Et maintenant ?

On est donc à peu près sûr que 70 millions de français seront vaccinés avant longtemps, le docteur Véran l’a dit. Superbe exploit.
Le Premier ministre prend en urgence la parole depuis l’Élysée pour ne rien annoncer : nous ne prenions plus, anyway, l’avion pour New York, et nous croyions jusqu’alors que les forces de l’ordre faisaient déjà leur boulot.

Ainsi, la panique précautionneuse gagne les autorités. Le « variant français », redoutable entre autres, est à l’œuvre et le rere – re ? – confinement menace encore. Le général en chef résiste contre le haut commandement sanitaire et les courbes assassines. Saura-t-il toujours décider, quoi qu’il en coûte ? Le peuple résigné, mais de plus en plus excédé, soumis aux signaux de médias rendus au statut de pythies, attend l’oracle. La fronde menace.

Comme souvent, les forces de l’imagination et de la créativité, aux avant-postes de la vie à venir, les acteurs de la culture encalminés par le mauvais virus et touchés plus que d’autres se révoltent. Dans un communiqué du 26 janvier, France Créative* souligne l’impact majeur de la crise économique sur ce secteur, avec une chute de 32% de son chiffre d’affaires en France (de 643 à 444 milliards d’€ en Europe) pour 2020. « Cette situation désastreuse pourrait causer des dommages irréparables au tissu économique du secteur et mettre en péril sa contribution essentielle au lien social et à l’identité de l’Union européenne » comme le reflète l’étude menée par EY pour le Gesac**, qui valorise « la place centrale que les ICC peuvent occuper dans la relance européenne grâce à leur réservoir de créativité, à la diversité et à la capacité d’adaptation des talents qu’elles regroupent ». On parle là de 7,6 millions d’emplois créatifs en Europe, 1,3 million en France (plus de deux fois ceux des télécom et de l’automobile réunis), pour la plupart jeunes et dynamiques, entreprenants, peu avares de leur temps ni de leur talent, issus de toutes les couches de la société, témoins de leur époque et inventeurs de ce « monde d’après », qu’il convient d’imaginer. Les saltimbanques, les poètes et les musiciens font la vie belle ! Rêve-t-on du monde d’avant ?

On peut également parler de près de 3 millions d’étudiants, privés de rencontres avec leurs enseignants, d’échanges avec leurs coreligionnaires, privés des colloques spontanés – et des colocs – sans fin où l’on refait le monde, privés de ce terreau fécond, nécessaire quand on a vingt ans et qui fait éclore vocations et ambitions. Là se nourrit demain, là renait l’envie du progrès plutôt que le confort de la frilosité. Ils frôlent le « burn-out », terriblement seuls devant de ternes écrans. On trinque moins bien devant Zoom. Restaurons l’optimisme joyeux de la jeunesse.

Parlons aussi des centaines de milliers de jeunes entrepreneurs enthousiastes aux prises avec leur trésorerie, leurs marchés, leurs espoirs, et les mystérieux arcanes de la bureaucratie. Pendant ce temps, on vaccine – quand on a les fioles, les aiguilles et les doses – nos ainés de plus de 75 ans. Certes, on meurt plus à cet âge, et la mort fait peur.

Aux dernières élections présidentielles, au premier tour, 51% des moins de 35 ans votaient extrêmes ou populiste, contre 10% des plus de 65 ans***. Qui vote quoi ? On le verra dans pas longtemps.

Je vous embrousse très fort.

 

* Créé en 2012, France Créative est le regroupement des acteurs de toutes les filières des secteurs culturels et créatifs ayant fait émerger dans le débat national et européen le poids de l’économie culturelle et créative par la publication de plusieurs panoramas économiques

** « Re-building Europe, the cultural and creative economy before and after COVID-19 » EY/Gesac, janvier 2021

*** Enquête Opinion Way, avril 2017

0 réponses

Répondre

Rejoindre la discussion?
N'hésitez pas à contribuer !

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.