#conte
par Jacques Fabrizi

Conte

Il était une fois, une planète du système solaire que l’on appelait la Terre, la seule où l’eau sous forme liquide permit l’émergence de la vie, il y a plus de 3,5 milliards d’années. Elle était peuplée de femmes et d’hommes qui vivaient en harmonie avec la nature. Au commencement, ils habitaient dans des cavernes et témoignèrent de leur époque au travers de dessins rupestres, signant la naissance de l’Art. Un équilibre entre les différentes espèces semblait trouvé. L’existence paraissait paisible jusqu’à ce que le désir de pouvoir s’instillât dans l’esprit de certains individus.

La vie sur Terre se poursuivit ainsi jusqu’à l’avènement du christianisme qui bouleversa l’ordre établi. Il modifia le calendrier et, quelques siècles plus tard, engendra les croisades. Plus récemment, le djihadisme reprendra cet exemple. Dans le même esprit, on connut les guerres coloniales et l’esclavage prélude à l’exploitation de l’homme par l’homme. Le capitalisme participa de ce désir d’hégémonie. Le développement des technologies numériques et la concentration de la richesse mondiale au sein de quelques trusts vinrent mettre la touche finale à ces évolutions sociétales. La pauvreté et le dérèglement climatique en découlèrent et provoquèrent des répercussions géopolitiques.

À ce moment de l’histoire, l’on assista à l’émergence d’un coronavirus. Totalement inconnu, voire mystérieux, il vint déstabiliser une organisation régie par la cupidité. D’aucuns lui trouvèrent des vertus révolutionnaires, alors qu’en fait, il accentua les inégalités. Les riches devinrent plus riches et les pauvres plus pauvres. Face à cette pandémie, certains états privilégièrent la santé de l’économie à celle de leurs concitoyens. Pour calmer la colère des peuples, on saupoudra quelques mesures sociales qui n’empêchèrent en rien l’avènement d’une crise socio-économique de grande ampleur.

On s’attacha à trouver le moyen de se débarrasser de ce fléau, mais en vain. L’on appela d’éminents virologues, infectiologues, épidémiologistes, mais leurs avis divergeaient et brouillèrent les pistes. On demanda aux firmes pharmaceutiques de fabriquer, dans les plus brefs délais, un vaccin et aux laboratoires de recherches de promouvoir un traitement efficace. Un remède suscita beaucoup d’espoir, mais s’avéra en fin de compte inopérant.

On confina la population, on la déconfina, puis on instaura un couvre-feu comme en temps de guerre. C’était du reste l’impression qui dominait face à cet ennemi invisible. Le port du masque jugé inutile au début du conflit devint obligatoire en toutes circonstances sous peine d’amendes.

Les uns acceptèrent les préconisations étatiques, en se montrant obéissants, tandis que d’autres se rebellèrent contre ce qu’ils considéraient comme une atteinte aux libertés fondamentales. L’obscurantisme gagna en influence. On vit l’émergence de thèses complotistes d’autant que ce virus avait pris naissance dans l’empire du Milieu. Les anti-masques entrèrent en scène et rallièrent tous les opposants aux mesures édictées. Une communication déplorable renforça la défiance vis-à-vis des gouvernants. Les décisions politiques oscillaient entre préoccupations économiques et sanitaires. L’ampleur des faillites d’entreprises et les répercussions sociales qui en découlèrent, plongèrent la société dans un marasme dont elle peinerait à sortir. On exhorta chacun à se montrer résilient.

On appela tous les joueurs de flûte de la planète pour éloigner ce coronavirus, mais leur cacophonie se révéla tout aussi inefficace que les solutions précédemment envisagées. La pandémie progressait inexorablement tandis que le désespoir grandissait.

Le monde d’après se faisait attendre. Une prise de conscience devenait nécessaire, le salut de l’humanité en dépendait. Certains se laissèrent gagner par le pessimisme. D’autres imaginèrent un futur radieux.

     tanto ch’i vidi de le cose belle…
si bien qu’enfin je vis les choses belles…

Dante Alighieri, La Divine Comédie, L’enfer

 

I’m a poor lonsesome doctor…

 

 

4 replies
  1. Hansen says:

    Une compilation des contes et autres lettres de “I’m a poor lonsesome doctor…” serait une bonne idée.

    J’aime beaucoup, accessible, vise juste, et en quelque lignes, donne à réfléchir, à puiser au fond de notre gouffre.

    Trouver notre place, penser aux autres, panser les autres.

    Quel avenir avons nous, sommes nous seulement de passage, un passage bref mais destructeur, plus fort qu’une comètes.

    Un microorganisme va t’il changer la face de notre monde?

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  2. Elisabeth Bugada says:

    Merci Dr Fabrizi pour ce nouveau texte “conte” et pour tous les autres : génèse, accent, météo, palimpseste, sinapisme, jacasserie…J’attends avec impatience le prochain billet…. Mais à quand un ouvrage réunissant tous ces écrits?
    Elisabeth à “a poor lonesome doctor”

    “il n’y a pas de hasard, il n’y a que des rendez-vous.” Paul Eluard

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  3. Jean-François Burté says:

    Hello Jacques. J’aime décidément ton style, un peu Brut de MaPomme, doux et aigre à la fois. Mais là où tu m’épates aujourd’hui est que tu as su intégrer cet équilibre des motifs qui protège ton texte des critiques partisanes. Ce que tu as écrit est presque plausible mais surtout il n’a plus tous ces défauts de logique qui rendait les précédents si “démontables”. Et rien que pour cet effort je te félicite et je me suis régalé ^^ (D’où mon comm’ amical et enthousiaste )

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  4. Feriel says:

    Agréable a lire cette histoire racontée sous forme de conte ça nous plonge dans l’imaginaire.. alors que tous ces événements d’actualité sont tristement réels..

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