#pansement par Jacques Fabrizi

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Pansement

Rassurez-vous, mon propos ne concerne pas le matériel utilisé pour protéger et soigner les plaies ; de même, je vous ferai grâce des dernières nouveautés en matière de pansements hydrocolloïdes constitués de carboxyméthylcellulose additionnée de pectine ou de gélatine qui au contact des exsudats émanant d’une ulcération forment un gel qui isole la lésion et la maintient dans un milieu chaud et humide favorable à la cicatrisation.

Pansement m’évoque plutôt Schubert ; en particulier le passionnant et émouvant récit de la violoncelliste Claire Oppert intitulé : « Le pansement Schubert ». Elle joue pour les patients en fin de vie et affirme que « 10 minutes de Schubert = 5 mg d’Oxynorm. » Sa plume délicate et poétique raconte que le chant du violoncelle apaise, stimule ou réconforte. « Le moment musical au chevet des patients, écrit-elle, est un port abrité dans l’épreuve, temps suspendu propice à l’émergence des souvenirs. Il relie les êtres et témoigne de cette part vivante et intacte en chacun de nous. »*

Nonobstant, l’écoute du deuxième mouvement, andante con moto, du trio en mi bémol majeur (Op. 100) de Franz Schubert nous fera difficilement oublier que l’hôpital va mal et que l’affirmer relève à présent d’un lieu commun. Après l’épidémie de Covid-19 qui a révélé l’ampleur des maux dont souffre le système de santé français, une épidémie de bronchiolite vient derechef alerter les pouvoirs publics et les instances sanitaires sur la persistance des symptômes et ses conséquences. La médecine générale est moribonde, la psychiatrie à l’agonie et la pédiatrie connaît une « situation préoccupante » liée à une épidémie de bronchiolite « inquiétante » selon les propos du ministre de la Santé et de la Prévention. L’euphémisme de ses déclarations masque avec peine la réalité des faits. « La bronchiolite, c’est l’arbre qui cache la forêt, le vrai problème est structurel. Les lits d’hospitalisation manquent, car les gens ne veulent plus travailler dans ces conditions, ils fuient l’hôpital public », explique la docteure Julie Starck, pédiatre en réanimation à l’hôpital Trousseau, dans le 12e arrondissement de Paris où des enfants de quelques jours ont été pris en charge dans les couloirs pendant plusieurs heures. « On met les enfants en danger, et travailler dans ces conditions revient à de la maltraitance pour le personnel. Et on n’est même pas encore au pic de l’épidémie de bronchiolite », précise-t-elle. Thermomètre de la tension dans les réanimations pédiatriques, au moins trente-quatre transferts d’enfants hors d’île de France ont dû être organisés depuis la fin septembre.**

Alors que l’exécutif scande sur tous les tons la fin du « quoi qui l’en coûte » et de l’argent magique, tel un illusionniste qui sort de son chapeau haut de forme un étonnant lapin blanc, le ministre de la Santé a annoncé, mercredi 2 novembre 2022, au soir, sous la pression des soignants, après une journée de rencontres à l’Élysée, puis au ministère de la Santé, une enveloppe supplémentaire de 250 millions d’euros ; elle s’ajoute aux 150 millions déjà promis par le gouvernement, le 23 octobre 2022, pour soutenir « les services en tension » de l’hôpital, soit un total de 400 millions d’euros. Une enveloppe qui devrait permettre de mieux valoriser financièrement le personnel des soins critiques. Après le lancement du volet Santé du Conseil national de la refondation, le 3 octobre 2022, le ministère a annoncé la mise en place prochaine de groupes de travail thématiques censés déboucher, au printemps 2023, sur des assises nationales de la pédiatrie. Des assises qui risquent fort d’être contrariées par des sit-in, printemps oblige. Ces mesures sont d’ores et déjà jugées insuffisantes et qualifiées par certains de « simple pansement ». Isabelle Desguerre, cheffe du service de neurologie pédiatrique à l’hôpital Necker-Enfants malades, dans le 15e arrondissement de Paris a déclaré : « C’est une petite réponse à un gros problème, mais on ne va pas cracher sur les petites mesures qu’on nous propose. » Quant au président de la Fédération hospitalière de France (FHF) Arnaud Robinet, il a précisé dans un communiqué que « ces mesures doivent encore être financées » dans le projet de budget de la Sécurité sociale. « Ces annonces ne couvrent que le très court terme », a-t-il ajouté, appelant à « un choc d’attractivité plus pérenne », car « on ne soignera pas l’hôpital avec une addition infinie de mesures de sauvetage ».*** En d’autres termes, le pansement sera-t-il suffisant pour juguler l’hémorragie ?

« La bonne en avait terminé avec sa vaisselle, mais son pansement ayant été si souillé par les graillons qu’il fallut le refaire. Elle m’offrit un billet de cent sous. Je ne voulais pas les accepter ses cent sous, mais elle y tenait absolument de me les donner. »****

I’m a poor lonesome doctor…

 

* Claire Oppert, Le pansement Schubert, Éditions Denoël, 6 février 2020.
** https://www.lemonde.fr/societe/article/2022/11/03/crise-des-services-de-pediatrie-le-gouvernement-annonce-des-mesures-jugees-insuffisantes_6148275_3224.html?random=1147513682
*** https://www.leparisien.fr/societe/sante/crise-de-la-pediatrie-le-ministre-de-la-sante-annonce-environ-400-millions-deuros-de-nouvelles-mesures-02-11-2022-PWLESD67KZALRHYGO4LLUB756U.php
**** Louis-Ferdinand Céline, Voyage au bout de la nuit, Éditions Denoël et Steele, 1932.

1 réponse
  1. Metha dit :

    Pansements, rustine, la France saigne, c’est l’hémorragie, et le gouvernement, lui, en est encore aux pansements, c’est triste.

    Il faut agir, et vite, les mesurettes ne servent à rien, le monde va mal, la France va mal, les hôpitaux ont besoins de soins, et on ne stop pas une hémorragie avec des pansements.

    Comment en est-on arrivé là et que faire pour ne pas replonger de plus belle ?

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