Symptômes

Une toux sèche, de la fièvre, une grande fatigue, peut-être quelques rougeurs, la perte du goût et de l’odorat… Signes tangibles d’une possible infection par le méchant virus. Mais pourquoi nous cache-t-on d’autres symptômes, plus présents et plus cruellement ressentis jours après jours à mesure que cet étrange confinement perdure ?

Tout d’abord, une certaine lassitude éprouvée le soir, vers 19h, devant le duo Ruth Elkrief / Alain Duhamel sur une chaîne de télé en continu dont nous tairons la marque. La première pose à ses invités qui n’en savent rien toujours les mêmes questions : « Que va dire demain le Président, le Premier ministre ou le ministre de la Santé ? » Auxquelles le second, à qui on ne l’a pas demandé, répond par un truisme puisé dans un stock vieillissant nourri par une très longue carrière radiophonique. Vous êtes nés en 1940, cher Alain. Vous êtes vulnérable, vous êtes un aîné en danger, vous prenez trop de risques. Que ne profitiez-vous point, après une si longue carrière, de ce confinement bien mérité ?

En second lieu, toujours sur nos écrans, fidèles soutiens de notre désœuvrement, la perte insidieuse, sournoise et radiale de la tentation du rire devant de quasi-navets comiques patrimoniaux. La grande vadrouille et Rabbi Jacob, d’accord. La folie des grandeurs, bien sûr.
L’insolente – par les temps qui courent – Traversée de Paris, passe encore. Mais le tout de Funès sautillant, caquetant, grimaçant, s’agitant depuis Le petit baigneur jusqu’aux Gendarmes, exploités jusqu’à la corde, aura fini par nous enkyster les zygomatiques.

Enfin, aux heures de grande écoute, c’est-à-dire tout le temps en ce moment, un grand sentiment de frustration devant les coupes – sobres et réglées – des cheveux des ministres non chauves ; des bouffées d’injustice provoquées par les embrassades insolentes des candidats – et du public – des jeux quotidiens naguiportés; une légère somnolence durant le rendez-vous inévitable, hallucinogène et pavlovien, avec le professeur Salomon ; et, à nouveau, le tournis proche de la nausée – sérieux symptôme – face à la cohorte envahissante des essaims d’infectiologues et mandarins auto-proclamés convoqués sur les plateaux désertés des télévisions.

Geste barrière immédiat : ne pas s’approcher sans masque à moins de trois mètres de l’écran géant du téléviseur du salon. Ou pourquoi pas, si l’on en a l’audace et la force, éteindre courageusement celui-là.

Depuis peu, des envies de meurtres sont rapportées, provoquées par la rupture soudaine des stocks d’œufs de poules et de farine sur les étals des commerces de bouche. Recommandation formelle : sortir sans arme, mais attention, toujours avec sur soi son autorisation de déplacement dérogatoire.

L’impatience gronde.
Vivement le 11 mai.

On ne nous dit pas tout !
On nous en cache beaucoup.

Je vous embrousse.

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