… sans Castex !

 

Rouvrons sous la pluie !
Ou
Liberté conditionnelle
Ou
« La liberté est le meilleur des aphrodisiaques »

 

Les titres de presse, mercredi dernier, étaient unanimes et éloquents : « Ça rouvre ! » « C’est (re)parti » « Un jour tant attendu » « Après la dépression, une bonne pression » « À notre santé » « La soif de revivre » « Les terrasses refont surface » « Ils remettent le couvert » « On se retrouve dehors » « Vous faites quoi aujourd’hui ? » « Le grand jour ! » « Le jour J » « Un air de liberté » « Un goût de liberté » « Un avant-goût de liberté » « Un vent de liberté »…

Un grand espoir de liberté fantasmée, peut-être parce que « la liberté est le meilleur des aphrodisiaques » (Björk), même conditionnelle et sous contrôle sanitaire. Jusqu’à ce désenchanté « Enfin ! » de La Provence, sans que l’on sache bien s’il concernait la réouverture des estaminets ou le retour d’un Karim Benzema enfin déconfiné en équipe de France de football.

Effectivement, les restaurants avaient convoqué les grands gagnants de la période, comme autrefois les marchands de pioches lors de la ruée vers l’or en Californie, charpentiers et scieurs des Vosges pour agrandir et embellir leurs terrasses. Dans leurs plus beaux atours, elles recevaient ce matin-là les premiers amoureux des zincs et des petits noirs. Le bruit des entrechocs de tasses le disputaient au toctoc du porte filtre sur la calandre du percolateur. Les pompes à bières rutilaient. On a même vu aux premières heures du jour des retrouvailles autour d’un plateau de cochonnailles arrosé d’une belle bouteille de Sancerre frais.

Une impression de vie trop vite perturbée par l’extrême attention portée par les serveurs, certains encore empruntés et craintifs, au strict respect des mythiques « gestes barrière », du port du masque entre deux lampées à la distanciation scrupuleusement organisée, un œil fixé sur le coin de la rue par peur de l’apparition d’une brigade de répression. Mais les forces de l’ordre étaient toutes occupées, ce 19 mai, à leur « colère bleue » manifestée devant l’Assemblée nationale.

C’était aussi « Rouvrons sous la pluie ! », et plus d’un néo-consommateur engoncé dans une indispensable parka a dû battre en retraite sous de persistantes giboulées venues gâcher la fête. L’ambiance n’y était pas vraiment, coincée entre un climat défavorable, des contraintes inhabituelles et l’incrédulité perceptible. S’est-on trompé de jour ?

Pourtant de dernières découvertes donnent de nouveaux grains à moudre aux commentateurs : le méchant microbe craindrait les frimas, courbes et corrélations à l’appui. Et les savants médiatiques déstabilisés aussitôt reconvertis en statisticiens avisés d’invoquer la comorbidité sociale, les diagonales du froid, le cycle des saisons, la « multifactorialité », et de discuter ce que chacun sait : corrélation n’est pas causalité. Ainsi les corrélations observées par le consultant émérite du prestigieux Boston Consulting Group Tyler Vigen, entre le nombre de divorces dans le Maine et la consommation de margarine, ou les noyades en piscine et les films de Nicolas Cage, laissent cois. On verra bien si la croissance des taux d’alcoolémie liée à l’ouverture des troquets influe sur la variation du taux d’incidence et du R0 ! François Bayrou s’inquiète, lui, de la baisse de la natalité française et défend bec et ongles la réouverture des boîtes de nuit. Y voit-il un rapport ? Ou perd-on simplement peu à peu le sens du bon sens ?

Comme dirait l’autre : « La complexité n’interdit pas la décision. » Gageons avec espoir qu’aux premiers rayons d’un soleil de printemps enfin récupéré, nous retrouverons, vie d’avant ou vie d’après peu importe, un peu de sourire et d’envie de vivre, libres.
Libres ?

Je vous embrousse très fort.

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