Mythologie contemporaine et pandémie de Covid-19

L’évolution de la pandémie de Covid-19 se poursuit inéluctablement et l’on dénombre dans le monde, au 26 février 2021, d’après les dernières données recueillies, 113 745 002 personnes ayant été infectées et 2 524 133 qui en sont décédées. En France, le nombre total de cas se monte à 3 736 016, dont 86 332 décès. Nous sommes devenus, depuis le début de la pandémie, coutumiers de ces chiffres.

Jusqu’à ce jour, ces indicateurs de l’évolution de la pandémie me paraissaient parfaitement abstraits. À présent, j’en extrais un cas, celui d’un patient décédé il y a deux jours ; le premier depuis le début de l’épidémie. C’est pourquoi, il revêt à mes yeux valeur de symbole. Ce patient n’avait, hormis son âge, aucun critère pouvant laisser craindre qu’il fût susceptible de développer une forme grave de Covid-19. Concomitamment, une patiente de même âge avec de nombreuses comorbidités en particulier cardioartérielles a également été infectée par le coronavirus et n’a, quant à elle, souffert d’aucune complication. La mort engendre l’irrationnel, y compris pour un médecin, dont on pourrait penser, de manière inappropriée, que « la mort est (son) métier ». Je ne m’habitue pas à la mort de mes patients. Dans un rapide travelling, je revois les visages de tous ceux que j’ai accompagnés durant plus de quarante années d’exercice de la médecine et j’en éprouve un grand vertige.

Le caractère aléatoire et imprévisible, presque maléfique, voire grotesque, de l’évolution d’une infection à coronavirus m’exhorte à revisiter le mythe du Minotaure. Dans les recoins d’un labyrinthe crétois, une créature mi-homme mi-taureau y était emprisonnée par son beau-père Minos, roi légendaire de Crète ; il se nourrissait de chair humaine envoyée par la cité d’Athènes. Ce sinistre rite s’est poursuivi jusqu’à ce que le héros athénien Thésée se porte volontaire, entre dans le labyrinthe et tue cette bête tant redoutée.

Dans la mythologie contemporaine, le coronavirus, alias le Minotaure, n’a pas les mêmes caractéristiques morphologiques, mais il n’en demeure pas moins démoniaque. Le Sars-Cov2 infecte les sujets au gré des rencontres. Il réclame son tribut et dans ce cadre, certains s’en sortent indemnes, d’autres non. Le coronavirus a déserté son labyrinthe et dans une fatidique inversion des rôles, il nous y a enfermés. Cette situation n’en finit pas, et on peine à découvrir le fil d’Ariane qui nous permettra de trouver l’issue à cette crise. Nous avons prié, même si l’on ne croit pas en Dieu, pour l’avènement d’un traitement ou d’un vaccin, alias Thésée, qui viendrait combattre et décimer ce coronavirus. L’espoir demeure immense et bascule parfois dans la pensée magique, mais force est de constater que les résultats se font, hélas, cruellement attendre.

L’histoire du Minotaure a fasciné pendant des milliers d’années et inspiré une myriade d’œuvres d’art : poteries, poésies, pièces de théâtre, peintures, opéras, films et jeux vidéo… À n’en pas douter, l’histoire du coronavirus a de grandes chances de connaître un sort identique.

I’m a poor lonesome doctor…

1 réponse
  1. Hans dit :

    Je vois ce virus comme l’alien (inspiré la aussi du mythe du Minotaure), un monstre dans un vaisseau labyrinthique, ou seul une femme et un chat s’en sortent vivant.

    Et je me vois, la, entouré d’un virus qui peut me frapper à tout moment, comment le tuer symboliquement de mon esprit?

    Le monde est devenu son terrain de chasse, il s’adapte et frappe, il est la mort ou une simple caresse sur notre visage, la nature a-t-elle trouvé son héro pour vaincre le monstre qu’est devenue l’humanité pour cette si belle planète, le virus est peut être Thésée et nous des Minotaures. Je me refuse à le croire…

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