#terrasses par Jean Brousse

Il suffisait de presque rien…

On compte les jours, les heures, les minutes, d’ici le prochain verre en terrasse. Pourvu que le ciel veuille bien s’éclaircir, et nous savourerons enfin comme il se doit ce demi bien frais ruisselant de perles blondes, le chardonnay d’un petit Chablis sans prétention, clair et fruité, ou simplement à nouveau l’odeur nacrée d’un premier arabica-crème mousseux. Sous la caresse chaleureuse d’un soleil bienveillant et l’œil pétillant d’un garçon de café perdu de vue depuis trop longtemps. A-t-il disparu ? Le reconnaîtrons-nous ?

Les fleuristes et les fiancés rêvent de mariages, les salles de de sport s’interrogent, les théâtres espèrent, les boîtes de nuit dépriment. Les fournisseurs des restaurants déstockent à tour de bras, Rungis fourmille et s’entraîne à revivre. Les commerçants se sentent « des fourmis dans les jambes », prêts même à rouvrir tous les dimanches, histoire de retrouver leurs clients et leurs marges. Un parfum de fébrilité gagne le pays. On nettoie les emplacements, on brique les chaises et les tables, on installe des terrasses, on ouvre les vérandas, on grignote quelques mètres sur les instructions strictes, en tentant de s’accommoder aux « jauges » de 35%, 50%, 100%, de 4 ou 8 mètres carrés, les 3 et 19 mai, les 9 et 30 juin, selon les circonstances, les établissements et la vitesse relative du vent. Les « jauges ! », ces nouveaux indicateurs covidesques inscrits aux tableaux hallucinogènes des réouvertures, conçues sans doute par quelqu’ispiste*, lisibles uniquement par un polytechnicien. Elles font cette année leur entrée fracassante, avec d’autres barbarismes pandémiques, dans les pages du Petit Larousse. Objectif 19 mai ! Un mercredi, pourquoi pas ?

Le thermomètre n’est pour l’instant pas tout à fait au rendez-vous. Des pluies incessantes ont balayé le pays, obligeant à ressortir sur les littoraux les gros pulls d’hiver quand on espérait humer enfin l’air des vacances, lors de ce long week-end de l’Ascension. Les températures plus que fraîches n’ont pas découragé les candidats à l’évasion hors des barrières du confinement, vers les verts bocages des campagnes oubliées, les stations balnéaires dépeuplées ou les cimes terriblement interdites depuis maintenant plus d’un an. Les trains roulent à ticket fermé, les péages d’autoroutes ont été pris d’assaut et les retours du dimanche ont retrouvé un bon vieux goût de bouchon, jolie répétition des chassé-croisés de la transhumance estivale à venir, vaccinodromes, passe sanitaire et couvre-feu compris. Les fâcheux craignent le rebond. Comme l’affirme John Castex, pressé de ne plus être que ministre de la Covid : « Nous sommes en train de sortir de cette crise… Évidemment de façon progressive, prudente et accompagnée… Quand on ne va pas trop vite, on nous dit qu’on va trop lentement, et réciproquement. » Les trois mamelles de ce nouveau déconfinement restent : prudence, prudence, prudence, « en responsabilité ».

Pourvu que le mercure retrouve « les normales saisonnières » ! Que fait le gouvernement ? Que fait le pourtant maître du « temps » ? N’avaient-ils pas tout prévu ? Puissions-nous retrouver de la vigueur pour prendre le chemin des urnes…

Les journaux s’essoufflent. Le monde s’enflamme. La guerre menace vers Gaza, ils n’ont finalement pas été vaccinés contre tout. On pose le masque aux Etats-Unis. Un forcené tient en haleine 30 gendarmes dans les Cévennes. L’Ecosse plaide son indépendance. Le tango des listes se poursuit en Provence… Le train-train, du tout-venant.

« Il suffisait de presque rien, peut-être deux (ou trois, ou plus) variants de moins… »

Je vous embrousse très fort.

 

*Ispiste : ex-énarque

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