#transport
par Jean Brousse

Ça déraille

Limoges, dimanche 19 avril, gare des Bénédictins… La plus belle gare de France avec Uzerche et Perpignan. La voyageuse s’approche, munie d’un billet de deuxième classe régulièrement réservé sur le site oui.com de la SNCF et dûment réglé 54 euros. Limoges-Vierzon, changement à Vierzon – c’était déjà en 1940 la ligne de démarcation – puis Vierzon-Paris.

Gare fermée, elle n’admirera pas les magnifiques cariatides régnant sur le dôme de bronze rénové à la suite du terrible incendie de février 1998. Pas de bureau d’accueil, pas de comptoir de vente. Elle descend vers les quais. Vides. Les écrans n’annoncent aucun train. Pas un agent de SNCF, ni réseau ni mobilité ! Elle part sur le site d’information de ladite compagnie. On l’oriente vers le mythique 3635. Aucune réponse après de longues minutes d’attente accompagnées d’une lancinante musique au kilomètre. La voix – malheureusement pas la voie ! – de Simone, la voix de la SNCF, arrive.

« Ta ta, ta la la… Bonjour, et bienvenue chez SNCF… Ta ta, ta la la… Pendant l’épidémie de Covid-19, votre service client s’adapte (Sic)… Vous pouvez prononcer votre requête, ou utiliser les touches de votre téléphone… Ta ta, ta la la… Donnez votre gare de départ, d’arrivée, le jour de départ… Nous n’avons pas compris, le jour de départ, l’heure de départ. Par exemple, si vous voulez partir après 18h00, dites 18h00… – Merci bien… – Nous ne pouvons répondre à votre requête… Vous pouvez aller sur notre site… – Elle en vient ! – Merci, et prenez soin de vous… – Évidemment qu’elle ne peut compter que sur elle ! – Ta ta, ta la la… »

Elle devra trouver un autre moyen pour ne pas rater un rendez-vous médical prévu de longue date. Déjà, cette ligne était, avec Clermont-Ferrand, la pire de France. Les retards probables étaient généreusement inclus dans les horaires officiels, sans compter les pannes de motrice, les ruptures de caténaires et les affaissements de terrain à Nouan-le-Fuzelier. Dire qu’il y a trente ans, le légendaire Capitole, le train le plus rapide de France, rejoignait Brive à Paris en moins de quatre heures en traversant la campagne limousine et les forets solognotes. Il faut aujourd’hui compter au moins 4h45 les jours de chance.

Comment comprendre cette absence exemplaire du service public ? A moins que, pour sublimer le concept, la SNCF n’ait poussé le souci du client jusqu’à favoriser l’enclavement de ces régions, et permettre ainsi de les habituer sereinement au confinement.

C’est vrai que très peu de cas de malades ont été enregistré en Auvergne et en Limousin.

Je vous embrousse.

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