MyKindex, le retour: Comment être vu au moment de la rentrée littéraire?

MyKindex : Autopsie et relecture du mythe

L’année dernière (2013) le site MyKindex.fr avait réalisé une mini révolution dans le monde de l ‘édition et de l’autoédition. Le livrable du site était simple : contre une somme relativement modique, le créateur du site, Sébastien Cerise, poussait un ouvrage demandé dans le top 10 des ventes Amazon.
Une manne pour les petits éditeurs et les auto-édités.

logo MyKindex

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Dans une interview exclusive qu’il nous accordé le 5 août 2014, soit un an, quasi jour pour jour, après la fermeture de MyKindex, Sébastien revient sur MyKindex, son fonctionnement, et l’avenir de ce système et de celui de l’édition et donc, a fortiori de l’autoédition.

Sébastien est un ancien militaire privé, il connait l’action et y a été confronté dans pas mal de parties du monde : « vous savez, on s’ennuie beaucoup, on est loin de James bond ou autre Strike Back ». Jeune papa, il décide d’arrêter cette activité et revient en France. Passionné de lecture et d’écriture depuis petit (il a d’ailleurs écrit  à quatre mains avec Hélène Jacob, un roman, une nouvelle et met le point final à une trilogie, sous le pseudonyme de MIA[1]), il s’intéresse au business model du livre et notamment au fait d’être « vu » pour être « vendu ». C’est d’ailleurs le slogan de son site : Un livre qui ne se voit pas  … est un livre… qui ne se vend pas !

« Un livre, le meilleur du monde, ne se vendra pas, si personne ne sait qu’il existe. Or avec toutes les parutions, sortir du lot au sein de la plus grande librairie du monde (Amazon) n’est vraiment pas une sinécure. L’algorithme prenant en compte tant les recommandations, que les votes, que le genre, que le prix…. Bref, être reconnu comme écrivain quand on n’est pas connu peut être une difficulté insurmontable. »

Lui qui rêve de devenir mécène de l’édition 2.0, celle des autoédités, d’Amazon, de l’impression à la demande, ne se pose, au final, qu’une seule question.

Le principe et le développement
« Comment vendre mes livres ? »
La distribution de livres peut être d’une telle complexité (trouver les contacts, vendre sans retours, s’occuper des retours et du pilon, facturer, comptabiliser…) que cet homme d’action a décidé de soutenir l’édition en trouvant de nouveaux chemins. De là vient l’idée MyKindex.
Le principe est finalement assez simple, l’algorithme d’Amazon prenant en compte certains critères mais surtout le volume de vente pour afficher tel ou tel ouvrage dans son top ventes, Sébastien décide de fournir à Amazon ce volume de ventes. S’entourant d’un pool d’acheteurs recrutés sur Amazon et internet, il s’entend avec eux pour que tout ce pool (ou une grosse majorité) achète le même ouvrage dans un laps de temps très court, « généralement une matinée suffit » nous dit-il. Cette somme d’achats réalisée en un court moment permet à une œuvre d’être propulsée sur le devant de la scène et donc d’être vue. Enfin vue !
C’est tout.
Bête comme chou, n’est-ce pas ?
Trait de génie ? Pirate ? Dangereux électron libre ? Peut-être tout cela à la fois.
Quoiqu’il arrive, en peu de temps, MyKindex supporte de nombreux autoédités mais aussi, et c’est la surprise, de grands éditeurs. Seb ne nous donnera aucuns noms. Nous dirons simplement que tout le monde connait ces éditeurs, cela suffit.

La fin
MyKindex est créé fin 2012, et ouvre en avril 2013 avec comme cible principale Amazon (95% du business de MyKindex). A partir de cette date, plusieurs « haters[2] », (comme seuls internet est capable d’en créer) communiquent avec Amazon en pointant du doigt le résultat des ventes de livres soutenus par MyKindex.
« Ce qui est amusant dans cette histoire c’est que jamais Amazon ne nous a chargés ou a refusé de travailler avec nous. Ils nous ont même mis dans une newsletter officielle.» Le pari semble gagné.
A priori en effet ce système est bénéfique pour tous : les auteurs sont vus, les lecteurs récompensés, Amazon vend toujours des livres et bénéficie en plus d’un renouveau de son top vente qui multiplie les ventes et MyKindex crée un nouveau business model.

Cependant, parce que la netéconomie a créé ses propres trolls, Amazon remonte la communication faite par les Haters vers MyKindex et son fondateur. Surpris, car il a fait le bonheur de quelques 300 clients en 5 mois, Sébastien décide de fermer la porte de MyKindex pour repenser le système afin qu’il ne soit plus attaquable. Ce qu’il pensait être un service pour l’édition devient une cible à part entière qui cristallise les difficultés des éditeurs et des libraires.

Le retour
Conforté par les différents succès qu’il a rencontré, Sébastien repense et refond complètement le système de MyKindex.
Prenant le même principe du Vu pour être Vendu, il est revenu vers le monde de l’édition Début 2014, le site www.sebastiencerise.com voit le jour.
Une tarification simple (deux tarifs affichés sur le site), généralement retravaillée « à la tête du client » et le site suffise pour que son carnet de commandes soit plein en aout pour Septembre. « Je ne vois qu’à un mois pour le moment, peut-être bientôt à trois si la demande se maintient »
Bien sûr, il a refusé de nous dire quel était le petit secret qui renouvelle le business model du nouveau MyKindex. De nombreux tests ont été faits en se servant de la plateforme Amazon. De longs mois pour peaufiner le système qu’il espère désormais inattaquable.
MyKindex, du fait de son cycle de vie très court, n’a pas rapporté d’argent à ses fondateurs. « C’était très bien parti, mais les frais de communication et de fonctionnement n’ont pas pu être amortis sur une si courte période ». Pour cette deuxième tentative, Seb  a décidé de ne faire aucune communication officielle sur le retour de MyKindex, sachant bien que de toute manière il aura à faire à d’autres haters. Il remet ça à plus tard !
La véritable erreur de MyKindex a été, selon lui, de ne pas choisir les livres mis en avant. Aujourd’hui pour être poussé par MyKindex 2è génération, le livre doit être complètement finalisé, dépourvu de fautes d’orthographe, et surtout recevoir l’aval critique de son pool d’acheteurs.
Il ne sera donc pas aussi « facile » d’être poussé par cette structure qu’avant.

La vraie question que pose l’existence de MyKindex
Le système MyKindex peut s’apparenter à du dumping. En effet, si un éditeur se met à acheter ses propres livres sur une grande échelle, il peut s’attendre à figurer en haut des charts. Il perdra de l’argent lors de la première étape de rachat mais le buzz, soutenu par la qualité de l’ouvrage, le remboursera sur le long terme.

En discutant avec Seb, il est clairement apparu qu’il soupçonne, un peu comme tout le monde, l’existence d’une structure  MyKindex au sein de chaque éditeur qui peut s’offrir une campagne de dumping sur Amazon ou autre bibliothèque en ligne (en gros le top 10 des éditeurs français) et que ce type de structure doit exister sur chaque continent, dans chaque pays, un véritable complot mondial !
En interne, n’importe quel éditeur un peu argenté en pariant sur la qualité de ses ouvrages peut demander à son département marketing d’acheter tel ou tel livre à un moment donné. Il est si facile de mettre cette stratégie en place. « Cela ne m’étonnerait pas du tout que plusieurs éditeurs aient mis ce principe en place, mon expérience a aussi du les aider à voir les tenants et aboutissants de ce système. En regardant les tops ventes Amazon de ces derniers mois, il est évident que certains éditeurs cherchent avant tout à vendre plutôt qu’à vendre de la qualité. »

Vu comme cela, il est vrai que cette situation est angoissante. Lirions nous tous le top 10 d’Amazon uniquement par flemme, manque de curiosité ou parce que nous suivons les recommandations d’inconnus ? Il n’est pas inintéressant de penser que de plus en plus de structures comme MyKindex verront le jour, uniformisant les titres vendus. Comme d’habitude, le nerf de la guerre, c’est l’argent. Malheureusement, plus la créativité ou l’’étonnement.

Sans être dramatique, le formatage des œuvres serait-il en train de devenir la clé de ventes en édition? Aurons-nous, dans les prochaines années, comme seule base de comparaison le top vente de site entièrement dédiés à tel ou tel éditeur ?
A vous de voir.
S’il est plus complexe de trouver de nouveaux livres aujourd’hui, il est néanmoins possible de trouver des pépites. Pour cela il faut être un peu curieux et ne pas se contenter d’acheter ce que nous avons sous les yeux. La recherche d’un livre est aussi plaisante que sa lecture. Les bibliothèques et les petits éditeurs connaissent vraiment leurs livres. Passez les voir, ils adorent ça et vous aurez enfin autre chose à lire que les éternels Musso ou Levy qui sont en tête des gondoles de tous les grands magasins depuis des années.

 

 

[1] MIA signifie Missing In Action dans la langue de Shakespeare, “disparu au combat” dans celle de Molière

[2] Plus d’infos sur les haters en lisant l’excellent article d’apachemag.com : http://apachemag.com/201209/les-haters

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