Il était temps

Le Président a donc enfin convoqué ce mercredi sur son grand écran élyséen une conférence avec les acteurs du monde de la culture : artistes, auteurs et musiciens, producteurs de spectacles, éditeurs, cinéastes. Depuis quelque temps, ceux-là alertaient en vain sur la situation gravissime de cet indispensable secteur souvent mis à tort de côté.

Il était temps.

Le Président, très « casual », la cravate presque dénouée, le cheveu presqu’en bataille, les manches presque retroussées, s’adresse aux saltimbanques. Les intermittents voient leurs droits prorogés. C’est la moindre des choses. Le Président les exhorte à « réfléchir au monde de demain » pendant un été « culturel et apprenant ». « Nous allons inventer… », a-t-il insisté. Compte-t-il sur eux pour combler un manque d’imagination ? Ça fait 5000 ans au moins qu’ils ne font que ça. C’est leur boulot. Ils ont la rage et leur œuvre au cœur et au ventre. Heureux qu’ils soient encore tous tellement engagés ! Encore faut-il qu’ils vivent ! Un fonds pour les séries, et un projet de commandes publiques suffira-t-il ?

Sait-on que les industries créatives et culturelles ont réalisé en 2018 91,4 milliards d’euros de chiffre d’affaires, que leur croissance moyenne depuis 2013 est de 6,7%, qu’1,3 millions de passionnés s’y adonnent ( 7,1% de croissance), trois fois plus que l’automobile* ? Air France, pas bien en forme elle non plus, aura réalisé 26 milliards. Où sont les 7 milliards pour la culture ?

Ce secteur est largement féminisé, peuplé d’entrepreneurs entreprenants, plutôt jeunes, dynamiques et sympathiques, peu encombrés d’idolâtrie bureaucratique. Le talent y éclipse le mérite et l’ancienneté. Ses acteurs veulent donner à voir, à écouter, à lire, à partager les rêves. Combien de groupes locaux ont-ils été jouer dans les patios des Ehpad, au pied des grands ensembles ? Combien d’artistes se sont emparé de leurs caméras ou de leur smartphone pour distribuer des gouttes de joie, des clins d’œil, des éclats de rire, des mercis ? Pour emporter avec un enthousiasme qui leur est propre, leurs publics, qu’il faut leur rendre au plus vite, loin des tracas de l’instant.

Ils embellissent l’existence mieux que toute autre industrie. Nous voulons tous retrouver nos théâtres, nos librairies, nos concerts et nos fêtes de village, comme nous attendons l’ouverture du café du commerce. La culture réunit et dessine inlassablement la silhouette d’une société et d’une civilisation. La culture reste pour chacun le socle indispensable à la vie.

Je vous embrousse.

 

*Estimation EY, Panorama des industries créatives et culturelles en France, avec France Créative.

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