#sansfin
par Jacques Fabrizi

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Une histoire sans fin…

Cela faisait près de deux ans que la France, par la voix de son président, avait déclaré la guerre à un coronavirus venu de l’empire du Milieu sans que l’on sût vraiment si son émergence était due à une cause intentionnelle ou fortuite. Deux années que nous étions en guerre, en guerre sanitaire, certes. Deux années que nous ne luttions ni contre une armée ni contre une autre nation, mais contre un ennemi invisible, insaisissable qui continuait de progresser malgré la mobilisation générale.

L’on dénombrait plus de cinq millions de morts dus à la pandémie. À défaut d’être décédés du Covid-19, nombreux étaient ceux qui avaient failli mourir de peur surtout lors de la première vague de l’épidémie. Un vaccin fut mis au point avec une rapidité déconcertante. L’on s’attendait à une explosion de joie unanime, le vaccin étant présenté comme la seule arme pour sortir de la crise engendrée par cette zoonose. Au contraire, il entraîna une défiance envers les Big Pharma et les gouvernements qui menèrent des campagnes de vaccination massives. Certains chefs d’État, plutôt populistes, qui rechignèrent à entreprendre des campagnes de vaccinations se virent intenter des procès pour crime contre l’humanité. Le Brésil était considéré comme le plus bel exemple.

L’Organisation mondiale de la santé préféra recourir à l’alphabet grec pour nommer les différents variants afin de ne pas stigmatiser les pays au sein desquels les nouvelles souches émergeaient. Nous étions confrontés à une cinquième vague épidémique en raison du variant Delta et l’on s’attendait à la veille de Noël à un tsunami dû au variant Omicron, venu d’Afrique du Sud. Il semblait d’une moins grande létalité, mais d’une grande contagiosité. Cependant, cela restait à démontrer dans la vraie vie. Il déferlait sur l’Angleterre où la situation devint préoccupante ; le Danemark instaura des mesures plus restrictives dans le domaine de la culture et ferma de nombreux lieux de loisirs pour les quatre prochaines semaines ; les Pays-Bas décrétèrent un confinement général à effet immédiat. Dans les pays limitrophes comme l’Allemagne, la Belgique, mais aussi la France, l’on s’attendait à de pareilles mesures. Cependant, afin de ne pas heurter l’opinion publique à quelques jours de Noël et à quatre mois de l’élection présidentielle, en France l’exécutif se révéla hésitant à prendre des mesures radicales.

Après moult hésitations, les Français s’étaient montrés conciliants en acceptant, parfois à reculons, une, puis deux, puis trois doses de vaccin et l’on évoquait déjà la quatrième dose. De même, la majorité d’entre eux avait adopté le port du masque, le respect des gestes barrières et même l’usage du pass sanitaire dans les bars, les restaurants, les salles de cinéma ou de concert. On se lassait de devoir accepter toujours plus de contraintes avec l’espoir de sortir de cette pandémie, mais force était de constater que toutes les stratégies mises en œuvre, dont la vaccination, demeuraient d’une inefficacité relative sauf à prévenir les formes graves de la maladie.

Ce qu’il y avait de curieux ou d’extraordinaire dans cette histoire résidait dans le fait qu’il persistait près de dix pour cent de réfractaires à la vaccination. Ils dénonçaient des mesures liberticides et faisaient l’amalgame entre la lutte contre le Covid-19 et la politique vaccinale du Président de la République et de son gouvernement. Ils devinrent les boucs émissaires de la crise sanitaire, stigmatisés et rendus responsables du regain épidémique fulgurant auquel on assistait notamment avec les derniers variants, Delta et Omicron, dont l’explosion des cas était imminente. La chasse aux non-vaccinés continua et le Premier ministre proposa de changer le pass sanitaire en pass vaccinal ; ce n’était pas une simple question de sémantique, mais une nouvelle mesure plus coercitive et on ne peut plus hypocrite afin de les contraindre à la vaccination tout en affirmant ne pas vouloir imposer l’obligation vaccinale. L’idée de ne pas admettre en réanimation des « patients Covid » non vaccinés était même envisagée. Dans une tribune, publiée dans Le Monde, un collectif de médecins s’en insurgeait. « Avoir refusé la vaccination ne signifie pas être un antivax. Mais la lassitude s’installant, les soignants, confrontés à des décisions impossibles, pourraient avoir du mal à se saisir de cette complexité. »* Chaque semaine, les opposants à la vaccination manifestaient dans les villes de France et, dans les défilés, on pouvait lire des slogans contre ce qu’ils considéraient comme une « dictature vaccinale ».

En dernier lieu, on évoqua la vaccination des enfants et cela engendra de réelles crises d’angoisse chez les parents sur qui l’on faisait peser in fine la décision de vacciner ou non leur progéniture. Le consentement d’un seul parent suffisait et ce n’était pas sans conséquence sur l’harmonie au sein des couples, surtout lorsque les parents étaient séparés ou divorcés. Allait-on obliger les enfants à suppléer au refus vaccinal de certains adultes alors que le risque de formes graves de la maladie Covid-19 chez les enfants de moins de douze ans, sans facteurs de risque, était quasiment nul ?

Toutes ces questions alimentaient les émissions des chaînes d’information en continu. Chacun pouvait suivre l’évolution de l’épidémie en live, commentée par des épidémiologistes, des infectiologues, des médecins, réanimateurs ou urgentistes, qui semblaient passer plus de temps sur les plateaux de télévision que dans leurs services. Le débat s’éternisait à l’envi alors que chacun avait à cœur de sortir de cette impasse sociétale. La situation semblait vécue par certains comme une épreuve au sens biblique du terme. La magie de Noël tardait à opérer. La lassitude gagnait les plus optimistes qui s’apprêtaient néanmoins à réveillonner les fenêtres grandes ouvertes.

L’histoire paraissait sans fin…

I’m a poor lonesome doctor…

 

* Le Monde, édition datée du 22 décembre 2021.

2 réponses
  1. Martine ETIENNE BERTOZZI dit :

    Sur FACEBOOK j’aurais mis un cœur, qui veut dire “j’adore”! . Une histoire de Noel insolite? Le scénario d’un film? Non, juste un témoignage fidèle d’une époque formidable…Une époque où dans les pays dits “riches” on ne saurait envisager sous prétexte que les pays dits “pauvres” ne peuvent pas payer le vaccin, les êtres humains qui y vivent pourront se débrouiller avec le virus et permettre à celui-ci de développer des variants?…Variants qui arriveraient dans les pays riches et obligeraient Pfizer à chercher et ou à fabriquer des doses nouvelles….Bon je ne comprends rien! en fait, si je dis ou écrit ce que je pense vraiment de cette pandémie, le complotisme me guette…Merci Jacques pour cette histoire qui pourrait se terminer par “toute ressemblance….”

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