#vague
par Jacques Fabrizi

Vague

Petite — vaguelette, mouton (écume)
Grosse — raz de marée, tsunami, lame de fond

La deuxième vague déferle sur la France. Les météorologistes-épidémiologistes la qualifient de forte, sans toutefois envisager de tsunami. Les esprits chagrins prédisent déjà une troisième vague, voire des vagues successives. Les plus optimistes parlent de seconde vague, une subtilité dérisoire néanmoins empreinte d’espoir. À défaut de surfer sur la vague, on risque de se noyer dans les chiffres et les statistiques. De toute évidence, le Président de la République navigue à vue. Il cherche à maintenir un cap qui, finalement, demeure dans le vague…

Après l’allocution d’Emmanuel Macron la veille, le Premier ministre a développé jeudi 29 octobre devant la presse les modalités du reconfinement qui débute le lendemain à minuit. Accompagné de plusieurs ministres, Jean Castex a détaillé la mise en place des nouvelles restrictions. Les explications se voulaient précises, trop sans doute, car à la fin, l’on ne comprenait plus trop bien quels commerces resteraient ouverts. Le gouvernement privilégie le « click and collect », aussi les négoces qualifiés de « non essentiels » auront l’obligation de baisser le rideau, en particulier les librairies. Tous les lieux de culture seront logés à la même enseigne. Cette décision déclencha la colère de ceux que l’on relègue de facto en coulisses.

Le ministre des Solidarités et de la Santé a spécifié que le « nombre de lits en réanimation sera augmenté au fur et à mesure des besoins, notamment en déprogrammant d’autres soins ». Ce qui revient à déshabiller Pierre pour habiller Paul. Le reconfinement a été présenté comme inévitable et justifié par la situation actuelle dans les hôpitaux, qui seront très probablement soumis à une pression plus forte dans les prochaines semaines compte tenu de la rapide progression des contaminations. La crise sanitaire aura permis de révéler que l’hôpital est malade, victime de choix néolibéraux accentués par la loi HPST (Hôpital, Patients, Santé et Territoires), dite « loi Bachelot ». Elle est responsable des difficultés rencontrées au cours de la première vague. L’assimilation de l’hôpital public à une entreprise a engendré l’alliance du mercantilisme et de la bureaucratie. On en mesure aujourd’hui les résultats. Le Ségur de la santé devait remédier à ce mal.

Malheureusement, quand l’orage aura cessé, l’on oubliera vite qu’il a plu, et ces choix politiques se verront confortés. Les augmentations de salaire, censées éveiller les vocations, n’ont pas réussi à freiner la baisse des effectifs du personnel soignant confronté à la dégradation des conditions de travail. La médecine dite de ville, terminologie excluant les campagnes, flattée régulièrement par de belles paroles ministérielles, demeure dans les faits totalement méprisée. Aucune revalorisation tarifaire ne semble se profiler à brève échéance.
Le ministre des Finances a, par contre, distillé des milliards de-ci de-là en soutien à l’économie. De quoi donner le vertige. Quel contraste avec l’an dernier et le mouvement des gilets jaunes qui ne réclamait, à l’origine, qu’une simple augmentation de pouvoir d’achat avec une fin de non-recevoir !

Cette crise sanitaire sans précédent, aggravée par les périodes de confinement, déconfinement, reconfinement, aura, à n’en pas douter, des répercussions psychologiques majeures.

De quoi donner le vague à l’âme.

 

I’m a poor lonesome doctor…

2 replies

Leave a Reply

Want to join the discussion?
Feel free to contribute!

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *

This site uses Akismet to reduce spam. Learn how your comment data is processed.