#14juillet 5
par Philippe Metzger

Un confiné explore le futur, 5

Je me souviens.

Cette année 2022 fut celle d’un renouveau étonnant. Les mentalités avaient soudainement évolué et une forme de calme s’était installée. Des relations sociales apaisées par les dispositions nouvelles du contrat de travail, intégrant la flexisécurité, à la courtoisie revenue dans les rapports quotidiens entre les individus, l’ambiance générale du pays avait basculé du chaos dans une sorte de sérénité à peine croyable. Par quel sortilège le pays s’était-il ainsi transformé ? Avec le recul, il semble que la maturité bonhomme de Borloo, parlant simple mais précis, affichant toujours son regard malicieux, attentif en donnant l’air de ne pas y être, contrastait avec la jeunesse un tantinet arrogante de son prédécesseur. Mais cela ne pouvait suffire. Un vent de tranquillité, un besoin de respirer et de vivre faisaient suite à des mois de désordre, de violence, de haine et d’angoisses. Les Français, de toutes catégories, faisaient un pause, contre toute prévision des experts de la vie sociale.

On vit Martinez appeler à une trêve pour laisser à la nouvelle république le temps de s’installer, on vit Mélenchon se retirer de la vie politique, on vit Hanouna animateur sur KTOTV, on vit Raoult rentrer dans les ordres. On vit surtout une vague de responsabilité environnementale soulever le peuple. Malgré un prix du baril de pétrole toujours bas, la voiture à moteur thermique fit place à une transformation fondamentale de la mobilité, et la propulsion électrique devint en quelques mois l’offre essentielle du parc automobile renaissant. On assista aussi à une forme d’exode vers les territoires ruraux. Fort de son expérience de confinement urbain, le Français des villes dans une proportion non négligeable prit le chemin des campagnes, là où l’isolement serait moins contraignant, selon ses convictions recueillies par de nombreux sondages. Les grandes cités de la métropole se vidèrent ainsi, favorisant sans doute une baisse de la densité et de fait une relation détendue entre citadins.

Sur le plan international, bien des points avaient évolué depuis 2020. Là encore la secousse du covid avait eu pour effet de conduire les dirigeants européens à trouver un consensus, plutôt qu’entrer dans une cascade de désaccords pouvant aller à une rupture. Le risque d’implosion de l’Union était réel, tout comme la volonté de consolider ses fondations pour un rebond institutionnel. On sentait pendant ce temps les USA et la Russie assister au pugilat comme s’il s’agissait d’un match de boxe. Poutine, toujours là, en équilibre entre l’Europe tremblante et la Chine campée sur ses contradictions, sortait de la crise sanitaire avec les honneurs d’une mortalité minime. De l’autre côté de l’Atlantique, Trump avançait alors sur une étroite ligne de crête jouant sa réélection dans un contexte lourd au regard du nombre colossal de décès. La raison de l’intérêt général l’emporta sur les disputes intestines, et l’Europe reprit des couleurs, montrant aux trois Grands une capacité à se reconfigurer malgré les divergences. La remise en question du Brexit par les Britanniques relança un processus d’adhésion, renversant au passage Boris Johnson dont la gestion de la crise sanitaire avait été vivement critiquée, y compris par la Reine. Cette résilience inattendue permit à l’Union européenne de retrouver un poids dans la balance internationale.

Lorsque Borloo prit le pouvoir, il subsistait une situation singulière dans le rapport nord-sud. L’hémisphère nord avait été largement touché par le virus, alors que la partie sud du globe affichait un très faible volume de décès. Deux continents, l’Afrique et l’Australie, sortaient de la bataille sans dommage. Certes, les méthodes de calcul des pays africains pouvaient laisser planer un doute sur la réalité des chiffres annoncés. Pour autant, ils n’atteignaient pas les sommets des Etats de l’axe nord. Et bien que la population de l’Australie ne fût pas significative, on ne pouvait ignorer que 16% de la population mondiale ait été épargnée. Alors, tandis que les trois puissances dominantes s’observaient par dessus l’épaule de l’Europe, celle-ci, sous l’impulsion du président français, opéra un grand mouvement vers le Sud et entreprit de retrouver une relation économique et commerciale respectueuse avec le continent africain. Marchant ainsi sur les brisées de la Chine conquérante, l’Union apportait une respiration occidentale sans esprit de colonisation mais dans un but de mutualisation des moyens et des ressources.

(A suivre…)

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