#messie
par Jacques Fabrizi

Messie

Messie : sauveur reconnu par les chrétiens dans la personne du Christ. Personne providentielle dont on attend la venue ; personne qui se croit investie d’une mission exceptionnelle.

À lire en écoutant le Messie de Georg Friedrich Haendel.

Emmanuel Macron était attendu comme le Messie lors de sa dernière allocution télévisée le 31 mars 2021 à 20 h. Sauf que, à la veille du week-end de Pâques, ses paroles ne se sont pas apparentées à un message christique. Quelques jours après avoir pourtant refusé tout mea culpa pour avoir décidé fin janvier de ne pas reconfiner, le président a déclaré : « À chaque étape de cette épidémie, nous pourrions nous dire que nous aurions pu faire mieux, que nous avons commis des erreurs. Tout cela est vrai, mais je sais une chose : nous avons tenu, nous avons appris, et nous nous sommes à chaque fois améliorés. » De quel « nous » s’agit-il auquel je ne me sens pas associé ? Du « nous royal », encore appelé « pluriel de majesté », pluralis majestatis, émanant du monarque républicain tel qu’il est perçu par nombre de citoyens ?

Poursuivant dans une même rhétorique, le président de la République a ensuite égrené les décisions prises le matin même en Conseil de défense. « Sécurité, équilibre, responsabilité : ce sont ces trois principes qui nous ont conduits fin janvier à préférer le renforcement de cette stratégie, le couvre-feu, sur le reconfinement général du pays. » N’était-il pas grand temps ? Le texte de huit médecins réanimateurs de l’Assistance publique – hôpitaux de Paris (AP-HP) affirmant que la dégradation actuelle de la situation sous l’effet de la pandémie entraînerait à court terme « une priorisation, autrement appelée “tri” qui consiste, lorsqu’il ne reste qu’un seul lit de réanimation disponible, mais que deux patients peuvent en bénéficier, à décider lequel sera admis (et survivra peut-être) et lequel ne sera pas admis (et mourra assez probablement) » avait été pourtant très alarmiste. Le « bookmaker » élyséen a perdu son pari ! Celui de ne pas reconfiner. Le mot confinement semble désormais tabou. Le 18 mars 2021, lors d’une conférence de presse, Jean Castex et Olivier Véran n’ont jamais prononcé le mot « confinement ». Le Premier ministre et le ministre de la Santé ont parlé de « mesures de freinage massives », de « troisième voie » ou utilisé l’expression « freiner sans enfermer ». Interrogé dans Le Parisien, dimanche 21 mars 2021, Olivier Véran a assumé ne pas vouloir parler de « confinement » et expliqué : « Je me refuse à parler de confinement tout simplement parce que ce n’en est pas un. Si je devais improviser un slogan, ce serait : s’aérer pour souffler, se distancier pour se protéger. » La sémantique se révèle au centre des préoccupations de l’exécutif et est érigée en méthode de gouvernement. Le chef de l’État abonde en ce sens en précisant : « Les règles en vigueur dans les 19 départements en vigilance renforcée seront étendues à tout le territoire métropolitain dès samedi soir et pour quatre semaines. » Il a poursuivi : « La crise sanitaire que nous traversons dure maintenant depuis plus d’un an. Un an de peine, d’épreuves, un an d’efforts pour tous. » Était-il nécessaire de la préciser, alors que nous l’avons tous vécu, subi ? « Si ce soir, je m’adresse à vous, c’est pour vous dire que nous allons tenir encore. » Quels autres choix avons-nous ? « Si nous savons dans les prochaines semaines nous organiser, alors nous verrons le bout du tunnel. »

Un an après le choc pétrolier de 1973, Jacques Chirac avait tenu des propos similaires et popularisé une expression qui fera florès. « Nous sommes repartis sur une meilleure voie, nous apercevons le bout du tunnel » avait-il déclaré s’attirant cette verte réplique du secrétaire général de la CGT, Georges Séguy : « S’il voit le bout du tunnel, c’est qu’il marche à reculons et qu’il confond l’entrée avec la sortie. » L’expression sera reprise en 1976 par Raymond Barre, alors Premier ministre de Valéry Giscard d’Estaing qui se disait convaincu qu’il voyait « enfin le bout du tunnel ». Emmanuel Macron, dans un livre paru en 2016, alors qu’il était candidat à l’élection présidentielle, intitulé de manière présomptueuse Révolution, aurait grand intérêt à relire et à méditer ce passage : « Après la gauche, la droite. Les mêmes visages et les mêmes hommes, depuis tant d’années. Je suis convaincu que les uns comme les autres ont tort. Ce sont leurs modèles, leurs recettes qui ont simplement échoué. »

Le président de le République promet que « l’accompagnement économique et social sera au rendez-vous ». Mais, il ne sert à rien de rêver. La multiplication des pains sur les bords du Jourdain est une histoire ancienne et à défaut de multiplier les vaccins, il accroît le nombre de personnes habilitées à vacciner et les vaccinodromes pourtant honnis au début de la campagne de vaccination. Il n’hésite pas également à multiplier les millions d’aide en alourdissant la dette déjà colossale « quoiqu’il en coûte » pour les générations futures. Il cherche aussi, après avoir constaté que l’hôpital public avait été mis à mal par un ultralibéralisme décomplexé, à multiplier les lits de réanimation en intimant la déprogrammation de certains soins qui seront reportés sine die… Hors Covid-19, les autres pathologies, jugées dans l’immédiat « non essentielles », devront attendre des jours meilleurs. À Pâques ou à la Trinité ?

Emmanuel Macron s’est encore une fois distingué par un autoritarisme décisionnel qui ne respecte plus les recommandations du conseil scientifique pourtant créé par Sa Majesté et qui bafoue les règles démocratiques en soumettant après coup ses décisions aux deux chambres parlementaires confinées à un rôle subalterne d’enregistrement.

« Voglio, posso, comando ! »* aurait dit ma mère avec l’autoritarisme qui la caractérisait et que j’évoque dans mon dernier ouvrage**. Cependant, dans les circonstances actuelles, cela m’aurait apaisé de faire référence à une autre formule latine attribuée à Jules César en 47 avant Jésus-Christ : « veni, vidi, vici ! »***

I’m a poor lonesome doctor…

 

* Je veux, je peux, je commande !
** Jacques Fabrizi, Une vie par défaut, Cent Mille Milliards, 2021.
** Je suis venu, j’ai vu, j’ai vaincu.

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