#promesses
par Jacques Fabrizi

Promesses

Les promesses, en période électorale, vont bon train et tous les candidats ou leurs porte-parole sans exception s’en donnent à cœur joie.

En réponse au scandale à propos du groupe Orpea, longtemps considéré comme un acteur de référence dans la prise en charge globale de la dépendance, les réactions n’ont pas tardé. La surenchère est de mise, destinée, avant tout, à créer le buzz sur les réseaux sociaux. C’est à celui qui se montrera le plus consterné par les révélations du journaliste Victor Castanet après trois années d’enquête. On ne peut qu’être déconcerté par l’étonnement et la stupéfaction exprimés par des membres du gouvernement. Ils font mine de découvrir les travers d’un système basé sur le capitalisme et le libéralisme qui consiste à faire des bénéfices quel que soit le domaine d’activité, un système érigé en modèle de société dont ils prônent les vertus et en sont les hérauts. Le groupe Orpea réalise de 5 à 7 % de bénéfices par an selon Philippe Charrier, le PDG du groupe, et était considéré par tous les gérants de portefeuilles comme « une pépite boursière ».

Face à la maltraitance subie par les résidents du groupe Orpea au nom de la rentabilité financière et des dividendes à octroyer aux actionnaires, il est de bon ton de se montrer outrés, indignés, révoltés, tant ce système apparaît cynique et ignominieux. On ne peut faire moins. Les décisions se prennent dans l’émotion. Ainsi, le président de la République, Emmanuel Macron, a jugé « bouleversantes » les révélations sur les défaillances systémiques du groupe Orpea. La ministre déléguée chargée de l’Autonomie, Brigitte Bourguignon, interrogée sur BFMTV, après son entretien avec le nouveau PDG d’Orpea, a estimé que « le grand âge n’est pas une pompe à fric ». Sur LCI, elle a exprimé son dégoût au sujet des informations du Canard enchaîné selon lesquelles l’ancien directeur général du groupe, Yves Le Masne, limogé dimanche, a empoché près de 590 000 euros l’été dernier en revendant des actions, peu de temps après avoir appris la préparation du livre-enquête Les fossoyeurs. Le nouveau président-directeur général d’Orpea, Philippe Charrier, ainsi que le président du groupe en France, Jean-Christophe Romersi, ont été auditionnés ce mercredi par la Commission des Affaires sociales de l’Assemblée nationale. Un certain nombre de députés de tous bords politiques ont pu poser des questions aux dirigeants de l’entreprise mise en cause. « Écœurement » et « indignation » résument le sentiment des tous les parlementaires présents qui s’attendaient au moins à des excuses envers les familles concernées. Ce ne fut pas le cas.

Les Ehpad gérés par le privé ont tout de même permis aux gouvernements successifs de se défausser de ce sujet embarrassant. En effet, pendant les trois derniers quinquennats — Nicolas Sarkozy, François Hollande et Emmanuel Macron — le projet de loi « grand âge et dépendance » a sans cesse été différé. Le rapport Libault de mars 2019, remis à l’issue d’une très large concertation, préconisait d’accroître la dépense publique consacrée à la perte d’autonomie, de 23,7 milliards d’euros par an à l’époque, en ajoutant 6,2 milliards d’euros par an à partir de 2024, et 9,2 milliards en 2030, mais cela ne semblait pas la priorité. En 2019, la maîtrise de la dette publique était une des préoccupations essentielles du chef de l’État. De l’argent, il n’y en avait ni pour les personnes âgées ni pour le personnel soignant.

Avant le scandale Orpea, la décision d’institutionnaliser un parent était une question ardue, éprouvante et culpabilisante, elle va devenir sans conteste un crève-cœur. Vieillir à domicile est un choix plébiscité par l’ensemble des Français. Cependant, la mobilité de l’emploi, professionnelle, mais aussi géographique, voulue en son temps par le Premier ministre Raymond Barre pour lutter contre le chômage a abouti à un éclatement des familles. Or, sans aidants naturels, le maintien à domicile s’avère problématique, voire impossible. Les déserts médicaux générés, faut-il le rappeler, par l’imprévoyance des politiques mises en œuvre au cours des dernières décennies par les différents gouvernements de droite comme de gauche apportent une difficulté supplémentaire.

Soudain, Ehpad et rentabilité ne font plus bon ménage. Le sujet s’invite enfin dans la campagne électorale qui, jusqu’alors, était centrée sur les thèmes de l’immigration et de l’identité nationale, vulgate de la droite et de la droite extrême. Les vieux redonnent de la vigueur à une campagne à mourir d’ennui. Alors, chaque candidat y va de son commentaire. Cependant, ne faut-il pas craindre, une fois l’émotion passée, que l’on retombe dans les mêmes travers, à moins d’une nécessaire « révolution » qui ne risque pas d’advenir ? Ce sera comme toujours « le changement dans la continuité », selon une formule de Georges Pompidou reprise par Valéry Giscard d’Estaing. Les abstentionnistes ont de grandes chances de remporter la prochaine élection présidentielle, conscients que les promesses électorales finissent le plus souvent dans le tonneau des Danaïdes.

Demain, on rase gratis !
Sauf les imberbes, ça va de soi*

I’m a poor lonesome doctor…

 

* À la manière de Georges Brassens, La mauvaise réputation, 1952.

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