Vingt-et-unième siècle

Plus de vingt millions de Français inquiets pour leurs vacances attendaient avec angoisse le Président lundi soir : il faudra donc être vacciné pour manifester contre la réforme des retraites et boire un café au bistrot du coin. Le variant Delta plane et les vacances seront sous contrôle sanitaire, ou ne seront pas. Panique dans les familles et ruée sur les précieuses doses, indignation chez ceux qui voient dans ces mesures une grave atteinte aux libertés individuelles. Nous nous serons précipités sur Doctolib et les sceptiques d’hier ont pris rendez-vous pour demain. Les complotistes en restent coi et les festivaliers réaménagent leurs organisations. Ainsi en aura décidé le Président qui, dans un dernier tour de passe-passe, ne va quand même pas permettre à un vulgaire virus de compromettre ses espoirs de relance, ses projets de réformes dont personne ne veut, ni les élans d’une campagne électorale dont on n’entend plus parler. Qu’en pensera le Conseil d’Etat ? Plus que huit mois pour présenter un bilan brillant, ça fait court. Le temps presse

Il pleut partout en France, il fait gris, il fait froid. Le défilé du quatorze juillet, masqué, aura été humide et contingenté. Certes les girolles éclosent à foison sous les hêtres corréziens, les nappes phréatiques se rengorgent et les images du Tour de France montrent des paysages plus que verdoyants dès qu’un rayon de soleil accepte de paraître. La brume enveloppait le Tourmalet. On doit maintenant craindre une canicule étouffante pour justifier concrètement du réchauffement climatique.

Dommage. Le mois avait pourtant bien commencé. À Aix en Provence, entre des Noces de Figaro déjantées et un Falstaff déchaîné, les économistes du Cercle éponyme réunis sous un soleil de plomb pour leurs Rencontres Annuelles, étaient appliqués à tenter de « Saisir l’avenir ». Vaste programme ! En appelant de leurs vœux « un écosystème favorable aux innovations de rupture », ils promettaient que la croissance future reposerait sur les industries du changement climatique, du respect de l’environnement et de la santé abritée sous un généreux pacte intergénérationnel. « L’économie de la vie », comme le souligne Jacques Attali. Bien sûr, l’usage universel des infrastructures numériques est désormais imparable. Hors le digital, point de salut… avec aussi, peut-être bien ! Il était temps d’inventer une taxe sur les géants multinationaux en général, et les Gafam en particulier. Tous se sont accordés pour entrevoir l’avènement d’un capitalisme plus responsable et plus humain, conscient de ses missions. Puissent les fonds de pension et autres boutiques de venture capital les entendre. Un nouveau monde en perspective ? Le vingt-et-unième siècle démarrerait-il enfin ?

Le 11 juillet, Richard Branson, grillant la politesse à Jeff Bezos, a donné le coup d’envoi au tourisme spatial de masse. Le vaisseau VSS Unity de Virgin Galactic l’a emmené, avec deux pilotes et trois employés de l’entreprise, passer quelques minutes aux frontières de l’espace. « J’ai rêvé de ce moment depuis tout petit… Nous sommes à l’avant-garde d’une nouvelle ère spatiale. »*
Les billets sont en vente pour 200 000 $, une paille, pour un tour de manège de dix minutes. Le vingt-et-unième siècle démarrerait-il enfin ?

Edgar Morin a cent ans et en a vu d’autres. Tout le monde, ou presque, a décroché son Bac. On continue à s’entretuer dans les rues. L’Italie souffle heureusement l’Euro 2020 à l’Angleterre fraîchement brexitée.

Il pleut, il fait gris, il fait froid. Sacré vingt-et-unième siècle !

Je vous embrousse très fort.

 

*Le Monde, 12 juillet 2021.

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