#urgences 24
par KGM

Urgences & Recherche

Avertissement
Dans le texte thérapeutique et expérimental qui suit, toute ressemblance avec des molécules, des personnes, groupement de molécules ou de personnes existantes ou ayant existé est purement subjective. (Si ça ne ressemblait à rien, cela ne serait pas.)

Note d’introduction
Le rôle des Comités de Protection de Personnes (CPP) est de jauger les recherches. Pour le CoVid19, les chercheurs sont pressés, ils cherchent en urgence. La Direction Générale de la Santé (DGS) demande aux CPP de jeter un œil vite fait : le feu vert du CPP est obligatoire.

 

1. Expérimentation en urgence et investigateurs pressés.
Quand on veut tracer, ce n’est pas toujours drôle de freiner à l’orange et de s’arrêter au rouge. Mais globalement, les feux tricolores, ça limite les accidents. Il y a des exceptions.

Etant urgentiste dans un SAMU, j’ai envie de dire que l’exceptionnel est mon quotidien. Tous les jours, avec nos voitures de SMUR, on se fait photographier par les radars et on prend des ronds-points à l’envers. Y a un risque, oui, mais maîtrisé. En 35 ans, j’ai eu une vingtaine d’accrochages et trois accidents spectaculaires : une voiture sur le toit, un parcours de trente mètres sur deux roues et une sortie de route qui s’est terminée dans un champ de blé… Mais quand le bip de SMUR sonne pour nous faire faire un tour à l’extérieur, dans 5 à 10% des cas, la personne qu’on va secourir est morte dans les 24h. Si on y allait à vélo, je pense que le taux de décès serait plus élevé. Le risque est justifié par l’enjeu. Nous déplorons des victimes, mais en 45 ans (depuis la naissance des SUR) moins qu’en un mois de CoVid19.

En marge du SAMU-SMUR, je suis méthodologiste dans un CPP, et je peux vous dire que les études prioritaires ça existe. Le CoVid19 est un des principaux exemples de recherche urgente que notre planète aient jamais connus. Les investigateurs pressés grave ça existe, y a un besoin pressant de trouver, comme une envie de pisser, pin-pon laisser passer, il faut que ces essais cliniques démarrent au plus tôt. Alors, dès qu’un projet d’étude CoVid19 nous est adressé, à nous CPP, on analyse, on se réunit dans les 4 jours et on répond 3 jours après.

Le CPP, c’est une tour de contrôle pour autocars. Sur les sièges, des passagers transportés ou baladés par des chercheurs. Chercheurs plutôt que conducteurs. Parce que les conducteurs d’un bus sont dans le bus, alors qu’ici, ils conduisent de l’extérieur. S’il y a un accident, ils compatissent, mais ils ne sont pas blessés. Chercheurs, parce qu’ils ne sont pas sur une route balisée, ils expérimentent une piste, espèrent trouver le chemin, cherchent la voie.

Le délai des CPP pour valider un protocole d’étude classique est d’environ 3 mois. Pour le CoVid19, c’est moins de 15 jours. Ce n’est pas un frein inutile. Urgentiste et membre de CPP, je baigne dedans profond, j’ai envie que les chercheurs trouvent. Vite parce que c’est urgent, donc en prenant des risques, mais maîtrisés.

2. Réunions extraordinaires.
En deux mois, notre CPP s’est réuni 12 fois en urgence, en vidéo-zoom, pour des recherches CoVid19 urgentes. Matin, soir, samedi, jour férié (8 mai). La réunion n’est que la partie émergée de l’iceberg. Analyse de dossiers et rédaction de rapports avant, compte-rendu critique après, il y a une montagne de boulot. On s’est réuni 12 fois, pour 5 études CoVid19. Des essais thérapeutiques avec de l’HXQ et d’autres traitements, des évaluations de tests diagnostiques, des études sur le développement de l’immunité… Il y a de tout. Et il y a de nombreux CPP, des centaines de recherches.

Les investigateurs sont pressés, certains détails, rédigés à l’arrache, nécessitent des retouches. Le CPP adapte, il n’interdit pas. Souvent, dès l’inclusion des premiers patients, les chercheurs veulent aménager un point : chaque modification doit être validée par un CPP.

3. HXQ, Soins, Recherche, Media.
L’expérimentation se distingue du soin. Prenons l’exemple d’une molécule, l’HXQ, que, délibérément, je ne nomme pas. Je subodore que l’HXQ est efficace pour traiter le CoVid19. Je n’ai pas de preuve absolue, juste des arguments.

En situation expérimentale, l’objectif est de savoir si oui ou non l’HXQ est efficace. Il s’agit d’obtenir des preuves d’efficacité, en comparant l’HXQ à un autre produit ou à un placebo, sur deux groupes de patients, idéalement obtenus par tirage au sort et en aveugle, c’est-à-dire en démasquant le traitement reçu après avoir statué sur l’évolution. Si l’étude est bien menée, avec quelques centaines de patients, on saura si l’HXQ a ou non une très grande efficacité. Si l’efficacité est minime, il faudra beaucoup plus de patients… Si la molécule change radicalement l’évolution de la maladie, cela se verra, gros comme une maison.

En situation de soin, l’objectif est avant tout de traiter le patient. L’HXQ peut être utilisée de façon compassionnelle, si les médecins décident que ce traitement mérite d’être tenté. Mais en l’absence de groupe de référence « sans HXQ », il sera difficile de savoir si l’évolution des patients a été meilleure ou moins bonne que celle qu’on aurait observée sans ce traitement.

Le soin prime sur l’expérimentation. Cela ne veut pas dire qu’il faut craindre l’investigation, au contraire. La recherche clinique est bâtie sur ce fondement. Un essai clinique ne peut obtenir l’autorisation d’un CPP si une partie des patients est en perte de chance par rapport à une autre ou par rapport aux standards de soins « état actuel des connaissances ».

Mais, la télé l’a dit, l’HXQ sauve des vies, les preuves sont là ! Si c’était le cas, stop, on arrêterait tout, on n’aurait plus le droit d’investiguer la question. Ne nous emballons pas, de nombreux essais sont en cours, attendons les résultats. Les media en ont trop fait. Surtout dans un sens. Je propose de trop en faire, avec quelques cas cliniques, dans l’autre sens.

 

Cas clinique n°1 : Jean-Paul Arthuis, 57 ans, cardiologue, forme mineure.
Dans sa famille, ils sont dentistes prothésistes, collectionneurs de timbres et horlogers amateurs. Il est le seul spécialiste du cœur. Mais à longueur de journée, il colle des patchs de trinitrine et de nicotine pour gonfler les coronaires et réduire l’addiction tabagique de ses patients. Et dès qu’il en a l’occasion, il implante un pacemaker pour régulariser le tempo des vieux ventricules léthargiques. Il est cardiologue. Il est plutôt sportif. Vélo d’appartement l’hiver, tennis l’été, marche en forêt tout au long de l’année. Forme mineure de Covid19 avec fébricule, petite toux, mal de gorge et anosmie. Rien de grave, mais ça dure depuis 3 semaines et son cabinet est dans le même bâtiment qu’un des premiers centres CoVid19. Il se fait balayer les naseaux avec un coton-tige géant et les poumons par des rayons X. Il est content quand on lui dit qu’il n’y a pas de trace du virus dans ses crottes de nez. « PCR négative cher confrère. » Il est dubitatif quand on ajoute que sa perte brutale de l’odorat et ses images en verre dépoli sur le scanner thoracique sont des signatures. « C’est ça, c’est sûr, mon ami. » Sa perplexité vire à l’inquiétude et sa quiète inertie à l’initiative insensée.
Il est cardiologue. Il a perdu le flair mais il subodore que l’HXQ est un bon truc, alors il s’emballe et en avale. Trois jours après, ses poumons vont mieux, d’après ses confrères cardiologues qui l’ont hospitalisé en cardiologie, parce que son cœur s’est emballé. Arythmie. Arrêt de l’HXQ. « Rien de grave, cher confrère, mais quand on la chance comme vous, de battre à 45 par minutes, cette molécule présente de petits risques. » Il sort, guéri, deux jours après. Ouf.

 

Cas clinique n°2 : Raymond Jamin, 84 ans, pharmacien retraité, forme grave.
Dans sa famille, ils sont apothicaires, cinéphiles, cynophiles, et lui aussi. Il vit bien le confinement, ses caniches aussi. Il passe ses journées à regarder des DVD, à se caresser les mains avec des solutions hydro-alcooliques et à caresser Jérôme et Jasper, du coup ils sont couverts de vodka gélifiée et, à force de se lécher, ils sont bourrés. Prudent, Raymond sort peu et toujours masqué. Mais un jour, courant après Jérôme et Jasper qui font leurs courses dans le rayon boucherie du magasin du coin, il se masse à la foule, perd le masque et l’équilibre et se fait ramasser par les pompiers. Récupère vite, récupère ses chiens, rentre à la maison. Avec ses courses et le virus.
Quinze jours après, Raymond est hospitalisé en réanimation, sous oxygène à débit maximum. Les médecins, qui viennent de l’accepter malgré son âge, hésitent à lui mettre un tuyau entre les cordes vocales, à cause de son âge. Mais, le scope sonne et les vagues qu’il dessine sont anarchiques. Vite. Choc électrique. Massage cardiaque. Non, stop 84 ans, calmons-nous… Choc encore. Intubation dans la foulée… En discutant avec la famille, les réanimateurs apprennent que leur patient a été chargé en HXQ alors qu’il ingérait déjà deux anti-arythmiques. Association dangereuse. Raymond est sorti de l’hôpital 10 jours après, sans séquelle. L’HXQ a failli le tuer.

Cas clinique n°3 : Madeleine Quesnel, 78 ans, enseignante retraitée, forme asymptomatique.
Chez eux, il y a toutes sortes de métiers. Le point commun à cette famille, c’est l’insuffisance rénale. Ils prennent tous des diurétiques pour stimuler des reins enkystés qui filtrent au ralenti. Madeleine n’a pas été malade mais elle a passé du temps avec une amie qui fait une infection CoVid19 typique. Madeleine a été testée, en tant que contact, et sa PCR était positive.
On trouve tous les métiers dans la famille Quesnel. Il y a un médecin, neveu de Madeleine. Quand il a appris que sa tante avait attrapé le virus, il lui a envoyé une boite d’HXQ. Juste après, il s’est dit, zut, qu’il serait prudent de contrôler le potassium, parce qu’avec l’atteinte rénale et les diurétiques, tilt, il peut faire l’ascenseur, et avec l’HXQ, ce genre d’ascenseur peut faire mal au cœur. Quand il l’a rappelée pour en parler et prendre de ses nouvelles, elle n’a pas répondu. Quand le gardien a sonné, elle n’a pas répondu. Quand les pompiers ont défoncé sa porte, elle n’a pas répondu. Elle a été retrouvée dans son lit. Porteuse du virus CoVid19, avec la mort pour seul symptôme.

 

N.B.
J’ai changé les noms et inventé les vies de ces cas rencontrés au téléphone en régulation SAMU et je ne les ai pas tirés au sort, ils ont été choisis en toute subjectivité pour le sujet qu’ils soignent. Méfiez-vous des messages à sens unique. De ceux des media comme des miens.

 

4. Conclusion
Pas de preuve matérielle, on n’y voit rien, avançons pas à pas. Il est urgent d’attendre. Il faut ralentir quand il pleut, ne pas confondre vitesse et précipitations…

« La matière est l’esprit réduit au point de visibilité. »
Albert Einstein

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