Jeu de rôle 

Le jeu de rôle est une technique d’improvisation dramatique utilisée en formation professionnelle pour l’entraînement à la prise de conscience d’attitudes liées à certains rôles requis par la vie sociale et destinés à l’amélioration de la créativité. C’est le psychologue autrichien Jacob Levy Moreno, l’inventeur du psychodrame et du sociodrame, qui a mis au point cette technique. Selon lui, le jeu de rôle présente l’intérêt de laisser la personnalité s’exprimer avec spontanéité dans une situation duelle ou plurielle qui exige un ajustement à autrui. Le caractère ludique du jeu de rôle permet de transcender des situations plus ou moins proches d’une réalité difficile.

À quel jeu de rôle le gouvernement d’Emmanuel Macron entend-il soumettre les médecins généralistes confrontés à la pandémie de Covid19 ?

Selon le sondage BVA pour la Fondation April publié en juin 2020, la crise sanitaire n’a pas érodé la confiance des Français vis-à-vis de leur médecin traitant. Ils sont 74 % à déclarer qu’en cas de maladie, c’est en priorité vers leur médecin généraliste qu’ils s’orienteront. De manière globale, 93 % des sondés assurent accorder du crédit à leur médecin traitant. Par contre, la défiance des Français quant à la capacité du gouvernement à résoudre la crise sanitaire s’accroît. C’est ce qu’illustre une enquête de l’Ifop publiée le 4 avril 2021 dans le Journal du Dimanche : seuls 25 % des Français font confiance au gouvernement pour « faire face efficacement au coronavirus ».

Les médecins généralistes, dans leur grande majorité, expriment leur souffrance, non pas à soigner leurs patients dans un contexte difficile, mais en raison de l’intrusion des instances sanitaires, toutes confondues, dans leur exercice au quotidien. La direction générale de la Santé diffuse les recommandations de la HAS, parfois sollicitée pour des avis ponctuels ; elles sont relayées par les agences régionales de santé, l’Ordre des médecins et, last but not least, la Caisse nationale d’Assurance Maladie. Les médecins sont inondés, et c’est un euphémisme, de mails en rapport avec des référentiels, des directives, des conduites à tenir, des informations de grande importance et de dernière minute. Les arbres décisionnels et les protocoles régentent l’exercice de la médecine qui était considérée comme un art, il n’y a pas encore si longtemps.

En mars 2020, au début de l’épidémie, les patients étaient surtout encouragés à ne pas se rendre chez leur médecin traitant. La consigne était claire et répétée à l’envi : « Si vous craignez d’avoir été infecté par le Covid19, surtout n’allez pas chez votre médecin. » Les patients ont déserté les cabinets médicaux. À l’époque, comme les masques, les tests étaient, faut-il le rappeler, déclarés inutiles, faute d’en disposer. À défaut d’une hospitalisation, la validation du diagnostic n’intervenait qu’a posteriori avec un test sérologique, mais seulement pour ceux qui avaient eu la chance de développer des anticorps.

Un an après, sous couvert de contact tracing, certains patients testés positifs au Covid19 sont « gérés administrativement de bout en bout » sans jamais être incités à contacter leur médecin traitant ou alors uniquement si leur état de santé s’aggrave brutalement entre le neuvième et douzième jour après la survenue des premiers symptômes. C’est seulement à ce moment-là qu’ils se rendent compte que rien, semble-t-il, ne leur avait été expliqué et, sans vraiment réaliser, ils se retrouvent directement en soins intensifs…

Si je prescris un arrêt de travail dans le cadre d’une positivité au Covid19, le patient subira un délai de carence ; par contre, s’il s’inscrit lui-même sur le site ameli.fr, il sera indemnisé dès le premier jour. Cherchez l’erreur !

Alors que depuis le début de l’épidémie, je prescris à tous les patients ayant contracté le Covid19 des oxymètres afin de prévenir l’hypoxie silencieuse, j’ai reçu la semaine passée un énième DGS Urgent. Le directeur général de la Santé, médecin de formation, semble avoir oublié la notion d’urgence en médecine, sinon il ne lui aurait pas échappé que dans l’urgence, on n’a pas le temps de lire un document aride, verbeux et technocratique à souhait. Je le remercie néanmoins de m’avoir expliqué à quoi sert un oxymètre de pouls ! En location pour une semaine, renouvelable une fois, la prescription d’un oxymètre aux patients atteints de Covid19 est désormais possible et remboursable. Elle sera probablement utile pour les plus modestes d’entre eux. Diable ! Mais pourquoi ne pas y avoir pensé plus tôt ? Excellente nouvelle qu’il fallait absolument annoncer « en urgence » à tous les professionnels de santé, en particulier aux pharmaciens dont les stocks font déjà défaut. Toujours en poste, malgré sa gestion calamiteuse des masques, le directeur général de la Santé, Jérôme Salomon, loin du terrain, doit sans doute ignorer qu’on trouve des oxymètres très corrects en grandes surfaces à partir de 10 €, si toutefois, de manière paradoxale, ils ne sont pas considérés comme un produit de première nécessité, même par temps de Covid19 ?

J’ai vacciné, le 23 avril 2021, onze patients avec le vaccin Moderna à ARNm dans le cadre d’une « expérimentation » et je ne sais toujours pas si l’on va m’accorder une autre fiole dans le délai imparti de quatre semaines afin de réaliser la seconde injection. L’urgence, comme on peut en juger, est de vacciner le plus grand nombre, car seule la vaccination nous permettra de sortir de ce marasme ! Certaines personnes se sont vues refoulées d’un vaccinodrome, au motif qu’elles n’étaient pas éligibles malgré des comorbidités, dont un diabète et une obésité ; en effet, il leur manquait quelques jours pour avoir 60 ans révolus. Le plus grave dans cette histoire, c’est que l’une d’entre elles s’est plainte des premiers signes de Covid19 une dizaine de jours après avoir été refoulée… Ne serait-il pas temps d’étendre la vaccination à tout un chacun ?

Pendant ce temps, Radio France et France Télévisions nous invitent à nous effrayer des situations rencontrées au Brésil ou en Inde. La France se félicite de ses propres succès dans la gestion de l’épidémie ; elle multiplie les satisfecit et tente de prouver qu’elle fait mieux que les autres pays européens et le reste du monde. Alors, j’ai sorti ma calculette. Depuis le 11 novembre 2021, il y a en France en moyenne 365 décès et plus de 23 000 contaminations par jour. Ces chiffres rapportés à la population du pays, soit 67 millions d’habitants, représentent en valeur relative, une estimation deux fois supérieure à celle de l’Inde où l’on recense quotidiennement 3645 décès et plus de 300 000 contaminations, mais pour une population de 1,36 milliard d’habitants.
« Je compte sur vous parce que le gouvernement ne peut pas tout et parce que nous sommes une nation. Chacun a son rôle à jouer. »*

Les médecins généralistes aimeraient bien « jouer leur rôle » auprès de leurs patients à condition qu’on le leur permette !

I’m a poor lonesome doctor…

 

* Emmanuel Macron, Allocution sur le coronavirus, le 12 mars 2020.

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