#épilogue
par Jacques Fabrizi

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Clap de fin !

An I après S.-C. (SarsCov2), Prairial finissait, selon le nouveau calendrier décidé par le président de la République en concordance avec le titre de son livre Révolution ; peut-être la seule réforme menée à son terme ?

L’épidémie de Covid19 déclinait, les masques tombaient, le couvre-feu serait abrogé sous peu au soir du premier tour des élections départementales et régionales. Histoire de ne pas gâcher la fête, surtout celle de l’Euro de football qui, semblait-il, passionnait plus les Français que les élections. L’on s’attendait d’ailleurs à une abstention massive. Le gouvernement redoutait « un plafond de verre » vaccinal, alors qu’il appelait de ses vœux un plafond de verre électoral qui permettrait de limiter l’influence de la droite extrême. Les lignes bougeaient et on s’accommodait d’alliances honnies il y avait encore peu de temps. Il ne s’agissait pas d’une simple question de sémantique ou de rhétorique. On assistait à une banalisation des thèmes du Front-Rassemblement National, repris sans vergogne par une droite décomplexée. La dédiabolisation était actée, la rediabolisation devenait nécessaire, voire indispensable. Les acteurs politiques jouaient les apprentis sorciers et se jouaient des thèses populistes. En étaient-ils seulement conscients ?

Les parents de Federico Pratola avaient fui l’Italie fasciste de Mussolini à une époque où l’on ne parlait pas encore de migrants ; ils étaient arrivés en France en 1927 « à une époque où les Italiens n’étaient pas accueillis les bras ouverts et ne constituaient pas “une chance pour la France”. »** La situation politique inquiétait Federico et il ne pouvait s’empêcher de faire le parallèle avec l’histoire de l’Italie et de l’Allemagne dans les années 1930.

En feuilletant d’un œil distrait Le Monde, l’attention de Federico fut attirée par une publicité pleine page émanant du ministère des Solidarités et de la Santé : « À chaque vaccination, c’est la vie qui reprend. Faisons-nous tous vacciner. Maintenant. Retrouvez la liste des centres de vaccination sur www.sante.fr. Vous pouvez aussi vous faire vacciner par un médecin, pharmacien, ou infirmier. »* Cela relevait plus de la propagande que d’un conseil de santé publique. Cela faisait, du reste, quelque temps que le politique avait repris la main sur le scientifique.

Federico s’époumonait à dénoncer la « soviétisation » bureaucratique des instances sanitaires et s’étonnait de l’attitude de nombre de ses confrères qui donnaient du crédit à cette situation par leur acceptation passive. Cette semaine encore fut pour le docteur Pratola, une semaine sans vaccin ; ces derniers avaient été exclusivement réservés pour les médecins du travail. Federico se souvenait pourtant avec précision de la déclaration du ministre de la Santé dans le JDD du 27 décembre 2020, lors du lancement de la campagne de vaccination : « Notre choix politique, c’est de faire reposer la campagne sur les médecins et les soignants. C’est la clé de la confiance et de l’efficacité. » Les adeptes du « mentir-vrai »** avaient encore une fois sévi. Cela était devenu une pratique courante.

Federico Pratola s’était installé à Longwy à la fin des années 1970 en plein marasme économique. Dans un contexte de promesses non tenues, d’intenses luttes sociales pour le maintien de l’outil de travail et la sauvegarde de l’emploi furent menées. La région fortement sinistrée connut des fermetures d’usines et des licenciements par milliers. “La vie à Longwy, c’est la sidérurgie !” « Ce slogan fut scandé dans toutes les manifestations, décliné sur les banderoles et les calicots brandis lors des défilés. Il exprimait le cri du cœur d’une vallée qui ne se résignait pas à mourir. Les responsables politiques de l’époque n’hésitèrent pas à se l’approprier pour calmer la légitime colère des ouvriers et de toute la population. La vie à Longwy s’était poursuivie, mais sans la sidérurgie ! Cette devise qui témoigne désormais d’un passé révolu demeure ancrée dans toutes les consciences avec le sentiment d’une infâme trahison. »*** De cela aussi, Federico s’en souvenait parfaitement. Il ne put s’empêcher de faire le parallèle entre les promesses non tenues à propos de la sidérurgie et celles concernant la vaccination contre le SarsCov2 par les médecins traitants. Il ressentit la même désillusion, la même trahison. La vaccination s’était poursuivie quoi qu’il en fût dans les slogans publicitaires gouvernementaux, mais sans les généralistes !

I’m a poor lonesome doctor…

 

* Le Monde, mercredi 16 juin 2021.
** Louis Aragon, Le mentir-vrai, Gallimard, 1980.
*** Jacques Fabrizi, Une vie par défaut, Cent Mille Milliards, 2021.

2 réponses
  1. Metha dit :

    Très bon clap de fin.

    Le parallèle avec les événements de Longwy… excellent !

    La propagande macroniste est malheureusement toujours “en marche”…

    Encore merci poor lonesome doctor

    Metha

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  2. Nicole dit :

    Ce dernier billet est tout aussi excellent que tous ceux publiés jusqu à ce jour
    Ce petit plaisir de lire au calme tes écrits cher Doctor nous manquera .. bonne continuation dans le pays haut au milieu de tes patients fidèles qui ne peuvent plus se passer non plus du poor lonesome Doctor .
    Nicole

    Répondre

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