix vous sera laissé.
Dr Knock : « Alors, je vous vaccine ou je vous vaccine ? »***

I’m a poor lonesome doctor…

 

* Il postino (Le facteur), film de Michael Radford, 1994, avec Massimo Troisi et Philippe Noiret.
** “L’aventure scientifique des vaccins à ARN messager”, Marc Gozlan, Le Monde, 14 décembre 2020.
*** À la manière du Dr Knock ou le Triomphe de la médecine de Jules Romain.

6 réponses
  1. Friderici dit :

    Merci Dr Fabrizi pour cet intéressant billet de Noël!
    Joyeux Noël à vous et à votre famille.
    Delphine FRIDERICI
    D-72250 Freudenstadt
    PS: est-ce que la sécu sociale n’a pas accepté de reconnaitre en maladie pro les personnes qui ont déclaré des scléroses en plaques suite à la vaccination contre l’hépatite dans le cadre de leur travail?

    Répondre
  2. Franck dit :

    Depuis le temps que je lis le blog du Dr Fabrizi, je me dis qu’il faut vraiment les publier.
    Je ne sais comment, mais, I’m a poor lonesome doctor… par Jacques Fabrizi sous la forme d’un petit livret, carnet, enfin bref sur un support papier, j’en suis, j’en veux un sous le sapin.

    Bref en un mot, Docteur, vos publications sont importantes, elles m’apportent beaucoup, c’est abordable, intelligent, grinçant comme il faut, ça permet de voir les choses “autrement”.
    L’analyse est juste, piquante et intelligente.
    J’aimerais tellement garder un souvenir papier de tous vos blogs.
    Sinon des bonnes fêtes de fin d’année et j’espère vous lire bientôt.

    Merci lonesome doctor

    Répondre
  3. Martine TUTIN dit :

    Article factuel, très juste, je rajouterais du coté de la défiance bien trop de complotisme et les tenants des médecines naturelles qui font florès. Martine

    Répondre
  4. Nicole W dit :

    Il est impressionnant ce billet . Il parlè , il questionne, il â De l humour il Est gouleyant comme le beaujolais nouveau auquel il compare le vaccin….
    ç est un bonheur de le lire Et De s interroger comme le fait le docteur Fabrizi, qui avec justesse ,met en lumière son argumentation sans prendre position .
    Â chacun son choix , Â chacun son libre arbitre, pourvu qu on ait l ivresse et vaccin ou non vaccin qu on sorte de cette détresse …..

    Répondre

Répondre

Participez-vous à la discussion?
N'hésitez pas à contribuer!

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.