Analogies de dates

L’orage a grondé et la pluie est venue tempérer les ardeurs des confinés déconfinés.

Les analogies entre le 11 mai 2020 et le 8 mai 1945 sont abondamment évoquées dans les médias ; la coïncidence en est troublante et la comparaison entre les deux guerres, celle contre le Covid19 et la Seconde Guerre mondiale, ne serait pas exagérée pour ceux qui ont vécu les deux événements.

Ainsi, nous voici donc libérés, même s’il s’agit d’une semi-liberté nous permettant de sortir sans attestation, sans « Ausweis », mais dans une limite de cent kilomètres « à vol d’oiseau » autour de sa résidence. Cette caractéristique n’est pas sans rappeler « le complot des pigeons » et l’arrestation de Jacques Duclos en 1952 pour un épisode rocambolesque qui ridiculisa la police de l’époque. De nouvelles lignes de démarcation sont ainsi instituées entre les zones vertes et rouges, entre la zone libre et la zone occupée. Louis Malle dans Lacombe Lucien, un film réalisé en 1974, interroge l’héroïsme de l’engagement au regard du hasard des circonstances. Ce questionnement n’est pas anodin et je dois avouer qu’il me taraude depuis longtemps : en pareilles circonstances aurais-je été résistant ou collabo ?

La nouvelle loi sur l’état d’urgence sanitaire destinée à lutter contre le Covid-19 instaure un « contact tracing » qui interroge la préservation du secret médical, le respect de la vie privée et des libertés individuelles. Même l’Ordre des médecins, qui a pourtant été créé par le gouvernement de Vichy, s’en offusque. L’idée serait de casser les chaînes de transmission virale, en créant des « brigades sanitaires » dont la mission serait d’identifier les personnes concernées en les invitant à se faire tester. Les médecins généralistes sont appelés à participer au recensement des personnes infectées par le coronavirus ou susceptibles de l’être en renseignant sur la plateforme « Contact Covid » via amelipro l’ensemble des informations concernant leurs patients et leurs éventuels contacts (date de naissance, adresse, coordonnées téléphoniques et adresse mail). De la brigade à la milice, il n’y a qu’un pas ! Il ne s’agit pas d’une fiction et cette histoire de « tracing » et d’application pour smartphone « StopCovid » m’inquiète. Elle m’évoque le recensement des Juifs, en 1940, et l’obligation de porter l’étoile jaune. Mais, ce rappel à l’histoire est sans doute excessif ?

Le confinement aura duré huit semaines ; dans l’espèce humaine, une grossesse interrompue au bout de deux mois s’apparente à un avortement. Qu’il soit spontané ou provoqué, un avortement est toujours vécu comme un événement traumatique avec des répercussions psychologiques à demeure.

Michel Houellebecq, avec son pessimisme habituel, pense que « nous ne nous réveillerons pas, après le confinement, dans un nouveau monde ; ce sera le même, en un peu pire ! ». Les optimistes pensent au contraire que l’avènement du coronavirus permettra une prise de conscience.

En regardant le ciel par temps d’orage, d’aucuns n’y voient que des nuages noirs et menaçants, tandis que d’autres s’attardent sur un coin de ciel bleu…

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