#école
par Jean Brousse

Nos maîtres décollent

Thomas Pesquet n’en pouvait donc plus du couvre-feu, agacé par l’auto-autorisation dérogatoire, lassé des gestes barrières et du masque. Il leur a préfèré un casque blanc immaculé, une tenue hollywoodienne et l’apesanteur. Star Trek, espace et légèreté ! Alors, il embarque à bord de « Crew Dragon » et s’envole de Cap Canaveral à 28 000 km/h vers les étoiles et l’ISS, la Station Spatiale Internationale, bien décidé à ne revenir, dûment vacciné et testé, que sûr que le méchant virus aura été éradiqué de notre petite planète. Il s’évade et nous emporte. Encore un brillant Français attiré, happé par les feux des technologies d’ailleurs et par les ressources qu’y consacrent Elon Musk et ses joyeux copains patrons des GAFAM. Les voyages interplanétaires sont désormais leur affaire. « Business is business », certes, mais « they have a dream ». On leur reproche parfois leurs insolentes fortunes, mais on conteste rarement ce à quoi ils la destinent : leurs impatiences de vieux adolescents, leur vision du monde et le progrès tel qu’ils le conçoivent, un monde qui séduit et effraie, un ailleurs fascinant, une fenêtre dans nos carcans. On va bientôt tous pouvoir marcher sur la Lune, sur Mars ou d’autres astres inconnus. Nous y vivrons peut-être demain. Les rêves et l’imagination bouillonnants de Jules Verne et Hergé prennent corps. Tintin est coté au Nasdaq et Christophe Colomb oublié. Mille sabords, que pensait-il en quittant le port de Palos de la Frontera pour ce qu’il croyait être les Indes ? Et qu’a pensé Thomas Pasquet, en partant pour l’aventure, ce vendredi 23 à 11 heures 49 ?

« Un maître décolle ? »*

Le suspens du compte à rebours du lancement de SpaceX succédait vendredi à un autre, insoutenable, la veille : l’attente insupportable des annonces de Jean Castex et son boys band, ses ministres tous plus astrazenequés les uns que les autres. Eux ne changent clairement pas d’orbite ! À quelle sauce serons-nous libérés ? N’est pas Alfred Hitchcock qui veut. « Si la situation le permet », mais ne nous engageons pas trop ! La sempiternelle comptine altère les poussières d’espoir de néo-zombies errant, sérieusement désenchantés, sur des trottoirs éteints. On pourra dépasser les fatidiques 10 kilomètres – histoire sans doute d’amnistier Thomas Pesquet. On ne comprend pas bien, au grand dam des intéressés, quels rideaux, de théâtres ou de boutiques, s’ouvriront, où et quand. Les élèves retrouveront leurs classes sous de sévères conditions et des tests hebdomadaires surveillés par le tenace Jean-Michel Blanquer en parfait « maître d’école ».

Le soleil intrépide d’un printemps fragile n’y peut rien, le dénouement s’annonce poussif. D’autant que les aléas récurrents continuent de s’amonceler, « business as usual ». Chez nous, le verdict des acteurs de « Viry-Châtillon » attise l’amertume de policiers cruellement touchés par l’ attaque de Rambouillet. Le non-verdict du procès de l’agresseur de Sarah Halimi indigne. L’équipée de « super-jaunes » pour « sauver » Mia, dangereux pieds nickelés radicalisés, inquiète. Dans le monde, le Tchad et sa région sont déstabilisés par la disparition du Président Déby, et Joe Biden, adoubé « nouveau Roosevelt », prend la tête du combat mondial contre le réchauffement climatique. On ne peut négliger le sort d’Alexeï Navalny. Encore heureux que le projet de Super Ligue de football ait fait long feu !

Santé, relance, sécurité, laïcité, terrorisme et climat, équilibres mondiaux, entre autres, autant d’enjeux quotidiens… Pas une minute pour penser à la prochaine élection présidentielle ! Pourtant certains, sûrs de ne pas être élus, profitent du moment pour annoncer leur candidature, dans une superbe indifférence.

Que de colles pour le Président, maître du temps, « maître des colles » ?

Je vous embrousse très fort.

 

* Libération, 23 avril 2021

1 reply
  1. Lugan says:

    Bravo cher Jean pour vos Jardins magnifiques, ils ont le parfum des rêves d’opium, chantent comme à Ispahan, claquent comme la langue sur les alcools forts. Mon préféré page 19 (département de la Corrèze ), et le clin d’œil des tapis de marbre à la page 51 m’enchante. Très cordialement,

    Benoît Lugan

    Reply

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