Ça veut dire quoi, être éditeur, aujourd’hui ? 1/5

Le premier roman

Miguel Cervantes

Franchement, aujourd’hui, quand tout le monde parle de tablettes, de vente en ligne, de disparition des libraires, de crowdfunding, en quoi consiste le métier d’éditeur ?

Faisons un rapide retour en arrière sur l’édition

L’édition existe depuis Gutenberg mais c’est le 19e siècle, avec la révolution industrielle et, en particulier, la démocratisation de la lecture grâce à l’école obligatoire, qui est à l’origine de l’organisation économique de l’édition telle que nous la connaissons aujourd’hui (encore…).

Au milieu du 19e siècle, on était même éditeur et libraire, et certaines grandes maisons bien connues aujourd’hui (Hachette par exemple)  ont commencé leur métier d’éditeur dans l’arrière-boutique de leur librairie. Croissance économique et innovations techniques font leur effet : elles incitent la concurrence, les titres publiés se multiplient, les prix chutent. L’édition entre dans le 20e  siècle à toute vitesse et profite d’un développement radieux qui nous fait bien rêver aujourd’hui.

Entre ce milieu du 19e  siècle et la fin du 20e  siècle, on pourrait même dire que tout le secteur de la création culturelle suit cet identique parcours exemplaire:

– la musique que tout le monde jouait auparavant chez soi est désormais écoutable en 78, 33 et 45 tours, puis sur bande magnétique et sur CD…

– la photographie qui était un divertissement de riches est désormais à la portée de tous…

– le cinéma noir-et-blanc et muet, qu’on allait regarder dans des théâtres avec orchestre ou piano, devient parlant puis en couleur et est distribué dans de splendides salles de cinéma dans toutes les villes… 

– la radio et la télévision se démocratisent dans la seconde moitié du 20e siècle, notamment grâce à la publicité

Dans chaque secteur, une répartition des rôles s’opère entre différents intermédiaires afin de favoriser la meilleure économie d’échelle et une production la plus efficace possible. Et ça marche, tout le monde parvient assez bien à satisfaire l’attente des publics tout en s’enrichissant.


Arrêtons-nous quelques secondes sur le livre. 

Comme les autres, le livre s’est organisé. Assez vite, les éditeurs se séparent de la librairie : il y a plus d’argent à gagner en imprimant beaucoup sans avoir à s’occuper d’attendre le chaland… Les grandes maisons d’éditions s’emparent des réseaux de diffusion (les commerciaux) et de distribution (les expéditions) vers les points de vente et de la gestion des stocks, un marché de l’occasion et de la bibliophilie se développe. Toutefois (belote), l’arrivée de l’édition en format de poche dans les années 50 bouleverse une première fois l’équilibre du secteur qui s’installait plutôt confortablement et non sans fierté dans son modèle qui faisait rêver le monde entier (« la France, patrie des lettres »…).

Dans les années 70 (rebelote), les grandes surfaces imposent leur modèle commercial au détriment des librairies, sauvées par la loi Lang en 1981 avec son prix du livre unique qui gouverne encore aujourd’hui (en 2014 !) le secteur.  


Résumons. 

Le 20e  siècle a été le siècle de l’avènement de la culture. Globalement, on pourra dire qu’elle a bénéficié du terrain fertile de l’industrialisation, comme la plupart des autres secteurs de l’économie, pour notre plus grand profit à tous : la culture n’est plus l’attribut de la richesse qu’elle a été depuis l’Antiquité (bien qu’elle prétende – encore…– au statut d’exception, ce qui peut surprendre).

Ce détour par l’histoire et par les autres secteurs économiques culturels est important. Vous l’aurez compris : le digital et internet cassent tout. Tout le monde fait des photos et des films partout tout le temps, écoute de la musique en streaming, découpe ses émissions de radio en podcasts, regarde des films à la demande, utilise des applications gratuites grâce à la publicité ciblée, joue aux jeux vidéo en ligne, télécharge illégalement les dernières séries télé…

Et ne lit plus.

Quoique…

(À suivre… partie 2/5)

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