#masque
par Jean Brousse

Masques

Ce matin, ma – délicieuse – kiosquière du carrefour Saint Pères/Saint Germain m’offre généreusement l’un de ces appendices nécessaires à tout être intéressé par une vie « normale » : un masque. Le dernier accessoire à la mode. En tous cas obligatoire pour sauter dans un bus. A l’entrée des boutiques, des musées, des restaurants, de l’hôtel des impôts et de mon cordonnier, profusion. Il y a trois mois, souvenez-vous, leur absence était un désastre national, l’aveu d’un échec, la preuve d’un mensonge, la signature du laxisme de dirigeants incompétents.

Mascarade des masques en rade.

Mais que fait le gouvernement ? On les préservait dans un tiroir secret. Ils jonchent aujourd’hui nos canapés et les boulevards.
Hors les tribulations et l’âpre lutte concurrentielle des commandes nationales, régionales et locales, toutes les machines à coudre, industrielles et privées, du pays se sont mises à la production de ces dits objets devenus indispensables à la protection de chacun. Les patrons en ont été diffusés par l’Afnor. On sortait du grenier la vénérable Singer à pédale de la grand-mère. Tous participaient ainsi à l’effort de guerre. On se les entredéchirait sur les tarmacs asiates. On en faisait un décompte national publique quotidien.

La créativité n’en a pas souffert et des modèles plutôt fashionable se croisent aujourd’hui dans nos rues et même dans les clairières les plus reculées. En couleur, à pois, cachemires, assortis aux bretelles ou aux chemises, moirés, taillés dans les plus riches étoffes. Certains les agrémentent du dessin d’un sourire ou d’une dentition approximative. Quand ils sont portés comme il sied, ni sur le front ni sur le menton, couvrant les nez et le bas du visage, ils mettent en lumière les regards les plus anodins. Même s’ils peuvent certes réserver quelques surprises à leur envol.

Nous allons bientôt en découvrir frappés du logo des marques qui les distribuent. Les magasins de farces et attrapes médicalisent les invendus du Carnaval. Je vous le dis, il y aura des collectionneurs. Je t’échange deux Intermarché contre un Louis Vuitton ! Un Bansky contre trois Mistic. On en vendra à prix d’or chez Christie’s dans quelques années. Congelez vos masques, c’est peut-être un trésor.

Et puis un jour, des centaines de million d’entre eux pourriront dans un hangar oublié désaffecté à peine désinfecté. Ce jour où l’on découvrira, en même temps qu’un microbe inconnu, qu’on en a un cruel besoin. Ainsi va notre monde.

Je vous embrousse très fort.

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