Oukase

De quoi le Covid19 est-il le nom ? L’alibi ? Les injonctions de nos gouvernants, fussent-elles paradoxales, semblent à présent dépassées. Nous abordons la phase de la mise à mort de la médecine générale décrétée par les autorités sanitaires. « Le numerus clausus, le mécanisme d’incitation à la cessation d’activité anticipée (MICA), la non-revalorisation des honoraires, la dégradation des conditions d’exercice »*, et cætera, tout a été pensé pour diminuer le nombre de prescripteurs et par là même de prescriptions et dissuader les jeunes médecins de s’orienter dans cette voie qui leur apparaît à juste titre sans issue. Mais, l’extinction progressive du médecin traitant, qualifié de manière paradoxale, voire ironique, de pivot de l’organisation des soins primaires, de maillon incontournable du parcours de soins, ne leur suffit plus. On assiste à une indéniable volonté d’accélération du processus. « Le transfert de certains actes médicaux à des professions non formées à des missions comme la vaccination et le traitement des angines par les pharmaciens qui revendiquent à présent celui des cystites »**, le renouvellement quasi automatique d’ordonnances par les nouvelles « infirmières de pratique avancée » participent de cette volonté. Toutes ces mesures sont mises en œuvre pour remédier aux déserts médicaux dont la responsabilité incombe aux gouvernements successifs et qui ne sont que la conséquence de leur imprévoyance que je qualifierais de délibérée. Le constat est affligeant : « 3,8 millions de patients vivent dans un désert médical et 5,4 millions n’ont pas de médecin traitant déclaré. »**

La pandémie de Covid19 est instrumentalisée par les autorités sanitaires et utilisée comme catalyseur de la réorganisation des soins. Le soigner au moindre coût et la rentabilité à tout prix sont au centre de leurs préoccupations. L’enjeu est important pour les patients, car ces réformes se feront au détriment de la qualité des soins et surtout de la relation soignant-soigné. Il y a lieu, en effet, de craindre un nivellement de la médecine par le bas. L’anonymisation des consultations dans le cadre de la télémédecine avec des médecins ubérisés en est une illustration. Encore quelques banderilles destinées aux quelques récalcitrants lanceurs d’alertes et ce sera la précipitation d’une catastrophe dénoncée de longue date.

L’exemple de la vaccination contre le Covid19 participe de cette même démarche. Dans le JDD du 27 décembre 2020, Olivier Véran déclarait : « Notre choix politique, c’est de faire reposer la campagne sur les médecins et les soignants. C’est la clé de la confiance et de l’efficacité. » Les vaccinodromes, le dispositif retenu lors de l’épidémie de grippe H1N1 pour vacciner à grande échelle, avaient été à l’époque peu fréquentés. Qu’en est-il réellement ? J’ai participé le 23 avril 2021 à une expérimentation pour « tester la faisabilité » de la vaccination par des vaccins à ARNm en ville. L’objectif était de prouver aux instances sanitaires que la vaccination en cabinet avec un vaccin à ARNm était possible (sic !). La seconde dose devait être administrée le 21 mai 2021, mais elle a dû être différée faute de livraison, puis le 27 mai 2021 également reportée sine die dans l’attente d’une hypothétique livraison d’une fiole de vaccin. Une malheureuse panne d’un camion frigorifique aurait empêché la livraison de vaccin Moderna dans les cabinets médicaux du sud de la France. J’ignore quelle est la raison invoquée pour la non-livraison dans mon département. Les logisticiens de « Picard Surgelés » auraient, sans doute, été plus performants.

Malgré l’accélération du rythme de la vaccination, les épidémiologistes redoutent que l’immunité collective, seule à même de nous libérer de cette pandémie, soit difficile à atteindre. Sans aucune autocritique quant à la désorganisation initiale de la campagne de vaccination et craignant désormais un « plafond de verre », le gouvernement s’interroge comment convaincre les 20 à 40 % d’adultes qui n’ont pas encore été vaccinés. Ne devrait-on pas les payer pour qu’ils se fassent vacciner ? La question est posée. Certains pays comme La Serbie ont déjà franchi le pas.

C’est dans ce contexte que, dans l’agglomération de Longwy où j’exerce, on annonce la création d’un « méga centre » de vaccination voulu par l’État et l’ARS (Agence régionale de santé) dont l’ouverture est programmée pour le 2 juin 2021. L’objectif est d’y réaliser 1000 vaccinations par jour. Ce projet se heurte à la difficulté de recruter du personnel administratif et soignant en nombre suffisant pour accueillir et vacciner les prétendants. Ce chiffre de 1000 vaccinations par jour, sans doute parce que les vétérinaires ont été autorisés à participer à la vaccination, me fait penser à la ferme des 1000 vaches près d’Abbeville dans la Somme dont le projet avait fait couler beaucoup d’encre à l’époque. La ferme a définitivement cessé son activité laitière le 31 décembre 2020. Pour ses promoteurs, c’est la « fin d’une aventure humaine hors norme », et pour ses opposants « une victoire majeure contre l’industrialisation de l’agriculture ». Deux modèles agricoles irréconciliables.

Cette métaphore ne manque pas de pertinence ! En sera-t-il de même pour la médecine générale ? Devrait-on accepter passivement les oukases du gouvernement ou entrer en résistance pour défendre une certaine idée de la médecine et une éthique du soin ? Un combat de David contre Goliath ?

I’m a poor lonesome doctor…

 

* Jacques Fabrizi, Un chemin de croix, Cent Mille Milliards, 2020.
** Jean-Paul Hamon, Daniel Rosenweg, Qui veut la peau de nos généralistes ?, Albin Michel, 2020.

 

2 réponses
  1. Metha dit :

    C’est qu’il vise juste notre poor lonesome doctor !

    Bravo, il faut continuer comme ça, ne surtout pas baisser les bras.

    Votre voix résonne haut et fort, bravo et merci poor lonesome doctor.

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  2. Martine ETIENNE BERTOZZI dit :

    Je trouve ce billet d’humeur très pertinent. Il résume bien la folie de notre époque! Oui quelque part, on peut constater avec craintes (et le mot est faible) l’avenir de la médecine de ville. Le médecin pilier incontournable ne l’est plus! Même un simple vaccin, il ne peut pas le faire? (à part l’Astra Zeneca mais personne n’en veut) . En fait, l’avenir c’est la télémédecine, enfin pour les pauvres et les modestes! car les riches continueront à avoir leur médecin personnel, faut pas pousser! l’ultime étape de la médecine à 2 vitesses! le progrès quoi!

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