#heureux
par Jacques Fabrizi

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Heu-reux

Selon une étude réalisée par le cabinet d’étude Elabe et l’Institut Montaigne en partenariat avec SNCF et France Info, près de huit Français sur dix se disent heureux, un chiffre en hausse de cinq points par rapport à 2018. Paradoxe troublant alors que la pandémie de Covid-19 met nos nerfs à rude épreuve. On le serait à moins. La première vague et surtout le premier confinement nous ont fait prendre conscience de notre fragilité et de notre vulnérabilité. Sur un plan sociétal, l’épidémie a mis en lumière les carences et les failles de notre système de santé dont on se persuadait peu de temps auparavant qu’il était le meilleur au monde. Bon gré mal gré, nous abordons la cinquième vague et en dépit de toutes les mesures mises en place, notamment la stratégie vaccinale, il faut bien admettre qu’elles ne suffisent pas à contrecarrer l’évolution de cette zoonose.

L’hôpital, malgré le Ségur de la santé, va toujours aussi mal. Les arrêts de travail maladie se multiplient ; le burn-out des soignants est à son comble ; les hausses de salaire, finalement considérées comme dérisoires, ne parviennent pas à stopper les démissions ; l’hôpital peine à recruter. Le métier ne fait plus rêver. « La polémique sur le nombre de lits fermés faute de personnel (5 % ? 13 % ? 20 % ?) est révélatrice du malaise ambiant. »*

Les déserts médicaux, résultat de l’imprévoyance des gouvernements successifs depuis près de cinquante ans, se multiplient et vont l’amble avec le mépris manifesté par les autorités sanitaires à l’égard des médecins généralistes, les grands oubliés du Ségur de la santé. Jérôme Salomon, le directeur général de la Santé, devait quitter son poste, appelé à d’autres fonctions, sans que la date de son départ soit encore connue, ni le nom de son successeur. Il continue d’envoyer des mails intitulés « DGS-URGENT » qui n’ont d’urgent que le nom. Souvent, un mail annule et remplace le précédent et contribue à saturer nos boîtes de messageries. Une seule envie nous anime celle de se désabonner sauf que cette possibilité n’est même pas mentionnée par le ministère de la Santé.

On envisage la généralisation de la troisième dose pour tous les adultes sans priorisation, la réduction du délai de six à cinq mois pour la réaliser et son intégration dans le pass sanitaire. Ces mesures continuent d’être prises en Conseil de défense en toute opacité. L’exécutif suivrait ainsi les conclusions de la Haute Autorité de Santé (HAS), mais in fine c’est le président de la République qui décide au point de se demander si elles relèvent d’impératifs sanitaires, économiques ou purement politiques. Il ne faut pas perdre de vue les futures échéances électorales.

Chacun se demande comment allons-nous sortir de cette situation ? Le « quoi qu’il en coûte » a vécu. La colère sociale couve et n’attend qu’une étincelle pour s’embraser ! Tandis que certains se complaisent dans le déclinisme et en font leurs choux gras, d’autres appellent de leurs vœux une véritable métamorphose de la société tout en se demandant si cela s’avèrera suffisant.
La comparaison martiale du président de la République n’en finit pas d’alimenter le débat et certains évoquent la situation de l’après-guerre et l’épisode de la reconstruction du pays après le désastre de la Seconde Guerre mondiale. Le slogan envisagé par le Conseil national de la Résistance pour son programme de redressement s’intitulait « les jours heureux ».

Rêvons un peu et imaginons que le programme de l’un des candidats à l’élection présidentielle s’inspirera des « jours heureux ». Quelle aubaine ! « …ils évoquèrent les perspectives d’avenir et, à y regarder de plus près, il apparut qu’elles n’étaient pas tellement mauvaises… »**

I’m a poor lonesome doctor

 

* Le Monde, daté du 24 novembre 2021.
** Franz Kafka, Miquel Barcelo, La métamorphose, Gallimard, Collection blanche illustrée, 2020.

1 réponse
  1. Bianchi dit :

    C’est toujours un moment de réconfort que celui de lire les mots de Jacques Fabrizi. Personnellement je me sens moi seul je vois qu’il y a une présence en haut de la tour de guet…N’est-ce pas le grand Bob Dylan qui chantait: « all along the watchtower »? Et ça commençait par « there must be some way out of here ?? »

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