Primeur

En France, comme chacun sait, la campagne de vaccination peine à démarrer, tel un moteur diesel en plein cœur de l’hiver qui nécessite un préchauffage et qui génère une empreinte carbone non négligeable. Le « vaccin nouveau » a donc été livré dans les 27 États membres de l’Union européenne le 27 décembre 2020. Cette campagne de distribution semble avoir été calquée à s’y méprendre sur celle du beaujolais nouveau, le troisième jeudi du mois de novembre. Sans vouloir pousser le bouchon trop loin, alors que l’on aborde le « Dry January »*, notons quelques similitudes et en même temps des différences majeures.

À côté du beaujolais nouveau qui est produit exclusivement à partir de gamay noir à jus blanc par macération carbonique ou macération traditionnelle selon les maisons, il existe dix autres crus : Brouilly, Côte-de-Brouilly, Chénas, Chiroubles, Fleurie, Juliénas, Morgon, Moulin-à-Vent, Régnié et Saint-Amour. Couleur rubis, teintée de grenat, ils sont généreux, charpentés et soyeux avec des notes de petits fruits noirs, de pivoine et d’épices.

À peine livré, le vaccin de Pfizer-BioNTech subit déjà la concurrence du vaccin développé par Moderna également à ARN messager et de celui d’AstraZeneca/Oxford de conception plus classique. Les laboratoires Sanofi et GSK mettent les bouchées doubles pour produire un vaccin à base de protéine recombinante. Encore en cours d’élaboration, il devrait être disponible au plus tôt fin 2021. La vente en primeur a cependant déjà commencé avec une précommande de l’État français de 300 millions de doses.

Le vaccin Comirnaty des firmes Pfizer et BioNTech est fourni dans un flacon multidose et doit être dilué avant utilisation. Un flacon (0,45 ml) renferme 5 doses de 0,3 ml après dilution. 1 dose (0,3 ml) équivaut à 30 microgrammes de vaccin à ARNm contre la COVID-19 (encapsulé dans des nanoparticules lipidiques). Il est recommandé de ne pas « tapoter » la seringue pour éliminer les bulles d’air avant l’injection qui devra être réalisée strictement par voie intramusculaire. Comirnaty ne contient pas le virus. Au-delà de l’ARN messager lui-même, les patients inquiets et qui hésitent à se faire vacciner effectuent actuellement des recherches sur internet afin de scruter l’excipient qui pourrait provoquer d’éventuels effets secondaires. Peut-être le 4-hydroxybutyl) (azanediyl) bis (hexane-6, 1-diyl) bis (2-hexyldécanoate) (ALC-0315) ou le 2-[(polyéthylène glycol)-2000] – N,N-ditétradécylacétamide (ALC-0159) ou encore, mais sans certitude, le 1,2-distéaroyl-sn-glycéro-3-phosphocholine (DSPC). La campagne de vaccinations débute à peine que l’on évoque déjà une possible pénurie.

Le beaujolais nouveau est conditionné en flacon de 75 cl. Il ne doit surtout pas être dilué avant utilisation et encore moins cahoté. Il est recommandé de le verser avec douceur dans un verre à vin dédié et de l’aérer délicatement pour permettre l’expression des arômes. Il se déguste per os à la température de 15°C. Rares sont les consommateurs qui, avant de boire un verre de beaujolais, s’adonnent à une recherche sur le net pour s’assurer de sa composition. Et pourtant, elle représente plus six cents substances différentes ; je vous fais grâce de la liste in extenso en dehors de l’élément majoritaire, l’eau ; ce que l’on nomme degré d’alcool est en fait le pourcentage d’alcool dans la bouteille ; par exemple, un vin à 12,5% est donc constitué à 87,5% d’eau. Contrairement au vaccin, aucune pénurie ne se dessine à l’horizon, mais plutôt des excédents. Les vertus de ce breuvage font régulièrement l’objet de travaux. Une étude américaine, publiée dans le numéro de novembre 2020 du Journal of Alzheimer’s Disease**, révèle qu’un régime alimentaire comprenant du vin et du fromage permet de réduire le déclin cognitif. De quoi conforter les innombrables adeptes qui n’avaient pas attendu la parution de cette étude pour la mettre en pratique.

Le vin est amour, partage et convivialité. Il se déguste avec plaisir en famille, entre amis, et devient complice des ambiances festives. C’est rarement de gaieté de cœur que l’on se rend chez son médecin pour se faire vacciner, mais plutôt seul et avec une relative appréhension. Les propriétés du beaujolais nouveau à court, moyen ou long terme sont connues de longue date, ce qui n’est malheureusement pas le cas pour le vaccin nouveau dont seuls les effets secondaires immédiats sont répertoriés depuis peu. Par contre, celui qui se fera vacciner a peu de chance de développer une addiction. Cela devrait peut-être suffire à lever toutes les inhibitions, mais ce n’est pas certain.

« Il est logique de vacciner d’abord les personnes âgées vivant en Ehpad. » Après tout, n’est-il pas vrai que « le vin est le lait des vieillards »*** ?

I’m a poor lonesome doctor…

* Janvier sans alcool
** Le journal de la Maladie d’Alzheimer
*** Platon

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