#apologue
par Jacques Fabrizi

Apologue

Apologue : court récit en prose ou en vers, dont on tire une instruction morale.
« Monsieur le Président
Je vous fais une lettre
Que vous lirez peut-être
Si vous avez le temps… »*

La propagation du variant Delta alarme l’exécutif qui redoute une quatrième vague de Covid-19 à l’automne et cherche à relancer la campagne vaccinale. « Selon l’Institut Pasteur, des variants plus contagieux et l’hésitation d’une partie de la population à se faire vacciner menacent la sortie de crise. »**

Confronté à cette nouvelle difficulté, le gouvernement ne remet pas en cause la campagne de vaccinations via les vaccinodromes dont l’efficacité et les résultats se font attendre. Dans ce climat particulier, il se souvient qu’il existe en France des médecins généralistes et il souhaite les mettre à contribution. Évidemment, je m’en suis réjoui, mais sans doute ma réaction était-elle un peu trop hâtive. Cette coopération ne consiste pas à fournir aux médecins traitants des vaccins afin qu’ils puissent enfin vacciner leurs patients au sein de leurs cabinets. Non ! Le ministre de la Santé serait uniquement favorable à ce que la liste des personnes vaccinées leur soit transmise ; une hypothèse actuellement étudiée par la CNIL (Commission nationale de l’informatique et des libertés). Les médecins seraient ainsi simplement mis à contribution pour inciter et convaincre leurs patients à se faire vacciner.
Hallucinant ! Mais de qui se moque-t-on ? Il n’est pas un seul jour que Dieu fait sans que les patients m’interrogent à propos de la vaccination contre le Covid-19 ; il n’est pas un jour sans que je leur pose la question de la vaccination, notamment à ceux ayant tous les critères de développer un Covid-19 grave ! Les médecins généralistes sont à présent relégués à un rôle de recruteur pour le compte des vaccinodromes, voire de téléconseiller en vue de promouvoir la vaccination. Par le passé, jamais ils n’avaient été traités avec autant de dédain et de mépris de la part d’un gouvernement de plus en plus jacobin qui excelle dans le comique de l’absurde.

Dans le même temps, les médecins généralistes qui réclament des vaccins afin de faire ce qu’ils font depuis tout temps, c’est-à-dire vacciner, reçoivent ce type de mail émanant du ministère des Solidarités et de la Santé :
« Dr. X, nous avons une annonce importante à vous faire :
Retard de livraison sur votre commande de vaccins Covid-19 Moderna
Cher docteur,
À la suite d’un retard de livraison imputable au laboratoire Moderna vers nos plateformes logistiques, votre livraison de vaccins Moderna initialement prévue cette semaine entre le 2 et le 6 juillet est retardée et vous sera finalement livrée au plus tard entre le 7 et le 9 juillet à votre officine de référence. Les vaccins qui devaient être livrés lundi 28 juin ont été réceptionnés aujourd’hui seulement.
Nous vous prions de nous excuser pour cet aléa de livraison qui est susceptible d’entraîner des modifications de RDV de vaccination prévus ce week-end. Nous mettons tout en œuvre pour assurer la livraison au plus vite de ces vaccins.
Un immense merci pour votre compréhension et votre contribution déterminante à la campagne de vaccination.
Cordialement,
La Direction générale de la Santé. »

Il me plaît de souligner une nouvelle fois que le directeur général de la Santé, Jérôme Salomon, malgré sa gestion calamiteuse des masques, des tests de dépistage, des respirateurs, des médicaments dits essentiels et in fine de la campagne de vaccination, est toujours en poste.

Quand plus de deux électeurs sur trois — voire quatre sur cinq comme à Longwy — ne se déplacent pas pour aller voter, la situation émeut sans pour autant susciter de la part de nos gouvernants une louable interrogation sur les véritables raisons de cette désaffection des Français pour les urnes. Le vote nul ou blanc comme l’abstention devraient être considérés comme des suffrages exprimés, car ils traduisent une défiance majeure de la population vis-à-vis de leurs représentants qui sont parfois élus avec moins de 10 % des électeurs inscrits sur les listes électorales sans prendre en compte ceux qui ne le sont pas. Bel exemple de démocratie.

C’est cette même défiance qui est en cause dans le refus vaccinal de la part de certains soignants et patients et il ne s’agit pas d’un énième effet « Gilets jaunes ». Les Français dans leur grande majorité se lassent des propos infantilisants de leurs dirigeants et de leurs discours trompeurs et mensongers.

Lors de son allocution solennelle, le 24 novembre 2020, le président de la République, Emmanuel Macron, avait pris l’engagement auprès des Français en assurant : « Je veux aussi être clair : je ne rendrai pas la vaccination obligatoire. » Devant la menace d’une quatrième vague et partant du constat que le taux de vaccination reste trop faible, le gouvernement planche sur un projet de loi visant à rendre le vaccin contre le Covid-19 obligatoire pour les soignants. Aucune remise en question, mais la menace et la coercition. Pourtant, rendre la vaccination obligatoire a minima pour les soignants n’est pas sans poser de problème éthique et engagerait la responsabilité de l’État en cas d’effets indésirables. Le Conseil National de l’Ordre des médecins ne s’est pas positionné sur ce sujet. C’est peu dire.

Il paraît à peine croyable que les instances sanitaires continuent à dénier l’existence des médecins généralistes et à les cantonner dans des rôles subalternes. Le ministre de la Santé avait pourtant affirmé haut et fort lors du lancement de la campagne de vaccination le 27 décembre 2020 : « Notre choix politique, c’est de faire reposer la campagne sur les médecins et les soignants. C’est la clé de la confiance et de l’efficacité. » Avant qu’il ne change son fusil d’épaule et fasse finalement le choix des vaccinodromes qui ont une nouvelle fois conduit à l’échec actuel, tout comme lors de la grippe H1N1 en 2009 alors que Roselyne Bachelot était ministre de la Santé et des Sports. A-t-on déjà envoyé des militaires sur un théâtre d’opérations sans munitions ?

« Monsieur le Président
Prévenez mes patients
Que j’n’aurai pas de vaccins ! »*

I’m a poor lonesome doctor…

 

* Boris Vian, Le déserteur, paroles quelque peu modifiées.
** Le Monde, jeudi 1er juillet 2021

1 reply
  1. Metha says:

    C’est une honte, mais qu’ont-ils en tête, pourquoi cet acharnement contre les médecins…
    Incompréhensible, on marche sur la tête !

    Je ne veux pas du “vaccinodrole”, je veux simplement que mon médecin me vaccine, comme il l’a toujours fait par le passé.
    Je n’en demande pas plus, pas moins.

    On vit dans un monde que je n’arrive plus à comprendre, les politiques sont toujours les mêmes, à nous vendre du rêve et de belles paroles, on le sait bien, “c’est le jeu ma pauvre Lucette”.

    Vive le poor lonesome doctor, il est la, traverse un désert (médicale) et surtout, il vise juste et bien.

    Merci Docteur !

    Reply

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