#célébration
par Jean Brousse

8 mai, huis clos

Nicolas Sarkozy a délaissé le Cap Nègre et François Hollande Tulle. Une poignée de généraux et d’amiraux ont accueilli le Président sous l’Arc de triomphe pour commémorer la fin d’une autre guerre. A chacun la sienne. 50 millions de civils, 25 millions de militaires n’en sont pas revenus. C’était un autre temps, que maintenant peu de vivants, ce 8 mai 2020, ont connu. Il ranime la flamme et se prend une petite dose de gel hydroalcoolique. Puis il descend les Champs-Élysées vides, seul dans sa voiture seule.

La reine Elizabeth encourage en cet anniversaire son peuple, « Ne baissez jamais les bras, ne perdez jamais espoir… », dans un nouveau discours. Elle y prend goût !

Deux mois de confinement paraissent tellement dérisoires face à quatre ans de privations, de luttes, de combats et d’angoisses. Mais notre monde décidément bien mystérieux nous rappelle régulièrement que la sérénité n’est qu’ une illusion à peine humaine, quelles que soient les promesses des idéologies, des savants, des guides spirituels et de tous ceux pour qui le fait que nous y croyons tient lieu de fonds de commerce.

Sortons de réanimation, essayons la lucidité !

C’est une guerre, déclarait gravement Emmanuel Macron le 16 mars. Et voilà la victoire, même si l’ennemi n’est toujours pas localisé, non plus que ses complices auxquels il offre le luxe de croire qu’ils gouvernent la planète. Attention, on « déconfine », on n’ouvre pas… De confinés, nous serons lundi en liberté très surveillée, masqués et contrôlés, mais plus d’Ausweis quotidien… Quoique ! Les indispensables librairies rouvrent enfin. Les salons de coiffure aussi, pour un « décoiffinement »* bienvenu et salutaire. Les chemins de campagne, peut-être, mais pas le littoral. Quelques enfants dans les écoles, ça ressemble à la vie. Une bouffée de nostalgie s’empare de ceux qui voudraient bien continuer à apprivoiser et cultiver les charmes retrouvés de la lenteur. Une poussée d’adrénaline titille ceux qui vont – malheureusement – instantanément tout oublier.

Clap de fin, on passe au montage. Le Président appelle à l’offensive : « On doit enfourcher le tigre, et le domestiquer… Le seul moyen qu’il ne nous dévore pas ! » Comme lorsque nous domestiquons notre voiture, sereins, parce qu’en ayant intégré la longue liste des dangers que nous connaissons, nous confortons notre confiance en toute conscience. Où est aujourd’hui la confiance ?

Ce soir, et demain, avant que les orages annoncés ne viennent signer cette drôle de libération, levez la tête et regardez le ciel, calme, bleu, pur, presque vierge. Saluez les étoiles. C’était donc possible, nous les aurons au moins connues.

Je vous embrousse.

 

 

*Magnifique « Une » de La Montagne, le 6 mai.

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