#Âgisme
par Jacques Fabrizi

Âgisme

Âgisme : Attitude de discrimination ou de ségrégation à l’encontre des personnes âgées, voire de mépris. En France, à six mois de l’élection présidentielle, dans le concert médiatique nauséabond des propos xénophobes, racistes, antisémites et sexistes d’un potentiel candidat non encore déclaré, une information d’importance semble être totalement passée inaperçue. Dans son discours à l’issue du compte rendu du Conseil des ministres et du séminaire gouvernemental annonçant le calendrier parlementaire de ces prochains mois, le Premier ministre, Jean Castex, n’a pas évoqué le projet de loi « Grand âge et autonomie », maintes fois reporté.

Début juin, le ministre de la Santé, Olivier Véran, avait pourtant déclaré sur BFM TV que le projet de loi « Grand âge et autonomie » qui vise à réformer l’aide aux personnes âgées et à promouvoir le maintien à domicile pourrait être présenté dans le « courant de l’été » en Conseil des ministres « de manière à pouvoir potentiellement être examiné à la rentrée. C’est un choix qui n’a pas encore été opéré sur le plan du calendrier, mais nous y travaillons et nous nous concertons. Il n’y a pas beaucoup à attendre maintenant », avait-il ajouté.

L’abandon de ce projet de loi est une grande désillusion pour toutes les personnes concernées ; en premier lieu, les personnes âgées en perte d’autonomie et leurs familles, mais aussi les professionnels de santé, les associations et les acteurs engagés dans l’amélioration de leurs conditions de vie. Les annonces récentes de Jean Castex, à savoir 10 000 postes supplémentaires dans le secteur du grand âge d’ici à cinq ans et un tarif plancher pour mieux rémunérer les interventions à domicile, ne sont pas de nature à contenir leur déception. Selon Marie de Hennezel : « Il faudrait dix fois plus d’embauches pour assurer la dignité des fins de vie de nos âgés. »*

En pleine pandémie, au moment où de nombreuses familles, contrariées dans leur désir d’accompagner un proche, de manifester une présence et d’échanger des adieux, se heurtent à un deuil impossible, n’est-il pas surprenant que plusieurs propositions de loi pour une aide médicalisée à mourir aient été discutées en quasi « urgence » au Parlement ? Les fins de vie en France sont problématiques. Chacun le sait. Le formuler s’apparente désormais à un truisme. Si l’on rapproche cet abandon, dont les raisons restent obscures, du mouvement actuel en faveur d’une loi sur le droit de mourir dans la dignité, cela interroge. Mais que l’on se rassure, à défaut de vieillir dans la dignité, nous mourrons dignes. « Tout se passera bien… »

I’m a poor lonesome doctor…

 

* Marie de Hennezel, Tribune publiée dans Le Monde, le 29 septembre 2021.

1 reply
  1. Jean-Marc DURIEZ says:

    Tellement juste ! Cela fait longtemps que les médias sont dans “l’événement” et plus dans “l’essence”. Quant aux pouvoirs politiques cela fait longtemps aussi qu’ils ont fait leur la maxime selon laquelle “les promesses n’engagent que ceux qui les reçoivent”…

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