#hiver
par Jean Brousse

L’hiver sera rude

Des cohortes de petits hommes bleus venus d’un autre monde arpentent les rues des villes et des villages ensuqués. Leurs yeux, seule trace de leurs émotions – le mascara est en forte croissance quand les ventes de rouge à lèvre déclinent – cachent mal leur inquiétude derrière le masque règlementaire.

L’été encore trop chaud aura résisté tant qu’il a pu, soutenu par le suspense d’un Tour de France haletant et la promesse d’un Roland Garros confiné, sans doute avec son cortège d’imprudences. On n’est pas sérieux quand on a 17 ans ! Envie de vivre. Mais l’hiver menace d’une offensive, effaçant presque l’espoir d’une lumineuse arrière-saison. Y aura-t-il des champignons cette année ?

De longues queues de candidats au diagnostic redouté se forment sous les averses d’octobre. Les résultats se font sérieusement attendre et la nuit gagne avec conviction sur le bitume luisant. L’heure d’hiver revient. La grisaille rajoute à l’ambiance.

Des écoles ferment, puis ré-ouvrent. Les matches du week-end sont reportés ou retransmis avec les sifflets d’un faux public, ambiance PlayStation. Le bistrot du coin ne sait plus sur quel pied servir le café du matin, les théâtres hésitent. Jean Pierre Pernaud fuit, les foires et salons du livre tentent avec peine de s’adapter. Marseille se révolte. FIAC, fashion week et autres Biennales sont remises aux calendes, et l’on convole dorénavant sous contrôle technocratique …

« Ah, ces pauvres Français (sic, ndlr) ! Ils sont dans le « déni » (Agnès Buzyn), ils souffrent d’un « défaut d’acculturation scientifique » (Sibeth Ndiaye), on ne leur a jamais menti sur les masques (Olivier Véran) et, s’ils avaient écouté leurs gouvernants, nous n’en serions pas là ! »*

On comprend l’incompréhension devant des mesures changeantes, parfois contradictoires, entre simples recommandations et ukases comminatoires venus d’ailleurs, de loin, d’on ne sait où. Heureusement que les nouveaux édiles écologistes, pressés d’étrenner leur écharpe tricolore, s’en donnent à cœur joie.

Sans sapin de Noël, l’hiver va être rude.

Je vous embrousse très fort.

 

 

* Vincent Trémolet de Villers, Le Figaro, 25 septembre 2020

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