Ça veut dire quoi, être éditeur, aujourd’hui ? 2/5

Maintenant que nous avons vu d’où nous venons et où nous sommes, parlons (peu mais parlons bien) chiffres, histoire de voir ce qu’il en est vraiment aujourd’hui. Il y a deux séries de chiffres à considérer : le marché du livre (en France); la gestion de l’éditeur.

Le marché du livre en France.

Nous reprenons les chiffres publiés sur le site de la direction du livre au ministère de la culture. Les données du livre ne semblent cependant pas évidentes à traiter, même venant de la rue de Valois : Production ou production commercialisée? Nombre de titres disponibles ou nombre de références vendues? CA éditeurs ou CA libraires? Poids des livres de poche dans les ventes en pourcentage ou en euro? Pratiques d’achat de livre ou pratiques de lecture? Prêts en bibliothèques, municipales ou universitaires, de livres ou d’imprimés?

Sachant qu’évidemment, les chiffres-clés publiés en mars 2013 se basent sur les données 2012 qui font aussi référence à l’année 2011. Donc : ne pas se tromper de colonne dans le tableau récapitulatif (ce qui n’a pas manqué de nous arriver, il a fallu tout vérifier, c’est long) ! En outre, les bases ont évolué entre 1998 et 2013 : certaines statistiques de 1998 ne sont plus reprises en 2013 et de nouvelles données sont entre-temps apparues…

Bref, voici nos tableaux, de 1998 (c’est-à-dire 1999…) à 2013 (2012, en fait, voire 2011) :

Nouveautés commercialisées en nombre de titres par an

Nouveautés commercialisées en nombre de titres par an

 

Ventes hors fascicules en Millions d'ex.

Ventes hors fascicules en Millions d’ex.

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Tirage moyen en nombre d’exemplaires

Chiffre d'affaires des éditeurs en milliers d'euros

Chiffre d’affaires des éditeurs en milliers d’euros

% des livres de poche dans les ventes

Pourcentage des livres de poche dans les ventes

% des librairies dans les ventes

Pourcentage des librairies dans les ventes

Prêts de livres en bibliothèque

Prêts de livres en bibliothèque

Évolution du prix des livres

Évolution du prix des livres

Droits d’auteur versés

Droits d’auteur versés

Pour expliquer pourquoi il y a tant de chiffres d’emblée peu évidents, il est indispensable d’évoquer le modèle économique du livre. En effet, avant d’atteindre son lecteur, le texte d’un auteur passe par plusieurs intermédiaires : édition (conseil, présentation), impression, stockage, diffusion (commercialisation), promotion (visibilité du produit), distribution (expédition vers les points de vente), vente ou emprunt (accès au client final !)

Maintenant, que dire ? Vus comme ça, les chiffres ne sont pas si mauvais, au contraire. Le business se maintient, le pognon rentre, le livre a l’air de plaire… Si on compare avec la performance de l’économie française sur la même période, par exemple le CAC 40 (puisqu’on parle finance) ou l’inflation, avec l’immobilier ou avec l’automobile, les éditeurs tirent bien leur épingle du jeu, puisque leur chiffre d’affaires progresse sans que le prix des livres n’augmente tant que ça. Certes, ces moyennes cachent des disparités évidentes : il y a les grands groupes d’édition et les petits éditeurs ; on parle plus de best-sellers que de poésie ; les libraires perdent des parts de marché face à la vente sur internet ; les tirages baissent constamment ; etc.

La gestion de l’éditeur.

Pour évoquer ce sujet, nous devons considérer deux choses : le fameux camembert et la non moins fameuse loi Lang, qui encadre avec précision le secteur du livre.

Le camembert décrit la répartition des revenus du livre entre tous les intervenants du circuit. C’est sur lui que repose le modèle économique du livre et le calcul de l’éditeur lorsqu’il doit décider de publier ou pas une oeuvre : sera-t-elle rentable sachant que tout le monde prend sa part au passage ?

Le camembert de l'éditeur

Le camembert de l’éditeur

Au passage, justement, on remarquera que la vente-distribution-diffusion prend plus de la moitié du chiffre d’affaires, que l’éditeur se paye autant que l’imprimeur, et que l’auteur, qui est à l’origine de tout ça, gagne peu, finalement (mais c’est vrai qu’il est tout seul, alors que tous les autres ont des structures importantes). Nous pointerons d’ailleurs le fait que ce camembert ne représente pas la part du marketing et de la promotion, à la charge de l’éditeur, sans lesquels aujourd’hui un livre a peu de chance de se vendre (puisque personne ne saura qu’il existe).

La loi Lang : tout le monde la connaît (nous devons donc faire attention à ce que nous allons écrire !). Elle a été instaurée dans plusieurs buts : soutenir les réseaux de vente indépendants que la grande distribution et les grandes surfaces spécialisées menacent par leur puissance financière, favoriser la lecture et protéger la diversité de la production. Il faut se rappeler qu’à l’époque, le marché du disque, peu encadré, a vu la quasi totalité des disquaires disparaître au profit des grandes surfaces spécialisées. La loi impose donc que les livres soient désormais vendus à prix unique, avec un maximum de 5 % de réduction, quel que soit le point de vente. En outre, la loi limite la notion de solde : toujours dans le but de soutenir la création, une oeuvre doit rester disponible un certain de temps avant de pouvoir être soldée (c’est-à-dire déstockée, autrement dit retirée du marché).

 

Alors quoi, finalement ?

Trois remarques et une question.

C’est bizarre, nous n’avons pas relevé les chiffres de l’édition numérique. Et pourquoi ? Alors que, justement, ces chiffres impressionnent tout le monde… De fait, il reste encore pas mal d’incertitudes sur le livre numérique, tant au niveau de sa définition (texte enrichi avec des images, du son, des mises à jour, de la personnalisation ? Ou simple transfert de texte sur un support électronique ?) que de son modèle économique (quel format : .ePub? .mobi? Quelle diffusion : streaming? achat? Que se passe-t-il en cas de mise-à-jour du support électronique?). Ce qui est sûr, c’est qu’il existe aujourd’hui pour chaque titre imprimé aussi bien un format électronique qu’un format de poche, et que l’édition numérique ayant encore de faibles revenus, ces derniers, soutenus par les fabricants de tablettes et de smartphones, sont voués à croître.

La culture est un marché plus porteur que le luxe ou que l’automobileEh oui ! Elle est pas belle, la vie? Et ce n’est pas terminé

Enfin, il manque un chiffre sensible : celui du pilon. Pas facile d’avoir des informations à ce sujet… Or, nous savons tous que les éditeurs ne peuvent pas conserver indéfiniment des stocks d’invendus et ont donc recours au pilon. Ce qui est dommage. Et coûteux, finalement.

Et la question : qu’en pensent les auteurs et les lecteurs ?

(À suivre… partie 1/5)

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