#déconfinement
par Jean Brousse

11 mai

À peine Édouard Philippe a-t-il confirmé aux confinés la date de leur libération promise par le Président que l’on ne parle déjà plus que du 11 mai, promue nouvelle candidate au statut de fête quasi-nationale. Chic, un autre jour férié en mai !

La perspective déchire l’immobilité. Les media se jettent sur ce nouveau gisement, fatigués des marronniers quotidiens dangereusement taris : finis les derniers chiffres du professeur Salomon, les progrès de l’étude Discovery, le marché clandestin des masques, l’obscur scandale des Ehpad, les aventures de Didier Raoult, la fragile unité européenne et les imprécisions gouvernementales. L’heure est à « déconfinement mode d’emploi ».

Retrouver enfin la vie d’avant dans le monde d’après, retourner au travail, aux bouchons, aux queues, aux urgences, chez le coiffeur, aux tracas et aux particules fines, redonner l’envie de consommer, dépenser, polluer… Vivre, quoi ! On n’allait quand même pas louper les soldes d’été !

Le génie national du doute, du dénigrement et de la contestation se réveille, réfutant immédiatement les circonstances suggérées d’un retour, pourtant très attendu, à une prétendue normale. Quid des écoles sans récrés, des restaus sans comptoirs, des campings sans chenille et sans apéros, des night clubs sans tango, du rugby sans mêlée, d’un mariage sans baiser ? Quid d’un lâcher de confinés sans masque ? Des vacances sans touristes, certes, mais que les Parisiens ne viennent pas nous contaminer. Chacun chez soi, et les vaches seront bien gardées ! La régionalisation progresse grave.

Attention, les infirmières sont dangereuses. Les corbeaux vont avoir du pain sur la planche. Que fait l’État ? Qu’on nous donne enfin des prescriptions précises ! On est jacobins, oui ou non ? La distanciation, c’est un mètre ou un mètre quatre-vingt-trois ?

Dernières nouvelles des recherches : la nicotine serait efficace contre le méchant virus. On va pouvoir choisir sa mort : Covid ou cigarette. Le virus aurait par ailleurs une complice sournoise, une étrange bactérie qui le transporterait sur son dos pour pénétrer nos poumons inattentifs, version contemporaine du cheval de Troie…

Nous ne sommes que 6% atteints. Gasp. Si seulement tout le monde l’était, ce serait plus simple : tous contaminés, tous immunisés, plus besoin de tests.

Vivement le 11 mai ! La résilience redevient à la mode. Effacer la parenthèse, et cicatriser. Et regretter amèrement : c’était bien avant, mais tellement mieux pendant.

Je vous embrousse.

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