#change
par Jean Brousse

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Rien ne change pour que tout change

Semaine pourrie. L’été n’en finit pas de ne pas vouloir s’installer, comme s’il voulait compenser ou contrarier la bienveillance gouvernementale en matière de déconfinement… Froid et grisaille, pluies et grêlons, neige sur les hauteurs et semblants de tornade. De violents et magnifiques orages ont illuminé les nuits et provoqué quelques débordements. Sale temps pour les terrasses et les premiers festivals, sale temps pour les urnes.

Les Français boudent et ne se sont pas rués pour accomplir leur devoir électoral au deuxième tour de ces élections locales, malgré les exhortations désespérées, ni convaincues ni convaincantes, de nos ministres confondus. Et les exégètes de l’abstention d’en décortiquer avec assurance les causes en direct sur des plateaux de télévisions très parisiens. Le « sursaut », tant attendu, n’a pas eu lieu. Les jeunes, annoncés droitiers décomplexés, ne se sont toujours pas déplacés. L’offre politique désespérerait le citoyen lambda, lassé des mêmes têtes et des mêmes discours. Sait-on à quoi servent les conseils départementaux ou régionaux ? Ont-ils seulement quelque pouvoir, dans un pays au fond toujours jacobin ? Faut-il voir dans cette désaffection indifférence ou colère, mépris ou rejet ? Certainement pas, ou un peu de tout ça ?

C’est vrai que les prospectus, programmes et professions de foi, lorsqu’elles ont été distribuées, n’étaient pas très sexy. C’est vrai qu’à l’heure du tout digital, le cérémonial républicain vieillit et s’accommode mal d’une pédagogie et d’une communication numériques. C’est vrai que les panelistes des instituts de sondage, gavés de publications d’intentions de vote, de critères de choix et d’indicateurs de confiance, ont tendance à jouer avec les enquêteurs, et ne font pas toujours ce qu’ils ont bien voulu déclarer. C’est vrai que la société sort groggy d’une longue, inquiétante et épuisante crise sanitaire. C’est vrai que l’État en est apparu comme le seul acteur, même si, dans les provinces, chacun sait ce qu’ont tenté ou entrepris les autorités locales. C’est aussi vrai que les « Experts » de la capitale ont voulu déceler dans ces élections les clés d’une future présidentielle assez proche, et qu’ainsi, oubliant les départementales, ne commentent que les régionales. Mais ça n’est pas vrai que les Français se désintéressent de la politique ! Ils l’aiment trop, et c’est une bonne nouvelle, mais ils espèrent autre chose.

Les éminents politologues ont-ils un jour vu un bureau de vote comme le mien, dans un petit village corrézien de 800 âmes ? Là, la participation, certes bien faible comparée à d’autres consultations, est quand même de près de 60 %, comme dans les communes voisines, malgré une quinquangulaire inédite imposée en Nouvelle Aquitaine. Ici, on connait le rôle d’un conseiller départemental, et l’on connaît les candidats. On se connait bien sûr entre assesseurs et électeurs, puisqu’on se croise tous les jours. La signification du geste y est concrète et le vote, quand il est accompli avec responsabilité, reste un acte majeur de l’exercice démocratique, même si la procédure, comme toutes les procédures, en est imparfaite. Condorcet ne s’y était pas trompé qui pointait l’impossibilité de dégager nettement une préférence globale de l’agrégation des désirs de chacun. Proportionnelle, vote par correspondance ou recours à internet sont des pistes de progrès à explorer, mais n’y changeront rien.

Les résultats tombent. Le paysage politique du pays, ce 27 juin, est en gros solidement consolidé. Pas de déflagration. À leur tour, les journalistes boudent, frustrés de sensationnel, et restent cois. La France achoppe en huitième de finale de l’Euro et la foule s’agglutine le long des routes du Tour de France pour soutenir le petit fils de Raymond Poulidor. Il pleut dru.

« Tout doit changer pour que rien ne change » proclame Tancrède dans Le guépard, de Lampedusa. Et si maintenant, rien ne changeait pour que tout change ?

Je vous embrousse très fort.

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