#taphophilie par Jacques Fabrizi

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Taphophilie

En ce long week-end de la Toussaint, les sujets d’actualité ne manquent pas. Alors que certains arpentent les musées ou que d’autres préfèrent les sorties en pleine nature, pourquoi ne pas s’intéresser à la taphophilie, un nouveau passe-temps qualifié de noble et enrichissant par ses adeptes ? De même, il m’eût été facile d’évoquer le risque de neuvième vague déjà redoutée par les épidémiologistes, alors que nous sortons à peine de la huitième. Le variant d’Omicron « BQ.1.1 » — dérivé du variant BA.5 — poursuit en effet sa progression et les spécialistes estiment qu’il pourrait supplanter le variant BA.5, actuellement majoritaire. Selon les dernières données disponibles, les pays européens comptant la plus grande proportion d’échantillons infectés par ce nouveau variant sont la France (19 %), la Belgique (9 %), la Suisse (9 %), le Royaume-Uni (8 %), les Pays-Bas (6 %) et l’Italie (5 %).

Cependant, je retiendrai de l’actualité de la semaine passée, la décision d’Emmanuel Macron qui, prenant enfin conscience des difficultés d’accès aux soins que connaissent nombre de nos concitoyens, a décidé du haut de sa pyramide d’exonérer des cotisations versées à la CARMF (caisse de retraite des médecins de France) les médecins en situation de cumul emploi retraite. Ces derniers, faut-il le rappeler, demeurent assujettis au règlement de cotisations obligatoires de retraite à fonds perdu.

La participation citoyenne est un exercice qui favorise une expression individuelle et collective, informée et argumentée, avec pour finalité de nourrir la décision publique. La caractéristique principale de la participation est d’amener chacun à s’exprimer en tant qu’acteur de l’intérêt général. Dans ce cadre, le 14 décembre 2018, il m’est venu à l’esprit, en tant que citoyen-médecin ou médecin-citoyen, dans l’ordre qui vous sied le mieux, de prendre la plume afin d’alerter madame Agnès Buzyn, alors ministre des Solidarités et de la Santé, sur cette problématique et lui faire une proposition. « Ne pensez-vous pas, écrivais-je, qu’encourager les médecins en âge de partir à la retraite à poursuivre leur activité, pendant une ou plusieurs années, permettrait de pallier le manque actuel de médecins ? Cela pourrait se faire en contrepartie d’une incitation comme celle de prétendre à des points de retraite supplémentaires et à un recalcul du montant de la retraite le jour où ils cesseraient définitivement toute activité médicale libérale. » Proposition, vous en conviendrez, de bon sens, de bonne foi et de bon aloi !

La réponse rédigée par sa Cheffe de cabinet me parvint le 8 janvier 2019 : « Docteur, vous avez souhaité faire part à Madame Agnès Buzyn, ministre des Solidarités et de la Santé, de vos observations et de vos attentes en tant que professionnel de santé, pour lutter contre la désertification médicale. Soucieuse de garantir un meilleur accès aux soins pour tous, dans tous les territoires, madame la ministre a pris note de votre proposition avec attention et m’a confié le soin de la communiquer à la directrice générale de l’offre de soins. »

Le 31 décembre 2019, je lui écrivais un second courrier pour demander quelle suite avait été apportée à la proposition que j’avais suggérée.
En date du 21 février 2020, une réponse me fut adressée par le Secrétaire d’État chargé des retraites, Monsieur Laurent Pietraszewski. « Votre proposition, était-il précisé, est globalement reprise dans le projet de loi instituant un système universel de retraite présenté en ce moment au parlement. L’article 27 en effet permet aux assurés partis à la retraite de s’ouvrir de nouveaux droits à la retraite lorsqu’ils exercent une activité. Sachez que cette amélioration du dispositif du cumul emploi-retraite est prévue dès le 1er janvier 2022, sans attendre l’entrée en vigueur du système universel : de nouveaux droits à retraite pourront être acquis après avoir rempli les conditions d’âge et de durée d’assurance propre au cumul emploi-retraite intégral. » Hélas, le conte de fées tourna court.

Pourtant, ne paraît-il pas indéniable que l’une des causes de la désertification médicale réside dans la baisse de la démographie des praticiens qui partent à la retraite sans être remplacés ? En effet, de nombreux médecins libéraux « baby-boomers » formés à la fin des années 1970 cessent leur activité après parfois près de 45 années de bons et loyaux services. En attendant l’augmentation, dans les années à venir, du nombre de médecins formés, certains jugent primordial d’inciter ces médecins seniors à continuer à exercer le plus longtemps possible, afin de garantir l’offre de soins, notamment en zone sous-dense.

Mercredi 12 octobre 2022, à l’initiative du professeur Juvin, chef du service des urgences de l’hôpital européen Georges Pompidou, député LR (Les Républicains), la commission des affaires sociales de l’Assemblée nationale a voté un amendement au projet de loi de financement de la Sécurité sociale 2023 (PLFSS) prévoyant la suppression des cotisations à la CARMF pour les médecins retraités toujours en activité, contre l’avis de madame Stéphanie Rist, députée Renaissance, rapporteur du PLFSS et donc de la majorité présidentielle ; à noter que monsieur Thomas Mesnier, député Horizons, s’y est également opposé.*

Mercredi 26 octobre, lors de son intervention sur France 2, le président de la République a souhaité inciter les libéraux en fin de carrière à prolonger le plus possible leur exercice afin de lutter contre la désertification médicale. « On a besoin de les garder », a expliqué Emmanuel Macron, faisant le constat que « nous n’avons pas assez de médecins » à l’hôpital et en ville et rappelant que 25 % des praticiens en exercice ont plus de 60 ans. « On va faire quelque chose de très simple », a dit le chef de l’État. « Tous les médecins qui arrivent à la retraite, on va leur permettre de prendre la retraite, mais au premier jour de leur retraite de pouvoir continuer leur activité et de garder tous les revenus qui sont les leurs pour eux sans payer de cotisation retraite nouvelle » a-t-il détaillé, considérant qu’il s’agit « d’un vrai changement de vie ».

Il était grand temps que notre monarque républicain s’intéressât un tant soit peu à la médecine générale, ad litteram mise au tombeau par des décisions politiques absolument inadaptées aux enjeux de notre système de santé et subies depuis des décennies. En cette veille de Toussaint, serait-il soudain devenu taphophile ?

I’m a poor lonesome doctor…

 

* https://www.jim.fr/e-docs/suppression_des_cotisations_carmf_pour_les_praticiens_retraites_ne_pas_encore_sabrer_le_champagne__194426/document_actu_pro.phtml
** https://www.lequotidiendumedecin.fr/liberal/retraites/besoin-de-les-garder-macron-pret-faire-cadeau-des-cotisations-aux-medecins-retraites

1 réponse
  1. Metha dit :

    Il tape sur des tabous et c’est numéro un
    Dans son “il” on est fou quand on est républicain
    Sur radio jamais de hic, il a des copains
    Il est taphophile et ça lui va bien

    Vive poor lonesome doctor

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