#chaleurs
par Jean Brousse

, , ,

Chaleurs

Un joli soir de juin, bien chaud, genre « au-dessus des normales saisonnières », attendait la nième étape de la levée ultra-prudente des contraintes sanitaires. « Demain j’enlève le haut ». Presque 30°C, le climat se montre décidément bipolaire ! L’anticyclone vient contrarier le méchant virus. Les bruits familiers de la rue ré-enchantent. Une foule allègre et sympathique veut revoir à quoi ressemblent les paysages après 21h. Les terrasses s’allongent imperceptiblement, traversent les rues, empiètent sur les chaussées, au grand dam de garçons de cafés obligés au grand écart. Un peuple joyeux trop longtemps contenu arrose généreusement ce nouveau sursis. On pique-nique en liberté sur les terre-pleins des avenues. Des groupes reconstitués peinent à se séparer si tôt. La nuit est – presque – à nous.

Les restaurants ont rouvert grand leurs salles et les fidèles étaient au rendez-vous, masqués et distanciés comme il se doit, mais là, chez eux, dans leurs décors, les céramiques, les chromos, les affiches, les lustres, les miroirs qu’ils retrouvent avec gourmandise, entre plaisir et nostalgie. Comme la maquette d’une vie douloureusement oubliée.

La presse en avait peut-être trop fait mi-mai. Elle ne relève pas ce nouveau sursaut, comme si tout allait de soi. Un clou chasse l’autre. En attendant de se concentrer sur les exploits des bleus pendant un mois hautement footballistique, elle est maintenant toute à l’affut des signaux faibles de la campagne pour les élections régionales et départementales, aux relents de pré-campagne présidentielle, malgré le peu de candidats « déclarés » à ce jour. Elle commente à l’envi, comme une finale de Roland-Garros, les revers et passing shots entre Marine le Pen, en fond de cours, et Jean-Luc Mélenchon, au filet. Complot contre complot. C’est la faute à LFI, c’est la faute au RN ! Un jeu lancinant d’échanges déjà vus, où seuls quelques débordements nauséabonds peuvent distraire l’attention de Français difficiles à passionner.

Le Président continue son tour de France, cette fois vers le Sud, le cœur de la Drôme, les tuiles ocres de Tain et Tournon, sur les rives du Rhône, traversés aux pieds de la colline de l’Hermitage par une nationale 7 aux parfums de Provence, entourés des vignobles où naissent de sérieux côtes du Rhône septentrionaux auxquels le syrah donne ces arrières goûts de fruit rouge originaux. Un baltringue embrigadé tente, au-delà des barrières et des cordons de sécurité, une vraie gifle. Signe de ces temps où chaque jour se répand, la violence sous toutes ces formes, de la banale incivilité aux agressions meurtrières, quand un dealer assassine un policier, quand les violences faites aux femmes agressées par ceux qui les harcèlent se multiplient, quand des adolescents règlent dramatiquement leurs comptes, à des années-lumière du « T’ar ta gueule à la récré » de Souchon : tout serait-il donc dorénavant permis ?

Ainsi, malgré le soleil et le sentiment de retrouver un peu de liberté, nos concitoyens restent campés sur leurs gardes. Un halo persistant d’inquiétude, une fatigue née de ce long épisode de confinement, le spectacle consternant des balbutiements de cette année présidentielle, rien ne suscite un quelconque regain de confiance dans les élites, rien ne fait naître cet élan qui cimente une société.

Bon. Il fait vraiment beau. L’Euro 2021 démarre, vivement France-Allemagne. On vote, espérons-le, et on part en vacances… Pourvu qu’à la rentrée de nouveaux gilets multicolores ne succèdent pas aux maillots chatoyants des plages de l’été.

Je vous embrousse très fort.

0 réponses

Répondre

Rejoindre la discussion?
N'hésitez pas à contribuer !

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.