Lumières

Les Lumières : mouvement littéraire qui s’étend de 1715 à 1789 et qui veut mettre les connaissances (les Lumières) à la portée de tous et combattre l’obscurantisme et l’ignorance (les ténèbres). Il revendique la tolérance, et met la foi dans le progrès et non plus en Dieu. Les philosophes et écrivains des Lumières aident leurs contemporains à développer leur sens critique, à penser par eux-mêmes, et à s’affranchir de toutes leurs superstitions.

En 2021, confronté à la problématique de la pandémie de Covid-19 et de la campagne de vaccination actuellement en cours, il est de bon ton de s’interroger sur ce qu’il reste de l’esprit des Lumières. La question qui se pose de prime abord est de savoir si l’on peut encore dans ce contexte exercer un esprit critique sans se faire traiter d’anti-vaccins et de s’exposer à la censure si l’on a l’honnêteté d’exprimer des doutes ? Il existe une différence fondamentale entre une politique de santé publique qui vise à l’obtention d’une immunité collective par la vaccination et la singularité de chaque patient qui demande conseil à son médecin traitant. La revue Prescrire, qui, je le rappelle, est une des seules publications françaises indépendantes des laboratoires pharmaceutiques, précise fin janvier 2021 que les incertitudes autour du vaccin AstraZeneca « sont plus grandes qu’autour des deux vaccins à ARNm déjà disponibles dans l’Union européenne ». Elle insiste sur le fait que « Fournir une information équilibrée sur les risques de la maladie Covid-19, sur ce que l’on sait et sur ce que l’on ne sait pas de l’efficacité et des effets indésirables des vaccins est toujours d’actualité ».

Dans le brouhaha médiatique, les effets indésirables des vaccins ont tendance à passer sous silence, alors qu’ils sont loin d’être négligeables. L’intérêt collectif de la vaccination imposerait-il de ne pas faire dans le détail ? Alors que les autorités sanitaires réclament l’adhésion et la participation des médecins à la campagne de vaccination, est-il encore permis d’exprimer quelques réserves ? Doit-on au contraire se comporter en propagandiste de la vaccination sans évoquer avec son patient les avantages et les inconvénients de celle-ci au cours d’une évaluation de la balance bénéfices-risques personnalisée ? Délivrer à son patient un conseil éclairé et ne pas sombrer dans un obscurantisme vaccinal est-ce encore envisageable alors que, selon une expression prêtée à Hippocrate, le colloque singulier dans son acception première relève précisément de « la rencontre d’une confiance et d’une conscience » ?

La vaccination est considérée par les autorités sanitaires comme le seul moyen pour sortir du marasme que l’on connaît ; alors que penser de la campagne de vaccination en cours ? Les centres de vaccinations peinent à se procurer des vaccins et, malgré un nombre de fonctionnaires pléthorique, l’organisation de la vaccination est un fiasco. Le gouvernement a été contraint de recourir à des plateformes privées de prise de rendez-vous, sans aucune garantie d’une non-utilisation des données personnelles.
Concernant le vaccin Oxford-AstraZeneca, les premiers résultats d’une étude de l’université du Witwatersrand, à Johannesburg, soulignent un manque d’efficacité contre le variant découvert en Afrique du Sud, obligeant le gouvernement de ce pays à suspendre le déploiement de la vaccination. Avec plus de 40% de variant sud-africain et brésilien, la Moselle a de sérieuses raisons de s’inquiéter…

En France, les médecins généralistes seront prochainement autorisés à vacciner avec ce désormais très décrié vaccin et sont accusés de ne pas jouer le jeu. Mais de quel jeu s’agit-il ? Le Directeur Général de la Santé, Jérôme Salomon, invite les médecins à un grand deal vaccinal. Il leur explique dans un mail détaillé, relayé en cascade par toutes les instances sanitaires, la vaccination pour les nuls (les généralistes). Après les débuts calamiteux de la campagne de vaccination, les autorités sanitaires appellent à la mobilisation générale, à l’instar des taxis de la Marne en septembre1914. Pardon, mais j’avais oublié que nous étions toujours en guerre…

Pour l’heure, la campagne de vaccination concerne les personnes âgées de plus de 75 ans avec les vaccins Pfizer-BioNTech ou Moderna selon les approvisionnements. Les personnes âgées de 50 à 65 ans pourront bénéficier du vaccin Oxford-AstraZeneca. En revanche, les personnes âgées de 65 à 75 ans sont les grandes oubliées ; elles sont à peine autorisées à s’inscrire sur une liste d’attente, même si elles sont éligibles à la vaccination en raison de comorbidités. Cette stratégie ne s’apparenterait-elle pas à un apartheid vaccinal ? Dans cette logique, pourquoi ne pas proposer à cette tranche d’âge le Spoutnik V ?

Sous couvert de transparence, on évolue en pleine opacité. Dans ce contexte, ne serait-il pas louable que les médecins méditent cette réflexion de Diderot, écrivain, philosophe et encyclopédiste français des Lumières et en tirent quelque enseignement pour leur pratique ? « Ce qui caractérise le philosophe et le distingue du vulgaire, c’est qu’il n’admet rien sans preuve, qu’il n’acquiesce point à des notions trompeuses et qu’il pose exactement les limites du certain, du probable et du douteux. »*

I’m a poor lonesome doctor

 

*Denis Diderot (1713-1784) Lettre à Sophie Volland, 26 septembre 1762.

2 réponses
  1. Jocelyne Marchal dit :

    Bonjour,
    je lis avec beaucoup d’attention et de plaisir les publications du docteur Fabrizi Jacques et suite à ces lectures , une idée a surgi …pourquoi ne pas en faire un recueil ?c’est super bien écrit donc agréable à lire , on suit lecture après lecture l’atmosphère, les questions relatives à la pandémie et quand tout sera terminé , on serait content d’avoir un condensé de cette période exceptionnelle!

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  2. Elisabeth dit :

    Merci Docteur pour ce nouveau billet,
    merci de nous apporter toutes vos “lumières” sur cette pandémie et je suis d’accord avec Jocelyne : serait-il possible de créer un ouvrage à la découverte de tous ces “billets d’humeur” pour ne pas oublier cette période si anxiogène?
    à très bientôt de vous lire, Elisabeth

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