#pêle-mêle
par Jacques Fabrizi

Pêle-mêle, quelques réflexions en grand désordre dans le brouhaha médiatique

Marre des chiffres du Covid-19 et de leur caractère morbide ? Heureusement que, de temps à autre, il existe des bugs informatiques qui nous en privent pour notre plus grande satisfaction ! Santé Publique France a ainsi révélé : « Pas de chiffres de l’épidémie ce vendredi 19 mars en raison d’incidents techniques. » Ouf ! une journée de répit, même si le virus circule encore et toujours avec plus de virulence avec l’aide des variants. Au 26 mars 2021, la part du variant britannique dans les contaminations en France est de 67 %. Le variant anglais est connu pour être à l’origine d’une contagiosité accrue. Il est également 64 % plus mortel que le virus classique, selon une étude parue dans le British Medical Journal. La part du variant sud-africain dans les contaminations en France est de 6 % comme le variant brésilien. Le variant sud-africain se distingue par une plus haute contagiosité, sans pour autant être particulièrement plus mortel que le coronavirus classique. Le variant brésilien serait par contre plus létal pour les jeunes ce qui constitue un autre sujet d’inquiétude. Selon l’Institut Pasteur, les anticorps générés par une première infection Covid-19 ou par le vaccin sont presque aussi efficaces sur le variant anglais que sur le virus original, mais ce n’est pas du tout le cas pour le variant sud-africain, nettement plus coriace.

Marre des controverses à propos des vaccins ! Astrazeneca, le vaccin développé par Oxford et AstraZeneca, pâtit d’un déficit de confiance. L’ANSM (Agence Nationale de Sécurité du Médicament) énumère « 2 cas d’infarctus du myocarde, 1 cas de thrombus intracardiaque, 4 cas d’embolies pulmonaires, 2 cas de thromboses des sinus veineux cérébraux, 4 cas d’accidents vasculaires cérébraux ischémiques, dont 1 cas associé à une coagulation intravasculaire disséminée (CIVD) ». Cependant, elle prend soin de préciser qu’« au regard des données disponibles, rien ne permet de conclure que ces effets thromboemboliques soient en lien avec le vaccin ». Après le décès d’un étudiant en médecine de 24 ans, des investigations sont en cours. En l’absence de tout antécédent médical, le lien avec l’administration du vaccin AstraZeneca réalisée « plusieurs jours auparavant » est inévitablement fait par la famille. Toutefois, l’ANSM indique qu’« à ce stade, aucun élément ne permet de conclure en faveur du rôle du vaccin ». Ces doutes quant à la sécurité du vaccin qui, même s’ils ne remettent certainement pas en cause (en l’état) la balance bénéfice/risque, interrogent inévitablement s’agissant de sujets jeunes pour lesquels les risques liés à la Covid-19 demeurent faibles ; à cela s’ajoutent de nouvelles péripéties concernant la procédure d’approbation d’AstraZeneca aux États-Unis. De son côté, la HAS (Haute Autorité de Santé) a néanmoins recommandé de limiter l’utilisation de ce vaccin aux plus de 55 ans en raison de quelques cas de thromboses chez des personnes plutôt jeunes. L’étude de Pasteur, publiée vendredi dernier dans Nature Medicine, montre que les anticorps produits après avoir été infecté par le Covid, ou après vaccination, sont bien moins efficaces lorsqu’ils sont mis en présence du variant sud-africain.

Dans ce contexte, je n’étais pas enclin à vacciner avec ce vaccin, le seul pour l’instant accessible aux médecins généralistes au sein de leur cabinet. Certains de mes patients, n’étant pas éligibles à la vaccination par le vaccin Comirnaty des laboratoires Pfizer-BioNTech ou Moderna COVID-19 mRNA, après leur avoir donné à lire le communiqué de la revue Prescrire, m’avaient tout de même demandé à « corps et à cris » de les vacciner par le vaccin AstraZeneca. J’ai donc commandé une fiole de vaccin, une seule, pour voir, comme dans un poker vaccinal, organisé une séance de vaccinations en dehors des heures d’ouverture de mon cabinet, donné des rendez-vous pour le jour dit où me serait livré la sacro-sainte substance ; sauf que la livraison n’a pas eu lieu. Déception pour les patients, soulagement pour le médecin. J’ai réitéré ma commande la semaine suivante, sauf que, après tous les aléas décrits ci-dessus, toute vaccination avec ce vaccin était suspendue en attendant la décision de l’agence européenne du médicament. À présent, je peine à constituer une liste de 10 personnes afin de ne pas gaspiller la potion vaccinale. Manifestement, je me révèle être un mauvais propagandiste.

Marre des décisions gouvernementales affirmées un temps et contredites peu après avec une évidente mauvaise foi ! Le 29 décembre 2020, deux jours après le lancement de la campagne de vaccination, lors d’un passage au journal télévisé de France 2, le ministre de la Santé justifiait le non-recours aux vaccinodromes par le raté de la gestion de la grippe H1N1 une dizaine d’années plus tôt : « Les Allemands ont fait un choix, ils ont mis en place de grands vaccinodromes — on avait essayé en France, ça n’avait pas marché. Nous avons fait en France un autre choix que je revendique. » En 2009, seulement un peu plus de 5 millions de Français s’étaient en effet fait vacciner dans ces grands espaces alors que le gouvernement visait un total de 65 millions de vaccinés. Mais c’est surtout le 4 janvier 2021, alors que le gouvernement était sous le feu des critiques pour la lenteur de sa campagne de vaccination, qu’Olivier Véran affichait le plus ouvertement son opposition aux vaccinodromes à l’occasion d’une prise de parole devant l’Hôtel-Dieu : « Je ne suis pas du tout certain — c’est mon opinion — que [la vaccination] doive prendre la forme de grands stades dans lesquels viendraient faire la queue des milliers de personnes en plein hiver. »

Les temps changent, les pompiers sont autorisés à vacciner entre deux incendies ; les vétérinaires également, mais pas à leur cabinet entre chiens et chats. Les centres de vaccinations de proximité ont vécu. Vive les vaccinodromes promus à l’époque par l’ancienne ministre de la Santé, Roselyne Bachelot, qui a annoncé, trois jours après avoir reçu une première dose de vaccin le 17 mars 2021, qu’elle était contaminée par la Covid-19 et hospitalisée sous oxygène à haut débit. Absolument pas médiatisées, trois de mes patientes, infectées par le variant sud-africain, vivent la même situation 15 jours après une première dose de vaccin Pfizer-BioNTech. Elles ne sont pas hospitalisées et leur état semble évoluer favorablement. Une d’entre elles, âgée de 85 ans, vit seule à domicile sans aucune famille à proximité et présente des troubles mnésiques ; j’ai passé un temps infini à téléphoner à toutes les institutions pour obtenir un soutien social. En vain…

Marre des virologues, épidémiologistes et autres biostatisticiens qui nous inondent de certitudes et de modélisations alors que l’épidémie galope et que les hôpitaux sont saturés ! Marre de leurs dissonances ! Marre des conférences de presse du Premier ministre et du ministre de la Santé qui s’échinent à délivrer l’ipse dixit du chef de l’État qui se joue des recommandations du conseil scientifique, qui ne prononce aucun mea culpa dans la gestion de l’épidémie et qui s’affiche « sans tabou » ! Alors que la situation épidémique et le néo-confinement proposé suscitent inquiétude et circonspection, que les théâtres sont toujours fermés ou occupés, j’admire les prestations de Jean Castex et Olivier Véran qui s’emploient, avec un art consommé, « à avaler les couleuvres » présidentielles.

Marre des mensonges ! « Ai-je menti en vous disant que je mentais ou en vous disant que je ne mens pas. Un menteur ! Moi ? Au fond je ne sais plus. Je m’embrouille. Quelle drôle d’époque. Suis-je un menteur ? Je vous le demande ? Je suis plutôt un mensonge. Un mensonge qui dit toujours la vérité. »*

I’m a poor lonesome doctor

 

*Jean Cocteau, Le menteur

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