#show
par Jean Brousse

The show must go on!

Tous les jeudis, sur la scène du théâtre Ségur, les inimitables duettistes Castex et Véran, l’inébranlable et le sémillant, les magiciens du « bien peu change pour que tout change », se produisent et déploient leurs infatigables talents pour masquer que rien ne change. Le Pas- de-Calais, symbole de la « territorialisation » et quelques grandes surfaces feront les frais d’une annonce nécessaire.

La vaccination s’accélère, nous dit-on ! Ils exhibent une otage, honnête médecin généraliste du 14e arrondissement de Paris, pour témoigner de la mobilisation de la médecine de ville « jetée dans la bataille ». Mon docteur préféré me confirme, lui, et pas que : « C’est une galère pour se procurer les mignonettes. » Quelques millions de doses dorment dans les frigos. Promis, dix millions de Français seront vaccinés le 14 avril… ou fin avril… ou peut-être début mai… À Pâques ou à la Trinité ! Qui sait ? La « bulle variant » se dégonfle et l’on attend beaucoup du réchauffement printanier fatal au méchant virus. On observe le ciel. On attend fébrilement les oracles de Laurent Cabrol. On songe à consulter Y-fait-beau, le cousin sorcier de Y-pleut, le célèbre copain de Oum-Pah-Pah le peau-rouge. Mais surtout, restons responsables, « c’est un engagement collectif ! », ne sortons pas, même si tout semble démontrer qu’on se contamine bien moins à l’extérieur, et si les rayons du soleil font du bien au moral et peur au virus. « Tous ensemble, tous ensemble ! »

Les chroniqueurs des chaînes d’info se sur-usent à commenter le rien et annoncer « desourcesure » ce qui n’arrivera pas. Restent quelques ex-mandarins, ex-grands-professeurs, ex-Pasteur, tous volontaires et « émérites » échangeant avec des journalistes déstabilisés et brinquebalés par l’incertitude, et de brillants futurs ex-économistes, eux aussi, confondus par des modèles devenus obsolètes, toujours sous l’œil malicieux d’un psychanalyste de service et d’un clown blanc provocateur. Peu de ceux-là, entre autres, feront demain la queue devant les Restos du cœur qui entament leur campagne d’été.

Dans Le Figaro, Jean-Pierre Robin s’interroge : « Les experts internationaux du FMI, saisis du démon de l’analogie, pensent-ils que l’épidémie de choléra qui frappa l’Europe et la France en 1832, faisant 100 000 victimes en six mois dans l’Hexagone, préfigure les difficultés socio-économiques du Covid en 2020-2021 ? »* « Une épidémie révèle ou aggrave des lignes de fracture préexistantes dans la confiance dans les institutions ou le sentiment que la classe dirigeante est indifférente, incompétente ou corrompue. » Nous avons eu les Gilets Jaunes, ils ont eu la révolte des canuts et la Révolution de Juillet… Relisons Les Misérables. Anachronisme ou clairvoyance ? À BFM près, on s’y croirait.

Et le monde continue de tourner. La Birmanie est en feu. On échappe au tsunami néo-calédonien. Dans les jardins, camélias, forsythias, pâquerettes et primevères commencent à colorier la vie. Nous fêterons cette semaine le premier anniversaire du confinement ! Préparez les bougies. « Il y a quelques mois, souvenez-vous, la situation, pour n’être pas pire que celle d’aujourd’hui, n’en était pas meilleure non plus… Oui ! La catastrophe, nous le pensions, était pour demain, c’est-à-dire qu’en fait elle devrait être pour aujourd’hui. »***

Je vous embrousse très fort.

 

* Jean-Pierre Robin, «Quand le FMI s’inquiète des émeutes à Paris, frappée par le choléra, en 1832», Le Figaro, 28 février 2021
** Exergue, Jean-Pierre le Goff, La société malade, Stock, février 2021
*** Raymond Devos

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