Mascarade

La mascarade continue…

L’ex-ministre des Solidarités et de la Santé, Agnès Buzyn a été auditionnée mardi 30 juin 2020 par la commission d’enquête parlementaire afin d’établir la généalogie et la chronologie de la crise sanitaire liée au Covid-19. Elle avait choisi de quitter précipitamment le ministère le 16 février 2020 pour porter les couleurs de la majorité La République en marche (LRM) aux élections municipales à Paris. Elle a quitté le navire de l’avenue de Ségur en pleine tempête alors qu’elle savait, selon ses propos rapportés dans une interview au journal Le Monde au lendemain du premier tour des élections municipales, « que la vague du tsunami était devant nous ». Elle s’est efforcée de rejeter la faute, à propos des stocks de masques et des centaines de produits nécessaires, sur son équipage. Elle a rappelé que le rôle d’un ministre était avant tout de « s’assurer qu’il y a une chaîne de commandement. »

Elle a assuré n’avoir appris qu’en janvier le manque de stocks de masques. Nommée ministre de la Santé en mai 2017, Agnès Buzyn, hématologue de formation, était pourtant en poste lorsque Jérôme Salomon avait ordonné à l’automne 2018 la destruction de plus de 600 millions de masques chirurgicaux du stock stratégique. Après cette décision, seule une commande de 100 millions avait été passée en 2019, bien loin de ce qui aurait été nécessaire pour reconstituer le stock de un milliard recommandé par les experts pour affronter une épidémie mondiale. Elle a affirmé notamment avoir alerté le directeur général de la santé dès le 20 décembre 2019 et envoyé un message au Président sur la situation le 11 janvier 2020. Cherchant fébrilement dans ses fiches pour retrouver une date ou interrogeant du regard son ex-directeur de cabinet Raymond Le Moign, venu l’assister, elle s’est accrochée à son agenda quotidien pour démontrer qu’elle a « mis en branle tout le système sanitaire ». Perdue dans ses notes, elle fait montre d’une grande hésitation et s’en est excusée à de nombreuses reprises auprès des députés de la commission d’enquête qui, malgré le respect qu’ils lui portent, ont avoué avoir quelques difficultés à la suivre. Alors que les critiques sur l’impréparation et les atermoiements du gouvernement dans cette crise sanitaire inédite n’ont jamais cessé depuis le mois de mars, elle a estimé avoir parfaitement géré la situation quand elle était aux responsabilités. Et lorsque les questions se sont faites plus pressantes sur des points emblématiques de la gestion de la pandémie, Agnès Buzyn n’a pas hésité à se défausser. La pénurie de masques, par exemple, ce n’était pas de sa responsabilité. Ainsi, n’a-t-elle jamais eu connaissance du courrier envoyé par le directeur de Santé publique France en septembre 2018 à Jérôme Salomon, signalant que la quasi-totalité de l’important stock de masques constitué par la France était périmée. Le 30 janvier 2020, elle a ordonné une commande de plus d’un million de masques FFP2 qui va se heurter à des difficultés d’approvisionnement, car elle découvre alors que ces produits-là sont fabriqués en Chine et que la tension est déjà extrême au moment où la commande part. Malgré tout, elle a estimé éprouver le sentiment d’avoir fait tout ce qu’elle pouvait faire. Elle a notamment avancé ce mardi 30 juin 2020, avalanche de dates à l’appui, que « l’anticipation » en France face à l’épidémie de coronavirus avait été « sans commune mesure avec les autres pays européens » et « toujours en avance » par rapport aux alertes des organisations internationales.

À propos de ses regrets publiés dans Le Monde, qui avaient fait polémiques, l’ancienne ministre a expliqué que quand la journaliste l’appelle elle est « intimement persuadée que le deuxième tour ne peut pas se tenir ». Elle n’aurait pas relu ces verbatim qui ne lui auraient pas été soumis. Éric Ciotti, le rapporteur de la commission d’enquête, a insisté en lui demandant si ces propos étaient vrais. Agnès Buzyn a répondu : « J’avais passé une journée épouvantable. J’étais très fatiguée. On m’accusait sur les réseaux sociaux de n’avoir rien vu. C’est tout le contraire. Je me suis battue pendant un mois. […] Ce que j’ai dit au journal Le Monde ce jour-là, c’était : “Arrêtez de dire que je n’ai rien vu. J’ai tout vu.” » On peine à la croire en l’observant sans cesse ajuster fébrilement ses lunettes pour fouiller dans ses fiches, tout en se disant désolée de ne pas retrouver l’information souhaitée, puis les ôter pour s’adresser aux députés. Il sourd de ces séquences, un certain malaise. Pathétique, Agnès Buzyn sourit tristement en regrettant d’avoir utilisé le terme de « mascarade » à propos du scrutin du premier tour des élections municipales.

L’audition de plus de quatre heures semble avoir été vécue par l’ex-ministre des Solidarités et de la Santé, candidate malheureuse à la mairie de Paris, comme une des dernières stations de son chemin de croix, pour ne pas dire un enfer…

E quindi uscimmo a riveder le stelle
Et dès lors, nous sortîmes revoir les étoiles.

C’est avec ce dernier vers que s’achève L’Enfer de La divine comédie de Dante Alighieri.

I’m a poor lonesome doctor…

2 réponses
  1. JEAN-FRANÇOIS BURTÉ dit :

    Cher Jacques Fabrizi,

    Je te connais depuis 35 ans et je t’apprécie beaucoup, mais aujourd’hui j’ai envie d’être ton jury d’examen, comme tu prétends à jouer celui d’Agnès Buzyn, notre confrère. Donc j’ai imaginé ce qu’un jury aurait pu te répondre (et ça ne va pas te faire plaisir, comme ça n’a pas du faire plaisir à la belle-fille de Simone Veil que des voyous de l’Info autoproclamés journalistes ou écrivains s’acharnent chaque jour depuis 6 mois à la faire passer pour une conne.
    … tu la sens bien, la position, dis ? ^^ )

    Nous avons relu votre texte soumis à notre lecture avec une double interrogation :

    Vous êtes un Jeune étudiant qui hésitez entre les Lettres Humaines et la Sociologie appliquée … mais vous estimez déjà que les médias font foi sur tout, que le soupçon est l’arme de la preuve si ce n’est même la preuve elle-même pourquoi pas, que la gestuelle des lunettes est un livre ouvert qui vous permet de sonder tous les états d’âme ave la précison du chirurgien psychiatre qui de plus se satisfait d’extraire à dessein des faits choisis dans des seules notes d’agenda (l’action d’un Ministère dans un agenda ? il tient dans un camion cet age,nda , non ?).

    Bigre vous êtes devenu à vous seul la caverne d’Ali Baba du phare d’Alexandrie des procureurs du dimanche. La seule lecture de Mediapart et des vidéos YouTube font de vous l’Accusateur, l’Historien, le Juge et le Bourreau ^^ Allez patron, remettez la tournée on s’amuse comme des fous ! ^^

    Vous souhaitiez découvrir le métier d’éditorialiste, MAIS vous pensez que le pamphlet est un art socialement plus utile, et un acte politique fort qui ne rate jamais sa cible ?
    … ou vous aviez tout simplement du temps à perdre à enfoncer des portes ouvertes par d’autres beaucoup plus brillants que nous ici-bas et vous êtes déçu de vous borner à ressasser ce que tout le monde a déjà dit et son contraire sur un sujet

    Vous aviez juste 2 H devant vous pour cette épreuve de mise en forme d’un texte simple, et le résultat semble …oui, pathétique !

    Analyse :
    .. Ce n’est pas marrant. C’est aussi réchauffé qu’un discours de Mélenchon sur le Venezuela. Et ça n’apporte strictement rien au débat ni au tsunami économique et sociétal qu’on a devant nous. Si au moins vous aviez écouté la tirade de Bachelot… ?
    Et enfin, ce n’est même pas compatissant avec l’être humain que se débattait devant les caméras voyeuses dans les crocs du bourreau Ciotti

    Note obtenue : texte moyen-âgeux, à revoir complètement. Zéro pointé sur l’analyse, 0.5 point pour le temps passé.
    Avis personnel : On vous conseille de revenir à un métier que vous maitrisez beaucoup mieux et qui soit plus utile à tout le monde

    Sur ce mon cher Jacques, je te souhaite une bonne journée d’été. En septembre tu vas pouvoir te défouler encore plus facilement. Kiss
    Cordialement

    … et oui celle-là je me suis permis de la publier ^^

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  2. M.M. dit :

    J’aimerais remercier très chaleureusement le docteur Fabrizi de nous faire partager son ressenti à travers ses billets d’humeur publiés sur le site de 10:14. J’ai découvert comme beaucoup son premier article intitulé #colère et depuis je suis impatiente en attendant ses futurs “posts”. Je les apprécie particulièrement au point de les imprimer afin de les conserver. Peut-être à la fin de cette triste période seront-ils publiés dans un recueil ? Je l’espère vivement.

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