#erreur
par Jean Brousse

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« HTTP Erreur 503. The service is unavailable »

Les délicieux frimas de l’automne reviennent et nous retiennent aux longues soirées frissonnantes au coin du feu reconsidéré par la flambée des prix du gaz et d’autres énergies. La saison des cèpes bat son plein, les terrasses éphémères vivent leurs derniers jolis moments. On sort les vestes en tweed et les feuilles des platanes acceptent de jaunir. De dose en dose, on oublie le méchant microbe. Grâce au « pass » notre état sanitaire devient le prolongement banal de notre identité.

Les enfants chanceux de beaucoup d’écoles et de collèges de France ont abandonné leurs masques et retrouvé les sourires inconnus et les voix camouflées de leurs petits camarades. La buée a disparu des carreaux de leurs lunettes. Ils se découvrent pour de belles découvertes.

Facebook et ses avatars en profitent pour collapser et laisser orphelins pendant sept heures des milliards d’accros désemparés devant leurs claviers inutiles, secouant leurs tablettes et prêts au pire pour compenser l’absence d’un lien devenu indispensable, voire vital. Cela préfigurerait-il la grande panne de l’Internet ? Une maquette, une répétition ? Bien pire que la Covid, en son temps…

« HTTP Erreur 503. The service is unavailable. » Rien n’y fait. Le Web ne répond plus. Fichiers, photos et contacts perdus, GPS en dérive, télévision muette, commande de la chaudière paralysée, réservations interdites, Uber et Deliveroo stoppés net. Wifi et Bluetooth en rade, robots connectés tétanisés, Google et Wikipédia aux abonnés absents, plus de contacts avec les membres de nos groupes WhatsApp… Banques inaccessibles, cartes grises, avis d’imposition et factures bloqués dans le « Cloud », situation apparemment plus joyeuse, mais compliquée quand même. Usines à l’arrêt et stocks désorganisés, juste-à-temps impossible. Trois jours de plus et Jeff Bezos, Elon Musk et Mark Zuckerberg étaient au bord de la faillite, Thomas Pesquet patron confiné de l’ISS.

Écrans noirs, déprimes et désordres. Des zombies continueraient à errer dans les rues, hypnotisés par un smartphone devenu impuissant. Que ce soit la conséquence d’une manœuvre malhabile, d’une fatigue imprévue des infrastructures ou l’œuvre d’un malveillant hostile, pouvons-nous aujourd’hui imaginer survivre dans ce monde sans une adresse IP, une adresse e-mail et cent vingt-trois mots de passe ? Il n’y a pas si longtemps, nous vivions aux rythmes du 22 à Asnières, de la demoiselle des postes et des marchandes de quatre saisons. Il va falloir réinvestir sérieusement le café du commerce si nous voulons retrouver ailleurs la tenue des débats sur BFM et suivre les efforts des aspirants à l’Élysée.

La pré-campagne présidentielle se développe, à la recherche désespérée d’un peu de stabilité, alors qu’il nous manque encore beaucoup de candidats déclarés ou désignés, et pas des moindres. Quelques belles « balles dans le pied » sont attendues au tournant. Les sondages s’affolent à mesure que les « intervalles de confiance » se chevauchent et les marges d’erreur s’interprètent. Xavier Bertrand et Jean-Luc Mélenchon stagnent, on a perdu Yannick Jadot, et Anne Hidalgo peine à voir décoller sa campagne à la campagne. Éric Zemmour qui, s’il n’est pas sensible au vertige, pourrait entrapercevoir la roche Tarpéienne, dépasserait de quelques points non-significatifs – en pure statistique – Madame Le Pen, qu’il a dépouillée de ses atours idéologiques. Les commentateurs surchauffent grave, aussi perdus qu’un mandarin infectiologue devant les causes de la défunte pandémie.

Le train de Brive a pris vingt-cinq minutes de retard. La vie redevient presque normale.

Je vous embrousse très fort.

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