#20 ans
par Jean Brousse

Ce siècle avait vingt ans…

Émilie Jolie est orpheline, et Tonton David a donc trouvé « sa route et son chemin ». Jean-Loup Dabadie, Guy Bedos et Claude Brasseur ont, eux, rejoint cet hiver Jean Rochefort et Victor Lanoux. Ils l’avaient annoncé : Nous irons tous au Paradis. Belle de jour attendra Jean-Claude Carrière. Ils tourneront peut-être, dirigés par Tony Marshall ou Nelly Kaplan, Il était une fois… là-haut, cascades de Rémy Julienne et musique d’Ennio Morricone, ou Claude Bolling que pleurent les parisiennes de Kiraz.
Jamais plus jamais pour Sean Connery.

Astérix a rendu Uderzo à Gosciny, Agrippine a perdu Claire Bretécher. Jeoffrey de Peyrac repose enfin dans les bras de la Marquise des Anges, auxquels Cardin taille un costard. Ivry Gitlis a posé son violon, Roger Hassenforder son vélo. Caroline Cellier s’en est envolée avec son malicieux sourire, John le Carré et Mary Higgins Clark avec leurs mystères, Kirk Douglas sa fossette, Rika Zaraï sa bassine. Anne Sylvestre a pris Les chemins du vent et Jean-Louis Servan Schreiber psychologise. Maradona dribble Michel Hidalgo, Robert Herbin et Gérard Houlier. Tout près, Jean-Pierre Bastiat dispute avec Christophe Dominici et Denis Tillinac une troisième et dernière sérieuse mi-temps. Manu di Bango entame un bœuf céleste avec Little Richard. Patrick Devedjian ferraille dur avec Michel Charasse et Gisèle Halimi sous l’œil pétillant de VGE. PIEM dessine des nuages, Alain Rey des mots, Kenzo des houppelandes. Marc Meneau leur mitonne un lièvre à la royale et Pierre Troigros signe son saumon à l’oseille.
Il n’y a plus d’après, chère Juliette Gréco.

Luis Sepulveda connait maintenant La fin de l’histoire. Michel Piccoli et Michael Lonsdale, Zizi Jeammaire, Tata Yoyo, Michou et Nathalie Delon, Pernoud loin de la mer, Auriol loin du désert, nous ont quittés, et tant d’autres, de Raoul Plumauzel à Robert Lampoule, Pierre Dupont et Marthe Martin ! Daniel Cordier et Albin Chalandon ont tenu à tenir jusqu’à cent ans, Olivia de Havilland 104. Jean Pierre Bacri a perdu Le sens de la fête.

2020, son virus et son hiver n’ont pas lésiné sur l’hécatombe. « Ce siècle avait vingt ans… » Le nouveau, certes, mais le vingtième vient évidemment de mourir pour de bon. Le « Siècle » lui-même, ce cénacle très privé où se conforte depuis 1944 l’élite française, vient de perdre son Président.

André Malraux avait prophétisé : « Le prochain siècle sera religieux, ou ne sera pas. » Sentait-il les violentes poussées islamistes ? Les États-Unis viennent peut-être d’échapper à Donald Trump, mais ils l’avaient élu. La Birmanie se révolte, Poutine étouffe la contestation, la guerre insiste dans le sud-Sahel. Le passionnant classement des 167 pays de l’ONU sur la réalité de la démocratie publié par The Economist montre trop de taches rouges sur la planisphère. La France est en 24e position quand nous entendions la démocratie comme un acquis ! Elle réclame encore beaucoup de soins, de vigilance et d’attention. Qu’en est-il des droits de l’homme ? Allons-nous vers plus de respect entre les habitants de la Terre et plus de sens de la responsabilité, tiendrons-nous compte avec sérieux des accords de Paris, entretiendrons-nous un multilatéralisme raisonnable, saurons-nous dompter un capitalisme financiarisé terriblement échevelé, une mondialisation désordonnée, les dérives d’une digitalisation généralisée, l’opacité d’une information soumise à l’audimat ? La part de marché est-elle l’indicateur de la vérité ?

Les citoyens du monde seraient les seuls maîtres de leur destin. Mais la paix des peuples suffit-elle au bonheur des hommes ? Ce monde bafouille. Il serait grand temps que le vingt-et-unième siècle veuille bien songer à démarrer, avec quelques intentions salutaires. Pas gagné !

Je vous embrousse très fort.

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