Neurones covidés

On viendrait donc de découvrir que le méchant virus pourrait également attaquer le cerveau, et on en a la preuve formelle : l’incontrôlable Président des États-Unis suggère avec hardiesse et sérieux – selon lui – de généraliser les injections de produits désinfectant aux malades du Covid et de les soigner avec des UV, puisque l’épidémie disparaîtrait à haute température « à cause de la chaleur, avec le retour de la belle saison ». Vivement l’été. Rush sur l’eau de javel, ruptures de stock et grosses brûlures d’estomac – et de peaux –, malgré les tollés des institutions sanitaires locales, les mises au point du bon vieux docteur Fauci et les alertes inquiètes des marchands eux-mêmes. Finalement, voteront-ils toujours pour lui ?

Pourquoi pas de l’alcool à 90°, du Mercurochrome, du Cif ammoniaqué ou, mieux encore, pourquoi ne pas prescrire une bonne lampée de ce pétrole brut qui coule à vide et à prix plus que cassés dans les champs de puits des plaines texanes ?

Le talk-show quotidien du Président, depuis la Maison Blanche, fait un tabac. Super, la nicotine fait barrage à l’ennemi. Donald redécouvre, grâce à la pandémie qu’il affirme aujourd’hui avoir toujours pressentie, le bon temps où il était une star heureuse de la télé réalité, roi de l’improvisation, professionnel du stand-up, addict au tweet compulsif. Il aura tout dit et son contraire, estimé à moins de 1% la contamination de ce qu’il compare à une grippette, assuré que les tests étaient bien là, incriminé les Chinois bien sournois, évoqué enfin le machiavélisme politicien des démocrates. Des chasseurs américains de fake news ont recensé plus de 16 000 fausses déclarations ou approximations, émanant avec aplomb de sa bouche ou de son compte Twitter.

Il nie, renie, dénie.

Il s’en lave les mains, bien sûr plusieurs fois par jour, histoire quand même de se protéger, on ne sait jamais.

Quelques autres pistes tendraient à valider en France l’hypothèse de cette atteinte du cerveau. La longue liste des alibis – relevés dans les quotidiens régionaux – de nos concitoyens pour justifier leurs déplacements laisse en effet rêveur : 50 km au moins pour trouver à minuit de la crème solaire, de la farine ou du sans gluten ; les nombreux grands parents autrefois oubliés sur les aires d’autoroute, déjà enterrés vingt fois pour justifier des absences, mais qu’il faut absolument visiter aujourd’hui ; le retraité qui « marche pour se déboucher les artères » ; ceux qui font « prendre l’air à leur boa » ou « promènent leur fils » en le classant dans la catégorie des animaux de compagnie…

L’imagination délirante se propage à très grande vitesse. La santé mentale de nos contemporains est plus menacée qu’on ne le craint.

Prenez soin de vous. Lavez-vous les mains et respectez les gestes barrière. Restez confinés. Et profitez-en, ça pourrait ne pas durer !

Je vous embrousse.

0 réponses

Répondre

Participez-vous à la discussion?
N'hésitez pas à contribuer!

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.