Cent mille milliards est ce qu’on appelle un petit éditeur, d’autres nous appelleront un “pure player” car nous ne dépendons d’aucun groupement. Le monde de l’édition est comme une trame et chacun de nous est un point de trame*. Chacun a une idée, une idéologie, une vision du monde de l’édition. du coup chacun réagit différemment à l’annonce d’une loi anti-amazon.

une loi anti-amazon

une loi anti-amazon

Si le but de la “loi anti-Amazon” est de défendre les petits libraires face au géant Amazon, elle fait vivement réagir d’autres «  petits  ». Pix’N Love, un petit éditeur d’ouvrages consacrés aux jeux vidéo et à leurs univers, n’accueille pas forcément la nouvelle avec joie.

La fin des frais de port gratuits

Ce jeudi a été adoptée par le Sénat la proposition de loi modifiant celle du 10 août 1981 relative au prix du livre. Cette dernière est complétée par ces deux phrases  :

« Lorsque le livre est expédié à l’acheteur et n’est pas retiré dans un commerce de vente au détail de livres, le prix de vente est celui fixé par l’éditeur ou l’importateur.

Le détaillant peut pratiquer une décote à hauteur de 5% de ce prix sur le tarif du service de livraison qu’il établit, sans pouvoir offrir ce service à titre gratuit. »

En d’autre termes, les frais de port ne peuvent plus être gratuits, si les livres ne sont pas retirés dans une librairie.

Le Sénat vise Amazon mais tire à côté

Visant principalement Amazon, qui lui donne son titre officieux, cette proposition de loi ne touche pas que le géant américain.

Dans trois mois, elle sera applicable à tous les canaux de vente en ligne. Ainsi, le petit éditeur qui vend directement ses ouvrages est également concerné. C’est le cas de Pix’N love, qui est loin d’être une grosse structure.

Pour Sébastien Mirc, son directeur, l’Etat vise mal. Il veut tirer sur Amazon, mais touche surtout les plus fragiles. L’éditeur a beau avoir rédigé son texte de blog sur un coup de sang, plusieurs problèmes déjà évoqués sur cette loi sont ressortis.

1 – Pas de place sur les étals

Les libraires ont des espaces limités. Il est donc très difficile d’être visible pour les plus petits. Internet est un moyen d’avoir de la visibilité et de proposer un catalogue digne de ce nom.

2 – Les gros éditeurs seront les grands gagnants

Ce sont eux qui travaillent généralement avec les librairies. Ils sont les seuls à pouvoir négocier des conditions avantageuses et disposent de leurs propres canaux de diffusion et de distribution. Ce n’est pas le cas du petit éditeur.

3 – Les frais d’envoi sont faibles pour Amazon

Amazon dispose de conditions avantageuses sur ses frais d’envoi en raison des très grandes quantités à traiter. Livres, mais aussi CD, DVD, Blu Ray et autres marchandises permettent de limiter les coûts d’emballage et d’acheminement. Pour les petites structures, c’est plus cher.

Petits éditeurs : Amazon s’occupe de tout

La plateforme reste une formidable vitrine pour tous les très petits éditeurs. Pix’N Love réalise un peu moins de 10% de ses ventes via Amazon. En outre ses ventes affichaient ces dernières années une croissance à deux chiffres.

Même si Amazon peut dicter ses lois et demander plus de marge à un petit éditeur, ce dernier s’y retrouve car il n’a ni besoin de passer par un diffuseur (pour gérer la partie commerciale), ni besoin de payer un distributeur. Amazon s’occupe de tout.

Pour la vente directe, Pix’N Love offre les frais de port à partir d’un montant de 50 euros d’achats, afin à la fois de remercier et d’inciter ses clients à passer commande. Avec ce nouveau dispositif, ce ne sera plus possible.

Le numérique n’est pas toujours possible

Peu à peu, le livre numérique gagne du terrain. Je dois d’ailleurs dire que mes deux derniers livres de ce mois, ont été achetés dans un magasin numérique et lus sur une tablette à la pomme… Ce canal restant (pour le moment) protégé, les lecteurs risquent de plus en plus de se tourner dans cette direction.

Mais alors pourquoi le petit éditeurs ne pourrait-il pas aussi en profiter pour s’étendre vers le tout numérique  ? Pour Pix’N Love, la réponse est presque évidente. En plus de proposer un contenu qui s’adresse à des passionnés du média jeu vidéo, la qualité des ouvrages et, pour le coup, leurs qualités digitales (c’est à dire leur toucher) sont primordiales.

Les séries « L’histoire de Nintendo  » ou « Les Grands Noms du Jeu vidéo  » sont richement illustrées et bénéficient de couvertures et de papiers spécifiques qui font tout leur caractère. Tout cela serait impossible sur une tablette.

L’essai réalisé avec l’ouvrage consacré à la série de Nintendo « Zelda chroniques d’une saga légendaire » est peu concluant. L’ouvrage, qui ressemble à un vieux manuscrit, se vend peu en édition numérique malgré un prix trois fois moins élevé.

Le résultat d’un lobbying ?

Sébastien Mirc confirme : « Pour un livre vendu en format eBook, cent sont vendus par les canaux traditionnels.

En bénéficiant de cette réorganisation de la concurrence, les libraires pourraient bien creuser leurs propres tombes. J’espère que cette loi n’émane pas d’un lobbying de leur part !

C’est en cherchant de nouvelles solutions, en visant des marchés spécifiques et en fidélisant une clientèle par la qualité de leurs conseils, que les libraires devraient plutôt s’en sortir. Pas en essayant de tirer sur la concurrence. »

A l’image de la dématérialisation dans le domaine du jeu vidéo, le livre est aussi en pleine mutation et dans une période agitée de son histoire. Le législateur tente de suivre les évolutions sociétales et les modes de consommation. Mais le fait-il avec discernement ?

* Point de trame: Plus petit élément d’une image reproduite par similigravure, de forme et de dimension variables. Δ

Pubié sur http://blogs.rue89.nouvelobs.com/jeux-video/2014/01/13/comment-la-loi-amazon-va-nous-faire-du-mal-le-coup-de-sang-dun-petit-editeur-232077

Par Vincent Elmer|Gamer|le 13/01/2014 à 11h09

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