Loin de Paris

Il semblerait donc que le spectre des ravages du méchant microbe s’éloigne doucement. L’anticyclone bienveillant enchante les terrasses, et les bruits de la vie reprennent peu à peu, parfois trop choquants à des oreilles trop confinées. La vaccination, que beaucoup redoutaient il y a six mois, aux arcanes toujours hasardeux, enthousiasme maintenant une large majorité de citoyens, même si certains restent méfiants, et même si nombre d’entre eux ne croient pas aujourd’hui à une éradication radicale de la pandémie. Heureux de vivre, les Français restent français, sceptiques, critiques et rouspéteurs.

Il fallait aller constater sur place l’état de la société en cette fin du mois de mai, et pourquoi pas dans le plus petit département de France, la Lozère, « forte » de ses 75 000 habitants, natifs ou conquis par le calme ambiant de ces 10 000 hectares coincés entre l’Aubrac, le repaire des loups du Gévaudan et le Causse Méjean, entre la Margeride et les Cévennes, pays des sources et des gorges de la Truyère, de l’Allier, du Tarn, du Lot et de leurs affluents, petits paradis des moucheurs émérites. Les truites fario sauvages s’y plaisent et s’y multiplient. On y traverse Marvejols et Nasbinals, Florac et Mende, des villes aux noms qui chantent, et des villages semés de fermes sévères aux toits de lauze arrondis, aux murs arides en pierre sèche. L’apparente douceur y répond à la rudesse majestueuse des plateaux calcaires allongés sous le ciel, fleuris de coquelicots, d’asphodèles, de stellaires, de bugles et d’iris, de géraniums sauvages et de salsifis des prés, boisés d’aulnes, d’érables champêtres et d’aubépines rurales. On y fane en ce printemps aux pieds des falaises calciques. Les donjons y sont des pigeonniers. On y élève des cochons, des pintades et des brebis. On y prépare de roboratifs fricandeaux accompagnés d’aligots et de truffades, entre autres légèretés.

Six malades sont à l’hôpital de Mende, dont un en réanimation, le taux d’incidence est de 60 et le R0 de 0,9, autant de chiffres rares et rassurants. Les rues ne sont pas bondées, loin de là. On en oublierait presque son masque s’il ne fallait pas entrer dans l’épicerie du village.

On pourrait ici comprendre une facette de l’état sanitaire du pays. Une visite exemplaire du Président suffirait peut-être à gommer les incertitudes persistantes, quitte à affronter les préoccupations reflétées par la presse locale. Les pages du Midi Libre commentent à l’envi, entre la reprise pour les joueurs de quille et les aventures de la sélection des « bleus », les péripéties de la campagne pour les élections cantonales et régionales à venir, les affrontements aux accents de radical-socialisme à l’ancienne, les plaidoyers pour les circuits-courts, les appels au désenclavement et à l’amélioration des transports publics et des dessertes locales. Si loin de Paris !

Mais le Président aura préféré jouer dans son jardin dimanche, avec McFly et Carlito, au défi des anecdotes, « vrai ou faux ? ». Les questions étaient-elles les bonnes ? Certes Mbappé ne rejoindra pas l’OM, mais quelles réformes bouclera-t-il avant la fin du quinquennat, quelles promesses envisage-t-il pour un prochain mandat, se représentera-t-il vraiment en 2022 ? Dans le même temps, « en même temps », il évoque la « Renaissance » de la France dans Zadig. Joueur dimanche et philosophe la semaine. On pourrait aussi jouer au ni-oui-ni-non, au mistigri et refaire « La course au trésor ».

Ainsi vont la Lozère et la France, par les temps qui courent. Peut-être le monde ?

Je vous embrousse très fort.

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