Chocolat !

La douce ambiance d’un printemps naissant s’empare des rues des villes et des chemins de campagne, le masque n’y fait rien. Dans l’immensité d’un ciel translucide un croissant de lune diaphane tente une apparition timide. Le soleil adolescent tend les ombres légères et allongées des passants et des arbres sur l’asphalte des boulevards et dans les prés recouverts des fleurs de l’instant. Primevères, pâquerettes et décisives fleurs jaune vif éblouissent des tapis de jeunes pissenlits. Ne manquent que les lardons. Dans les jardins, les majestueuses corolles des camélias s’assoupissent et passent, tant pis pour Marguerite Gautier ou Mademoiselle Chanel. Des bouquets d’azalées sauvages éclatent, les rosiers s’épaississent. Narcisses, iris et tulipes tachent de touches multicolores les parterres en devenir, encore incertains. Les squelettes gris des hêtraies se parent d’un voile mousseux de vert tendre. Les forêts dessinent les contours impressionnistes d’une aquarelle champêtre. On récolte la sève des bouleaux. Les roses pales, jaunes et blancs des cerisiers, des pommiers et autres pruniers apparaissent. Aux bourgeons des marronniers et des tilleuls, des érables et des liquidambars, des embryons de feuilles frémissent aux caresses délicates et murmurantes d’un zéphyr calme et bienveillant. Les pinsons et les mésanges piaillent. On annonce des hirondelles. Les abeilles se régalent du pollen nouveau d’avril. Les eaux des rivières se réchauffent et le vent du nord s’est apaisé, il est temps de retrouver la truite qui attend derrière la grosse pierre. Chance, c’est à 7 kilomètres. Les chatons gironds des glycines centenaires retiennent encore les grappes de fleurs printanières papilionacées et les touffes de l’épais feuillage qui tiendront bientôt lieu de muraille mauve et bleue aux méditations bucoliques d’un exilé confiné, volontaire et solitaire.

24°C. Aurait-on trop tôt abandonné les sweats à capuche d’un hiver maussade ? Un fort besoin de liberté légère ne demande qu’à s’exprimer. Patatras, le président impatient vient briser nos rêves. Noël aux cocons, Pâques à la maison ! On est « chocolat » ! Il a évidemment évité le jeudi liturgique : c’était un 1er avril, sale date pour un non-confinement qui ne dit pas son nom. Mais il fallait bien résister aux collectifs de mandarins assoiffés de restrictions, auréolés de leur prestige, gonflés de certitudes au point de nous alarmer par tribunes dans la presse, quitte à se déjuger individuellement devant un micro de chaîne d’information en continu. Que deviendront-elles, ces chaînes, lorsque la pandémie se sera éloignée. Subiront-elles le sort des networks américains privés par l’exil de Trump d’une audience soutenue pendant quatre années.

Les écoliers et les collégiens auront donc une dizaine de jours de rab de vacances, histoire d’aller contaminer des grands-parents pourtant vaccinés. Et la France entière se voit ralliée aux mesures décrétées il y a deux semaines pour les seuls départements lourdement affectés. Il ne faudrait pourtant pas désespérer La Souterraine, ni Guéret ni Aubusson, fiers de leur taux d’incidence de 57,6, obtenu à force d’efforts louables et déçus de ne pas s’en trouver récompensés. Foin du respect des situations locales, malgré la limitation des périmètres de déplacement. Le jokari jacobin a encore frappé. Varenne et Saint Honoré gouvernent. Le virus centralisateur a de beaux jours devant lui.

Le président se laisse enfin presque aller jusqu’à promettre, entre les effets attendus de notre garde à vue, les espoirs météorologiques et le succès escompté de la drôle de campagne de vaccination, un éclaircissement pour mi-mai. Promesses, promesses ! Que l’exaspération grandissante ne se transforme pas en colère bubonique ! En attendant, semble se propager une épidémie de rixes sauvages et de disparitions de jeunes femmes. MBappé restera-t-il à Paris ? Il va effectivement falloir tenir bon, comme il dit.

Je vous embrousse très fort.

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