#Dday
par Jean Brousse

D-Day

Ou – très – doux dayconfinement…

La grande grue de Monsieur Bouygues, paralysée depuis deux mois, se réveille et se déplie devant mes fenêtres. Il est 8 heures. Les « matinales » radiophoniques passent des écoles aux boutiques, visitent les bouches du métro et surveillent les arrêts de bus. Machinalement, docile et dompté, je prépare mon autorisation de déplacement, devenue inutile et irréelle. Les saints de glace s’imposent clairement. Il fait gris, il fait froid. D’impressionnantes rafales de vent s’engouffrent en gémissant entre les immeubles. Le boulevard est jonché de jeunes feuilles de platanes arrachées à leurs branches. Les très violents orages du week-end – du rarement vu – se sont calmés. La carte des alertes Météo a remplacé la France sanitaire bicolore.

Quelques passants timides et masqués s’aventurent. Le méchant virus circule encore, lui. Le ronronnement oublié des moteurs se fait entendre furtivement, gêné de perturber l’ambiance silencieuse à laquelle nous nous étions habitués. Pas trop de queues, sinon de cheval peut-être, devant les salons de coiffures, certains à l’œuvre depuis minuit. La grande librairie ouvre enfin ses portes. Des lecteurs assoiffés, dûment hydroalcoolisés, retrouvent sur les étals amis les productions de la fin de l’hiver. Pas encore la vague attendue des « corona books ». Mais chacun part avec quatre ou cinq livres. Des grands parents rejoignent avec joie leurs petits-enfants. SUD-Rail dénonce l’affluence sur la ligne du RER D. Des policiers bonhommes tentent d’éclaircir les rives encombrées du canal saint Martin, bien séduisantes : le soleil est revenu. Les mandarins ont disparu des écrans. Seuls quelques médecins anonymes entretiennent la flamme de l’épidémie dans des débats où la politique reprend du poil de la bête. Quelques « clusters » – pardon, foyers – improbables se déclarent, même en zone verte, histoire de nous ramener à la réalité.

Ce 11 mai n’est pas que l’anniversaire du lendemain de la victoire de François Mitterrand à l’élection présidentielle de 1981. C’est aussi, ironie du moment, la journée des espèces en voie de disparition ! Nous confinés, nous désormais anciens combattants, ou nous tout court ?

Je vous embrousse très fort.

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